Lettres de Cuba 1

Lettres de Cuba 1 D'un quidam ordinaire. Avant départ: On me dit de Cuba qu’y a du pour et du contre…

Cuba j’adore ou j’abhorre.


Ben oui toujours, le rouge et le noir, le ni oui ni non, l’eau et le feu, l’amour et la haine, les gauchos et les fachos, les riches et les pauvres…c’est toujours l’un ou l’autre, l’un et l’autre en même temps.

J’entends les droits de l’homme bafoués, les gardes à vue et l’état d’urgence, la liberté d’entreprendre contrôlée…à Cuba, sur, peut-être ailleurs aussi...
J’entends l’agence Poderosa Tours, le fils du Che qui organise des circuits en Harley Davidson.
J’entends le luxe des hôtels de Varadero ou de Cayo Romano…
J'entends la pénurie des denrées, mais on dit aussi que tout le monde mange à sa faim grâce à un fameux carnet.
J'entends les pénuries chroniques en Haïti tout proche, peuple se remettant à l'ouvrage comme Sisyphe poussant son rocher, faute d'avoir à manger un carnet...
J’entends les fusillades de la révolution qui ont fait fuir Cosa Nostra alors toute puissante dans l’île et j’ai revu l’autre soir « Adieu Cuba » de Andy Garcia – 2006.
J’entends les enfants qui vont tous à l’école et un peuple qui sait lire et écrire à 99%.
J’entends ce peuple qui a une espérance de vie plus longue qu’ailleurs…
J’entends, « Cuba c’était mieux avant… »
J’entends les médias des milliardaires dire les prisonniers politiques et les carnets de rationnements…
J’entends leurs hurlements depuis la Floride ou lorsqu’ils passent près de l’île pour se rendre aux Caïmans les valises vertes de billets à la main…
J’entends l’indépendance confisquée et cette loi étasunienne qui permettait d’avoir tous les droits sur Cuba surtout celui de la propriété sans partage des capitaux américains.
J’entends l’IDH[1] largement au-dessus de la moyenne mondiale…
J'entends aussi les ouragans qui passent, destructeurs, réguliers et sans pitié.
J'entends les miliciennes qui se maquillent la fleur au fusil et le rouge aux lèvres sous l'objectif d'Alberto Korda, (1928-2001) l'homme aux 55000 images sur la révolution.
J’entends les études gratuites jusqu’à la fin de l’université.
J’entends les jeunes médecins cubains de haut niveau, obligés de faire leurs classes en échange de pétrole avec le Venezuela et de leurs études gratuites.
J'entends ma dentiste me dire que les centres dentaires à Cuba sont de très bon niveau, me voilà bien rassuré !
J'entends Guantanamo, près de Santiago, des cris, des hurlements dans cette base militaire made in USA.
J’entends Amnesty International parler des journalistes trop curieux emprisonnés.
J’entends l’embargo US depuis 1961, aussi sur les denrées de première nécessité dénoncé par l’ONU et contourné par nombre d’entreprises et une présence canadienne certaine.
J'entends Clara (Elle habite à Toulouse et nous loue sa maison à La Havane pendant notre séjour) mettre dans nos sacs à dos ronds, des paquets de café et quelques cadeaux pour la famille restée au pays.
J'entends sur Air B and B l'innombrable liste de « Casas Particulares » à louer.
J'entends le bruit des antennes de langoustes qui nous attendent sur un gril au bord de la Baie des Cochons si célèbre.
J’entends aussi le loup, le renard et la belette qui chantent et dansent la samba, le cha-cha et le Cubaton…

 

[1] Indice de développement humain. PNUD.

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