Société de Courses - Des élections très politiques

Les adhérents des Sociétés de Courses du trot (cheval français) et du galop (pur sang anglais) ont procédé ces dernières semaines au renouvellement de leurs instances. Plus précisément, des élections aux comités puis aux conseils d’administrations. Il ne s’agit pas véritablement de suffrage universel, puisque la moitié seulement des dirigeants sont des socio-professionnels.

Les adhérents des Sociétés de Courses du trot (cheval français) et du galop (pur sang anglais) ont procédé ces dernières semaines, au renouvellement de leurs instances. Plus précisément des élections aux comités puis aux conseils d’administrations. Il ne s’agit pas véritablement de suffrage universel, puisque la moitié seulement des dirigeants sont des socio professionnels. En effet, en 1983 la réforme diligentée par Michel Rocard alors Ministre de l’Agriculture n’avait pas osé aller jusqu’au bout de ses intentions. La moitié des dirigeants sont encore des cooptés. D’où un système quelque peu boiteux enlevant le véritable pouvoir aux acteurs. Au trot ce dispositif n’est pas tellement grave, la plupart des dirigeants étant propriétaires, entraineurs, éleveurs ou jockeys drivers. Ainsi Dominique DE BELLAIGUE qui « rempile » pour la énième fois et assure bien le job a-t-il des activités d’un bout à l’autre de la chaine. Il gouverne avec l’appui des « Normandos Mayennais » acteurs de base majoritaires. Au four et au moulin. Du haras à l’hippodrome.

Un autre monde

Au galop tout est très différent. Une formule élitique et un cercle restant encore fermé.

Pendant des décennies Marcel Boussac a tenu les rennes tout en composant avec les membres du Jockey Club qui ensuite reprenait les commandes. Un virage heureux se situait lorsque Jean Luc Lagardère assumait la présidence de la Société d’Encouragement devenue France Galop. Sa disparition brutale relançait rapidement la zizanie. Des administrateurs trop peu présents laissaient s’installer des directeurs autoritaires et refusant même le dialogue avec les « adhérents ». Par exemple : l’un d’entre eux enclins à céder à toutes les exigeances des trusts internationaux, les propriétaires du Moyen Orient et plus particulièrement du Quatar sponsorisant l’Arc de Triomphe. Comme nous l’avons expliqué précédemment ils sont souvent remboursés de leurs investissements promotionnels en gagnant toutes les courses les mieux dotées. Ainsi  lorsque se dispute des compétitions pour « chevaux arabe ». Ils sont remboursés de leur sponsoring par les prix de courses qu’ils remportent à coup sur.

Autre exemple : actuellement très critiqué le directeur de la communication croit pouvoir comme au grand stade, où il a œuvré quelques années mettre, en scène des journées de courses du même type qu’un match international avec des prix d’entrées très élevés. C’est à partir de ce miroir aux alouettes qu’à été lancé puis concrétisé le plan de rénovation total de l’hippodrome de Longchamp. D’un coût de deux cent millions absolument impossible à amortir. Et pourtant ayant reçu la bénédiction des autorités de tutelle (agriculture et surtout Bercy) « laissant courir » sans ce soucier du lendemain et du manque à gagner qu’il en résultera, des années durant, pour toute la chaine du galop. Il semble que l’intervention d’Anne Hidalgo aurait incité la tutelle à donner le feu vert. Dans la perspective des Jeux Olympiques de Paris elle trouverait à Longchamp, totalement relooké, un site idéal pour les compétitions équestres et sans bourse délier puisque les terrains appartiennent à la Ville.

Pris entre toutes ces pressions Bertrand Belinguier « grand ami » d’Eric WOERTZ (leurs femmes ont des chevaux en commun) voyait d’un bon œil le transfert des courses de Longchamp à Chantilly pendant 18 mois. Et continuait de laisser la bride sur le cou à son marchand d’illusions celui-ci  allant même jusqu’à instituer une classe de turfistes privilégiés en mesure de payer des entrées à l’hippodrome 50 euros, tout en fermant les guichets des petits parieurs sur le site

 

Cavalier seul pour Edouard De ROTSCHILD

Dans ce contexte de crise grave, notamment un déficit de plus en plus élevé de France Galop ont pouvais penser que peu de candidats se bousculeraient au portillon pour postuler à la Présidence de la Société Mère. Erreur le poste attire les convoitises. Particulièrement celles des duettistes normands Philippe Augier, Maire de Deauville, Hervé Morin Président de Région dans une campagne très agressive. Selon le langage hippique ils faisaient écurie. Autre candidat, Daniel Augereau. PDG d’une grosse Société d’intérim dans l’ouest (Synergie). Proche de François Fillion, il avait tenté, avec l’appui de celui-ci, à la fin du précédent quinquenat de faire passer une réforme ultra libérale. Les Sociétés à buts non lucratifs (loi 1901) auraient été plus ou moins privatisées, évoluant  en Sociétés Anonymes. Sans désarmer véritablement il a fait une campagne tenace. Un autre notable de l’Ouest, Loïc Malivet dont l’envergure n’est pas évidente se targuait de la Présidence du Syndicat des Eleveurs. Lui  aussi a cru en sa chance. Mais tout cela était compter sans l’entrée en piste  d’Edouard de ROTSCHILD . Vainqueur le 15 décembre, après avoir  mené une campagne très efficace se montrant fin politique contrairement à sa mandature, d’une décennie précédente  où il avait été considéré comme dilettente.  Il exposait ses projets à tous les grands électeurs les uns après les autres et répondait même à  des attaques ad nominem le qualifiant de dangereux « gauchiste. » Ces outrances l’ont servi, d’autant plus qu’il se montre toujours souriant, ouvert au dialogue et connaissant maintenant tous les dossiers. Et qualité, plus que jamais indispensable pour mener à bien un navire qui tangue, indépendant, qualifié pour mener de front en accord avec  les représentants du trot, le dialogue avec les Ministères, concernés par la vie des courses, mais surtout par  les recettes du PMU tombant dans les caisses de l’Etat (10% de 10  milliards) ce qui n’est pas négligeable. Un pourcentage à peu près équivalent revient au PMU, qui se sert le premier, puis à la gestion des Sociétés (très lourd à France Galop) aux socio professionnels propriétaires et éleveurs et enfin parieurs (80% en pourcentage brut).

 

Les grands oubliés

Tous les dirigeants principalement les nouveaux élus ou reconduis pour cinq ans auront- on le souhaite- à tenir compte de la morosité de leur aimable clientèle. Dans le récent numéro de la Tribune Hippique Eric Blaisse, Secrétaire Général de l’Association Générale des Turfistes a rédigé un article particulièrement documenté et précis sous le titre « nous restons les mals aimés de l’Institution ». Il plaide précisément pour une représentation des turfistes –au comité la nécessité d’un audit des finances de France Galop- la nomination d’observateurs et commissaires indépendants. Pour un laboratoire indépendant. Comme beaucoup d’autre il critique la décision prise pour la reconstruction de Longchamp. Il constate une diminution croissante du nombre de joueurs au PMU. 4 millions et demi contre 6 millions dans les années 2000 et seulement 300 000 parieurs réguliers. Il conclut « va-t-on attendre qu’ils aient presque tous disparus pour les écouter ». La balle est dans le camp des Présidents du PMU, du trot et du galop.

 

Guy de la Brosse

Directeur de la Tribune Hippique

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