Lettre de Cuba 9

Plus j'avance dans ce récit de l'inconnu de Séville, plus le doute me vient sur la réalité de notre histoire...

Gibara, janvier 2018.
Note de lecture.

Plus j'avance dans ce récit de l'inconnu de Séville[1], plus le doute me vient sur la réalité de notre histoire... Depuis la terrasse ventée de cette villa « Sol y mar » apparait cet océan tourmenté, aujourd’hui plus blanc d’écume que bleu azur. Je songe à  ce Festival International du cinéma « pauvre[2] » initié par Humberto Solàs il y a maintenant plus de 15 ans.
Et comme lu dans « Cromagnon, un clan au dessus[3] », ne sommes-nous pas des « acteurs dirigés par un grand metteur en scène », réalisateur génial d'un film des histoires du monde...

Ce cochon, présent partout ici, animal inoffensif, quoique un peu goret, n'est-il pas objet d'hallucinations diverses, adoré ici, abhorré là, à susciter des guerres sanglantes, innombrables entre les croyances déistes !
Ce Colón, pas très inoffensif, mais surtout carrément benêt, qui débarque dans cette baie si tourmentée de Gibara est-il réel, a-t-il une âme, à voler celle des autres partout dans ces îles pour y chercher l'or qui va tapisser l'intérieur des églises ?
Cette statue de vierge marine du cuivre « patronne » de ce Cuba socialiste « Cachita » ou « Ochun »  - inoffensive ?- trouvée en pleine mer par un jeune esclave la ramenant dans une barque, surréaliste.
Ils vont vers elle à genoux. A son côté, cette médaille offerte par Hemingway ? Non, quel délire !

Et ces ouragans, pas inoffensifs du tout, violents et répétés ne sont-ils pas à chaque fois le signe que tout est balayé et un signal pour reprendre encore et encore la scène ou revoir tout le scénario ?

Tous ces acteurs de légende dans cette île qui a marqué le siècle dernier - on  en retrouve certains dans le récit de l'inconnu de Séville - ont-ils réellement existé ?

Cette française, qui, en 1819 me dit-on, médecin se faisant passer pour homme réussit à se marier avec une consœur à l'église de Santiago de Cuba... Faut-il y croire ?
Cette cantatrice russe, Magdlena Menassé Rovenskaya, exilée de la révolution de 1917, soutenant la révolution cubaine de 1959, sortie d'un album d’Hergé ?
Cette aventurière arawak fuyant la croisade des Antillais pour plonger dans la croisade des Albigeois.
Ce magnat de la banane, si riche que l'on dit qu'il allumait ses cigares avec des billets en dollars...
La momie rapportée d’Égypte par ce Baccardi, magnat du rhum ayant fui la révolution de 1959.
Ce champion du monde de boxe, le "Puma de Baracoa" qui a enflammé toute l'île.
Ce chanteur, Compaï Segundo, miraculé du show business qui enflamma, lui, le monde entier en allant à Mayari pour chanter ChanChan, ChanChan...
Ce cacique qui, visitant le couvent d’Arequipa au Pérou, ne peut pas, ne sait pas lire entre les lignes d’un récit de Flora Tristan à la recherche de son père.

Le doute m'assaille durant ces nuits tropicales chaudes, humides, silencieuses.

Et cette Santeria, invisible mais partout présente, ici à Cuba au 21ème siècle, au coin d'une rue, au bas d'un escalier, sous un porche, au creux d'un arbre...
Les prophéties de cette prêtresse en robe de dentelle blanche à Santiago de Cuba,
 «  Tu portes en toi Osha[4] ! ».

Des tableaux sur ce mur :
L’œil noir du cyclone qui me regarde[1].
Ce « vieil homme et la mer » adepte du « puro[5] ».

Quelle histoire !

[1] Le Monde diplomatique, dans son dossier « Manière de Voir » sur Cuba de novembre 2017 titre : « Cuba, ouragan sur le siècle ». Coordonné par Renaud Lambert.

Mural, oeil du cyclone © Photo : Guy Catalo Mural, oeil du cyclone © Photo : Guy Catalo


Puro, un cigare cubain; mural, auteur inconnu. © photo: Guy Catalo Puro, un cigare cubain; mural, auteur inconnu. © photo: Guy Catalo

 

[1] In « Domenica, croisière aux Indes occidentales », Guy Catalo, septembre 2018. Ed d’auteur.

[2] « Cinéma pauvre ne veut pas dire absence d’idées ou de qualité artistique. Il s’agit tout simplement d’un cinéma au budget réduit. » Humberto Solàs, cité par cubania.com.

[3] De Jean-Pierre Montagné et Guy Catalo, novembre 2017. Ed d’auteur.
(Une chronique des élections présidentielles de 2017 vues depuis la Grotte préhistorique de Fourio).

[4] Dieu de la Santeria cubaine.

[5] Cigare cubain

 

 

Options : History : Feedback : DonateClose

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.