VISA pour l'image, The Ameriguns de Gabriele Galimberti - Aux armes citoyens !

À l’heure ou les talibans afghans s’apprêtent à faire régner sur leur pays une terreur digne du Moyen Âge judéo chrétien, pire, du fait des armes mises massivement à leur disposition en fait par une armée en déroute, l’exposition de l’italien Gabriele Galimberti, « The Ameriguns », me laisse dans un état de froide colère…

Une des photos de l'exposition Une des photos de l'exposition


À l’heure ou les talibans afghans s’apprêtent à faire régner sur leur pays une terreur digne du Moyen Âge judéo chrétien, pire, du fait des armes mises massivement à leur disposition en fait par une armée en déroute, l’exposition de l’italien Gabriele Galimberti, « The Ameriguns », me laisse dans un état de froide colère…

À l’égal des autres années, voire plus, le Festival de photo journalisme de Perpignan joue son rôle de témoin des égarements du monde actuel, ruines de guerre, génocides, camps de réfugiés, enfants en pleurs, montée des eaux, les situations dramatiques s’y succèdent avec pléthore de photos dans les salles surchauffées bien qu’aux murailles épaisses, dans le couvent ou autres lieux aussi beaux que préservés dans leur jus.
Ces successions d’images toujours bien alignées deviendraient malheureusement banales si elles n’exprimaient pas les drames actuels d’un monde chaotique. Même si elles témoignent d’un monde animal en déclin, les photos de loups et autres ours de Vincent Munié et les baleines de Brian Skerry nous amènent une bouffée d’air dans cette atmosphère plombée. À travers cette surenchère organisée par des sponsors parfois avides d’images à sensations, clichés visant à l’exclusivité, envoyés par des photographes au péril de leur vie - et nous avons malheureusement un exemple tragique récent, Danish Siddiqui qui documente ici la crise sanitaire en Inde, tué en Afghanistan - je songe à la dernière partie des « Vies multiples d’Amory Clay » (William Boyd ; 2015 ; Seuil), cette fiction criante de vérité dont je viens de terminer récemment la lecture. Photographe pendant la guerre du Vietnam, Amory renonce à publier nombre de clichés comme ont dû le faire les photographes exposés sur ces vieux murs catalans.
Le plus saisissant de la visite c’est sûrement l’exposition des portraits de Gabriele Galimberti : The Ameriguns.
Comme beaucoup de photographes il met en scène des sujets avec leurs objets préférés, dans leur environnement. Mais ici point de petits chats ou autres pots de fleurs colorés … des armes, des armes, des armes, encore des armes, des armes, de tout calibre, toute catégorie… « Bon, on ne collectionne pas les bazookas quand même dira un de ces collectionneurs souriants ». Des armes à n’en plus finir et les visages souriants, fiers, aguicheurs, heureux, de collectionneurs fans sans conditions du deuxième amendement de leur constitution.
Je le cite : Je pourrais dire que je connais les États-Unis et les Américains presque aussi bien que mon propre pays, l’Italie. Et pourtant, ce pays parvient toujours à me surprendre. Pour le meilleur ou pour le pire. Ainsi, il y a quelques années, j’ai lu qu’il y avait plus d’armes à feu détenues par des particuliers que d’habitants aux États-Unis. J’ai aussitôt pensé à mes amis américains qui, à ma connaissance, ne possèdent pas d’armes. Et comme eux, beaucoup d’autres Américains n’en possèdent aucune. Je me suis donc demandé : « Mais alors, à qui appartiennent toutes ces armes ? Si autant de personnes n’en ont pas, alors beaucoup d’autres doivent en avoir beaucoup. »
On reste sidéré devant ce témoignage qui est pour moi le plus édifiant de cette édition 2021, nous donnant à voir des couples, des familles, des hommes, des femmes, des enfants qui in fine, nous disent que pour ne pas tuer il vaut mieux avoir beaucoup d’armes, en fait, plus on a d’armes, mieux on sera protégés… En voilà une belle preuve avec les talibans afghans, mais c’est loin du TEXAS, de l’Amérique profonde… où l’on tue tout de même beaucoup.

Dans cette grande salle, le propos de l’auteur est mis en valeur par le choix de coller aux murs plusieurs photos géantes qui nous mettent véritablement dans l’environnement. Cette série méritait bien cela.

Une photo de la série "The Ameriguns" de Gabriele Galimberti Une photo de la série "The Ameriguns" de Gabriele Galimberti

Le débat fait rage dans la salle devant ces photos et les commentaires :
- C’est celui qui fabrique les armes qui tue.
- Non, c’est celui qui les vend.
- Non c’est celui qui les utilise.
Celui qui les collectionne.
Guy Catalo

A voir au Couvent des Minimes, Festival de photo journalisme VISA pour l’Image ; Perpignan jusqu’au 26 septembre.


Edition : la chambre claire
VISA pour l’image

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