Lettres de cuba 3

J'ai rencontré des cubains heureux.

En lisant ce matin dans Le Monde cet article : de Josefa Lopez à propos du prochain référendum  populaire sur la modification de la Constitution cubaine je me dis que Jupiter 1er pourrait bien prendre exemple… https://www.lemonde.fr/ameriques/article/2018/08/14/cuba-entame-le-debat-sur-sa-nouvelle-constitution_5342127_3222.html
En lisant, ainsi que les quelques commentaires, je me souviens des conversations multiples que nous avons eues dans ce voyage
(2 mois l’hiver dernier.) ici à Camaguey.

Lundi 1er janvier 2018 
Camaguey

Bus « Viazul » sans problème pour 3h de route vers le sud depuis Trinidad.
Tout est fermé, c'est le premier de l'an ici aussi. L'année commence en musique.
Le soir la ville fête çà avec le Buena Vista local. Agréable soirée sur cette place del Gallo (coq) très locale et très créole. L'école de danse  produit  une démonstration de sambas débridées à couper le souffle...
Camaguey,  troisième ville de Cuba, très peu de tourisme. Sollicitations en baisse, prix aussi. C'est agréable, un anti Trinidad, même si le centre ville a été nominé par l'UNESCO en 2008 pour ses nombreuses églises espagnoles « tipicas »  des 16,17 et 18ème siècles.

R..., 60 ans le voilà qui nous attend avec sa Lada au terminal  de bus de Camaguey, de peur de se faire piquer le client.
La concurrence entre les « Casas particulares » est vive dans le Cuba d’aujourd’hui et il ne s’agit pas de manquer des nouveaux arrivants. 25 à 35 CUC la nuit dans une chambre pour deux personnes, ultra équipée moderne, supplément petit déjeuner à 5 CUC par personne. Le salaire moyen mensuel à Cuba en 2017 est de l’ordre de 20 CUC et un médecin gagne environ 50 CUC. C’est dire si la libéralisation de ce type d’hébergement depuis les dernières années a eu du succès, du moins auprès des cubains qui ont pu investir pour satisfaire aux normes règlementaires de ces logements touristiques répondant au standard des chambres d’hôtes que nous connaissons en Europe.

Notre logeur à vécu quelques années à Paris, où il a  reçu une formation d'ingénieur civil dans les années 80...
"Ah, Danièle Mitterrand, elle connaissait bien Fidel Castro...
Tous les samedis et dimanche je les passais à découvrir Paris, je suis resté deux jours au Louvre...
Maintenant ils ont fait une pyramide, je crois, non ?"
Son épouse C..., gère la casa de trois chambres  ouvrant sur les toits et un petit patio très espagnol, plantes vertes, orchidées colorées, des petits objets et des petits conseils de tous ordres.
Retraitée, de l'enseignement, universitaire.
Incollable sur le patrimoine historique de sa ville et très pédagogue, elle nous trace notre programme et notre itinéraire... Très moderne, elle nous fait photographier le plan au Smartphone, elle n'en a pas d'autre et veut le garder car, illustré par ses soins, c'est une vraie œuvre d'art...

Bien entendu, en voyageurs indisciplinés que nous sommes, nous partons à la découverte en sens inverse de son plan...
Camaguey ville classée au Patrimoine Mondial de l’Humanité, est parsemée d’églises à peu près en bon état et quadrillée de rues pavées conduisant à différents parcs ou places arborés. Comme dans les autres villes moyennes cubaines, une longue rue piétonne moderne, bordée de magasins ou l’on trouve bars, restaurants, pizzerias, magasins aux  nombreux produits de consommation courante, alimentation, habillement, ménager, téléphonie, … constitue l’axe névralgique de la ville. De grandes maisons bourgeoises, transformées depuis les années 60 en lieux publics, associatifs, artistiques, marquent de leur empreinte l’architecture rénovée de cette artère moderne. Une rue transversale est dédiée au cinéma, les bars et magasins y ont pour nom : La Dolce Vita, La Grande Illusion, Foto Casablanca, Le mari de la coiffeuse, La  cité des femmes, L’île au trésor…
Quelques jours plus tard, en retournant au terminal avec R..., notre logeur, la discussion vient sur les prochaines élections de Mars. Il montre sa blessure à l'avant bras droit datant de la révolution, lorsqu’il était jeune, messager dans l’Escambray (chaîne montagneuse occupée par la guérilla castriste puis quelque temps zone de repli des contre révolutionnaires).
Depuis, il est devenu ingénieur après son stage long de formation à Paris.
Aujourd'hui retraité, il est inquiet car la lignée Castro s'arrête.
« L'avenir est incertain nous dit-il, Fidel et Raul, ils ont fait des erreurs, c'est vrai, mais ce sont les pères de la Révolution et grâce à eux on a gagné beaucoup de choses... Ici, tout le monde mange à sa faim... Il faudrait préserver les acquis tout en faisant évoluer la question des libertés... mais attention, par exemple, si cet hôpital pour enfants gratuit pour tous et de haut niveau, que vous voyez là, devient privé, que se passera-t-il ? »

Dans la salle d’attente, je pense à cette histoire de  R... et au changement du cours des choses de la vie, à cette dualité cubaine, à cette nouvelle génération qui n'a pas connu la dictature Batista, Smartphone au poing levé..., sous les hospices de Fidel, photo au mur... en me demandant ce qui est le mieux pour ces murs publics: une pub pour les symboles du pays et de la révolution ou une pub pour les parfums de luxe ou les chocolats de Noël ? Quelques journaux d'état ou des médias dits indépendants appartenant presque à 100% à des milliardaires ?...

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