Lettres de Cuba 2

J’ai rencontré des cubains heureux. Cuba, on nous les a montrés dictateurs sans humanité alors qu'ils ont été envahis et mille fois assaillis par un puissant voisin qui les encercle et possède même sur leur terre une prison de laquelle sortent les cris de la torture.

Ce voyage à Cuba, je l’attendais depuis longtemps peut-être suite à une discussion à Bamako avec Nadia, jeune enseignante de l’école que je dirigeais en 2002, à propos de ses vacances d’été
 « Je pars à Cuba dans quelques jours… »
Le 27 juin de cette même année, jour de mon anniversaire, mais y a pas de relation !, Fidel Castro et son peuple inscrivaient par référendum dans la constitution cubaine le caractère irrévocable du socialisme cubain. « Cuba ne retournera jamais au capitalisme »[1] en même temps qu’un certain nombre d’opposants, dissidents étaient emprisonnés, accusés de terrorisme contre l’état.

Sous la chaleur humide de ce début juillet bamakois son grand sourire joyeux sous ses tresses de beurettes du neuf trois comme elle disait, resta gravé dans ma mémoire. Un an encore et je ne devais plus la revoir, partie de Bamako vers d’autres horizons. Mais l’envie de voir Cuba était née.
Depuis, durant les années passées à Bamako, plusieurs autres grands voyages ont pris le pas, Amérique du Sud ou Asie tout en restant à l’écoute de ce qu’on voulait bien nous dire sur Cuba, ouverture touristique, plages « maravillosas », dictature sanguinaire…, liberté d’expression bafouée……

Des représentations forgées au fil des ans par la presse milliardaire dont le capital pour une bonne part doit bien venir de quelques îles vierges ou caïmanes…

Quelques représentations ou quelques vérités ?

Cuba, perle des Karibes, cet hydre à mille têtes des milliardaires qui sont en train de la reconquérir, lentement mais surement, les fantômes du passé disparaissant peu à peu dans l'ombre de l'oubli...en reconstruisant ce qu'ils avaient le plus perdu en bord de mer des Caraïbes : sex, sun and sea...
Cuba, somme toute un pays bien latino-américain adorateur du pape, teinté de créole espagnol aux accents Yoruba (la Santeria), encerclé par un ordre libéral mondial au ruissellement hypocrite et utopique...
Cuba, un pays rétro et réfractaire au changement, à la nouveauté ? Pas si vite dit... les traditions modernisées se traitent ici au Smartphone et aux décibels débridés, aux études longues, moteur de sortie du pays pour la nouvelle génération, aux belles américaines re carrossées et aux moteurs modernisés pour attirer le touriste.
Cuba, certains ici, comme ailleurs pour les vins, vantent les cigares aux noms évocateurs de "Roméo et Juliette" ou "Monte Cristo", roulés mille fois sous des mains  séculaires au son des lectures de ces romans.
Cuba, dont le Havana-Ron  appartient à l’état et distribué dans le monde entier par la société Pernod-Ricard, ce qui n'empêche pas les bons mojitos, accompagnant les glaces locales signées Nestlé...
Cuba, ils crachent tous dans la soupe à travers la presse déchainée mais ils y sont tous, américanos ou pas, grande réalité hypocrite du siècle dernier.
Cuba, on nous l'a montrée sanguinaire alors qu'ils ont chassé la pègre et les dictateurs corrompus saignant à blanc les richesses de l'île, on nous les a montrés rustres et lourdauds alors qu'ils ont appris à lire à tous et qu'ils ont créé une classe moyenne se payant des vacances à la mer.
Cuba, on nous les a montrés ignorants et cupides alors qu'ils ont réparti les richesses et soigné tous les habitants.

Cuba, on nous les a montrés dictateurs sans humanité alors qu'ils ont été envahis et mille fois assaillis par un puissant voisin qui les encercle et possède même sur leur terre une prison de laquelle sortent les cris de la torture.

 

[1] Constitution de 1976, revue en 2002 http://mjp.univ-perp.fr/constit/cu2003.htm

 

 

 

 

 

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