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Billet de blog 25 févr. 2020

Les élections hippiques: conservatisme au galop, corporatisme au trot

Les sociétés de courses connaissent, actuellement, une crise à la fois endémique, financière et structurelle. Leur chiffre d’affaires, via le PMU, stagne et l’arrivée aux manettes des deux patrons MM. Méheut et Linette n’a rien arrangé, bien au contraire.

Guy de la Brosse
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L’ambiance dans l’entreprise est délétère. Les licenciements se suivent. Ceci dit, c’est surtout la médiocrité du chiffre d’affaires qui inquiète tous les intéressés. A peine 10 milliards l’an dernier contre 17 au grand concurrent, la Française des Jeux. Alors qu’ils étaient pratiquement à égalité à la dernière décennie, le différentiel s’est creusé du fait, principalement, de l’autorisation des jeux en ligne en 2009. La Gauche s’y étant opposée sans succès sous la Présidence Sarkozy. Plus généralement, le statut d’association à buts non lucratifs… paraît obsolète. Les cooptés continuent d’être pratiquement maîtres à bord, même si en 1983 Michel Rocard étant alors, un moment, Ministre de l’Agriculture… une dose de membres socioprofessionnels élus au suffrage universel a, quelque peu, modifié la donne. A la marge, faute de mieux.

Des scrutins se tiennent tous les 4 ans et c’était le cas en décembre dernier. Ils ont donné lieu à des résultats différents. Au galop, les caciques maintiennent leur domination d’où l’élection dans un fauteuil… d’Edouard de Rothschild, reconduit presque, triomphalement, de même que ses adoubés, notables régionaux ou membres du Jockey-Club. Tous, plus ou moins laxistes ou favorables à laisser la porte, entièrement ouverte, aux pur-sang anglais appartenant en majorité à des propriétaires britanniques japonais, américains ou qataris.

Au trot, par contre, on peut parler de tsunami. Les socioprofessionnels ont battu à plates coutures tous les sortants menant une campagne électorale étonnante sur des listes « Equistratis », avec des patronymes d’acteurs populaires, connus du grand public. Un atout payant semble-t-il.

Jean-Pierre Barjon est devenu Président en moins de temps, ou presque, qu’il ne faut pour le dire : c’est un personnage atypique. Commerçant ambulant à Caen, il a fait fortune en vendant 50 millions aux américains le secret de la fabrication de sa limonade. Brut de décoffrage, il semble presque surpris d’être admis dans la cour des grands.

La conjoncture n’en est pas modifiée, ou améliorée, pour autant. L’Etat, la tutelle gouvernementale de Bercy, principalement, paraît disposée à admettre, et même à encourager une privatisation du même type que celle - on y revient- de la Française des Jeux. En se débarrassant d’un affidé, qui lui apporte plus de soucis que de recettes sonnantes et trébuchantes.

Tout cela mérite analyse, interviews, informations inédites, extraites du dernier numéro de La « Tribune Hippique ». Posant d’emblée la question : « A quoi ça sert les courses ? » 

ÉLECTIONS : CE QUE VEULENT LES TURFISTES

Le monde des courses est un monde paradoxal. Il est financé, principalement, par les turfistes, mais on leur donne très peu la parole. À chaque élection, tous les quatre ans, il est beaucoup question des propriétaires et des éleveurs, mais les candidats aux Comités du galop et du trot se préoccupent très peu des turfistes. Ce n’est pourtant que grâce à l’argent des parieurs que les propriétaires et les éleveurs peuvent espérer continuer à assouvir leur passion. L’Association Nationale des Turfistes (ANT) souhaite donc préciser ici ce que les turfistes attendent des futurs élus.

1   DES COURSES PLUS RÉGULIÈRES

De nombreux candidats aux élections ont une recette magique pour sauver les courses : il faut créer un nouveau jeu, et tout ira mieux. La vérité est tout autre. Les turfistes ne sont pas contre de nouveaux jeux, mais ce n’est absolument pas leur préoccupation première. Ce qu’ils veulent avant tout, ce sont des courses régulières. Xavier Hürstel, l’ancien président du PMU, aimait répéter que sur les 900 000 contacts-clients que le PMU traitait chaque année, la grande majorité d’entre eux concernait non pas le jeu mais la régularité des courses. C’était une façon subtile de dire que le PMU n’était pas responsable de tout, et qu’il fallait d’abord que les sociétés de courses mettent la régularité des courses au centre de leurs soucis.

Ce n’est malheureusement absolument pas le cas. Prenons l’exemple du trot. Plus de la moitié des chevaux « font le tour », impunément, avec la bénédiction des autorités, dans la plupart des courses, grandes ou petites, à Vincennes ou sur de petits champs de courses. Tant et si bien que l’une des plus grandes vedettes du trot, Jean-Claude Hallais, a tenu à interpeller les candidats aux élections en leur posant la question suivante dans « Paris-Turf » du 19 septembre : « Que pensez-vous du grand nombre de chevaux qui se servent des courses comme préparation et qui ne défendent donc pas leurs chances comme l’exige pourtant le Code des Courses, au trot comme au galop, tout particulièrement dans les courses à événement qui sont la principale tirelire du fonds commun ? »

Qu’un entraîneur-driver sept fois Sulky d’Or s’indigne dans ces termes montre bien à quel point le malaise est réel. Nous allons montrer par un exemple récent que ce genre de pratique cause du tort à la filière tout entière.

Le Grand Prix Anjou-Maine qui se disputait le 2 octobre à Meslay-du-Maine promettait d’être magnifique. C’est un quinté. C’est un groupe III. Au départ il y a deux des meilleurs trotteurs français, le champion Cleangame, qui aurait une première chance dans le Prix d’Amérique s’il n’était pas hongre, et le futur champion Dorgos de Guez, dont Jean-Michel Bazire a dit : « C’est l’avenir de l’écurie ! » Il y a seize chevaux au départ. Mais JMB a prévenu dans « Paris-Turf », avec sa franchise habituelle, qu’on pouvait rayer quatre de ses cinq partants. Par ailleurs cinq autres entraîneurs font comprendre que leur cheval ne participera pas à l’arrivée. Il y a donc neuf « morts » déclarés au départ de ce quinté. Ce qui veut dire qu’il n’y a que sept partants réels, réellement jouables. Les journalistes sont mal à l’aise pour présenter les choses, ils utilisent des formules alambiquées : « Ce n’est pas la course visée » ou « Ce cheval aura d’autres objectifs » ou « Il est en phase de préparation » (même s’il reste sur une victoire récente !...). A 500 m de l’arrivée, ce que l’on voit est extraordinaire : sept chevaux se détachent, les autres semblent frappés de lenteur… Les cinq favoris prennent les cinq premières places, le quinté rapporte 150,60 € dans l’ordre et… 2,60 € dans le désordre (pour 2 € de mise).

Dans les jours qui suivent, de nombreux turfistes se plaignent auprès de nous de la faiblesse des rapports, certains accusent même le PMU de sombres machinations. La vérité est plus simple : comment peut-on assurer de bons rapports pour un quinté dans lequel il n’y a que sept chevaux à jouer ? La nouvelle direction du PMU pourra faire tous les efforts qu’elle voudra, tant que les membres du Comité du Trot continueront de cautionner ce genre de mascarade, les enjeux continueront de diminuer, et l’avenir des courses continuera de s’assombrir.

De même, au galop, nous recevons énormément de plaintes de la part de turfistes qui protestent parce que les chevaux qu’ils ont joués ne sont pas suffisamment soutenus par leurs jockeys. Il est de plus en plus souvent reproché, par exemple, à un de nos jockeys tête de liste de cesser de soutenir son cheval, dans la ligne d’arrivée, dès qu’il voit qu’il ne pourra pas gagner ou être second, quitte à se moquer éperdument des joueurs qui ont misé sur sa chance au jeu simple placé, au multi ou au pick 5 ou même au quinté. Car au quinté aussi, cette pratique est fréquente, on a même lu récemment dans les comptes rendus des commissaires une accusation ahurissante mais ô combien révélatrice de ce qui se passe fréquemment dans les pelotons. Pour défendre son jockey Ronan Thomas, suspendu dix jours « pour ne pas avoir voulu visiblement obtenir la meilleure allocation possible » avec son cheval Mansoun, entraîné par John Hammond, dans le Prix Gardefeu disputé le 5 juillet à Maisons-Laffitte, son agent contre-attaque en mettant les pieds dans le plat, ainsi que le rapporte le communiqué des commissaires : « Attendu que l’agent dudit jockey a déclaré en séance qu’il y a eu un cas à Longchamp dans un quinté où le jockey Christophe Soumillon avait « fait le tour » et n’avait pas été appelé et que l’entraîneur Jean-Claude Rouget était mécontent. »… Cette ambiance de règlement de comptes entre jockeys et agents de jockeys montre bien comme le malaise est grand au galop également. Pourquoi les membres du Comité de France Galop ne cherchent-ils pas davantage à faire respecter le code des courses ?

2   LE RÉTABLISSEMENT D’UN VRAI PARI MUTUEL

Si l’on veut que les courses repartent de l’avant, le PMU doit remettre tous les joueurs à égalité devant le jeu. Ce n’est plus le cas depuis plusieurs années. En effet, les opérateurs étrangers auxquels le PMU s’est associé pour augmenter son chiffre d’affaires remboursent aux « Grands Parieurs Internationaux » (GPI) qui jouent en masse commune avec nous une partie importante de leurs mises, plus de 10 % d’après les données officielles. Ces opérateurs étrangers peuvent le faire parce qu’ils gardent le prélèvement pour eux et ne reversent qu’une simple commission au PMU. Dès lors les GPI sont toujours gagnants et peuvent jouer des sommes énormes sans grand risque de perdre. Cela crée une distorsion insupportable pour les joueurs de France, dont l’espérance de gain diminue d’autant. Malgré les condamnations de la Cour des Comptes, de l’ANT, d’Equistratis, de Jean Arthuis, le PMU et les sociétés de courses refusent d’interdire ces pratiques déloyales. Les conséquences sont pourtant très néfastes sur les enjeux des joueurs de France, car, se rendant compte qu’ils gagnent moins (par exemple les rapports d’1,10 à la place se multiplient), ils jouent moins, c’est donc une des raisons de la baisse continue des enjeux au cours de ces dernières années. Par ailleurs, les baisses de cotes brutales au moment du départ, qui sont le fait des GPI, déstabilisent les rapports et sapent la confiance des parieurs. Enfin, les enjeux gagnants de certains GPI, concernant des arrivées qui ne semblaient pas prévisibles même aux turfistes les plus avertis, sèment la suspicion. A cet égard, l’incroyable ticket gagnant du quinté du 14 juillet à Longchamp laisse perplexe. Trois des quatre chevaux les moins joués ont fait l’arrivée : Calaconta gagne à 36/1, Malaav est 3e à 34/1 et Electron Libre est 4e à 39/1. Seuls le 2e El Manifico et le 5e Marouche étaient en vue à environ 6/1. Un parieur prodigieusement doué a trouvé la bonne arrivée, et, qui plus est, l’a jouée en cinq chevaux seulement et en combinaison complète, c’est-à-dire dans tous les ordres possibles, ce qui lui a coûté 60 € en flexi 25 %. Il touche 638 390,80 €. Comment est-il possible que ce joueur ait ainsi deviné une arrivée aussi imprévisible ? Le PMU dit qu’il s’agit d’un GPI, mais refuse de donner davantage de renseignements. Ce manque de transparence nous semble contreproductif pour la confiance du parieur, car une telle situation alimente toutes les suspicions. Cyril Linette, le directeur du PMU, a eu le mérite de rompre avec le déni de réalité dans lequel s’étaient enfermés ses prédécesseurs, qui ne voulaient jamais reconnaître le bienfondé de nos analyses. « Oui », a-t-il indiqué dans son discours du 21 août à Deauville, « les GPI ont un impact très fort dans la masse. Il fallait cesser de prétendre le contraire. » Il a ajouté que le PMU avait mis en place « des restrictions très fortes » à l’égard des GPI, mais sans préciser lesquelles, sinon que l’on faisait en sorte de plafonner leurs enjeux suivant les types de jeux. 

Rappelons le jugement sans appel de Jean Arthuis dans son rapport de novembre 2018 : « La mission insiste sur l’impérieuse nécessité d’abroger le système fiscal dérogatoire accordé aux parieurs étrangers, sapant les fondements du pari mutuel en créant une inégalité de traitement entre les parieurs. » Les nouveaux élus au Comité de France Galop et au Comité du Trot continueront-ils de cautionner l’« inégalité de traitement entre les parieurs » ? Ce sera l’un des enjeux majeurs de cette élection. 

3   UN MEILLEUR ACCUEIL SUR LES CHAMPS DE COURSES

Des navettes pour se rendre à l’hippodrome, des écrans géants pour bien voir les courses, une restauration à des prix abordables, une politique tarifaire modérée : on connaît les revendications des turfistes. Malheureusement, si le Trot fait beaucoup d’efforts dans ce domaine vis-à-vis des turfistes, le galop ne cherche pas suffisamment à contenter sa clientèle. Prenons l’exemple de la région parisienne. Il y a des navettes gratuites à Vincennes pour toutes les réunions, il n’y en a pas en semaine pour ParisLongchamp. Il y a des écrans géants à Vincennes et à Enghien, on a récemment installé un grand écran à Auteuil, mais il n’y a toujours pas d’écran géant à demeure à ParisLongchamp. Surtout, la direction de France Galop a pris le risque de couper le galop de ses racines populaires en adoptant, pour le Prix de l’Arc de Triomphe, une politique de « segmentation » qui enferme les turfistes qui ne sont pas fortunés dans des zones dont ils ne peuvent pas sortir pour aller voir les chevaux. Alors que, dans l’ancien Longchamp, en 2015, l’entrée générale était à 20 € seulement, et, pour ce prix-là, les turfistes pouvaient aller voir les chevaux au rond de présentation et voir la course, dans le nouveau ParisLongchamp cette année les tarifs étaient les suivants : 20 € pour un billet pris sur place (10 € en prévente sur l’internet) pour le « Village de l’Arc » (l’ancienne « Pelouse » au centre de l’hippodrome) ; 40 € (20 en prévente) pour les « Jardins de l’Arc », l’espace situé après le poteau d’arrivée ; mais, si l’on voulait aller voir les chevaux au rond de présentation et voir la course devant la ligne d’arrivée, il fallait débourser… 45 € de plus (billet dit de la « Pelouse de l’Arrivée »). Ce qui fait au total 85 € (65 en prévente) pour une personne seule, c’est-à-dire 170 € (130 en prévente) pour un couple. À ce compte-là, il ne faut pas s’étonner qu’il y ait eu moins de monde que l’an passé, où, déjà, il y avait eu beaucoup moins de monde que dans l’ancien Longchamp. Le plus navrant est que la ferveur populaire a disparu. Lors de sa rentrée aux balances, le vainqueur Waldgeist n’a eu droit qu’à quelques applaudissements polis, alors que dans l’ancien Longchamp une véritable ovation accueillait toujours le vainqueur. Il faut dire qu’à ce moment-là, le 6 octobre dernier, au retour des champions après la course, on pouvait voir, autour du rond, de nombreux jeunes gens fortunés qui buvaient du champagne sans un seul regard pour les chevaux qui venaient de disputer la « plus grande course du monde ». Triste spectacle ! Les turfistes n’ont rien contre le public fortuné, bien au contraire le turfiste modeste a toujours eu plaisir à côtoyer l’aristocrate passionné de courses, le smicard a toujours eu plaisir à se mélanger avec le « gentleman d’Epsom ». Mais, justement, c’est cela qui n’est plus possible aujourd’hui pour ce rendez-vous qui est le plus grand de l’année hippique : on a parqué les joueurs aux revenus modestes dans des zones dans lesquelles ils ne peuvent plus s’offrir ce plaisir, et ne peuvent plus voir les chevaux et les courses que sur un écran. À se couper ainsi de son public populaire, France Galop a pris une responsabilité lourde de conséquences pour l’avenir. 

4   UN CONTRÔLE ANTIDOPAGE INDÉPENDANT

Depuis des années, l’ANT demande que les procédures de contrôle antidopage soient supervisées par une instance indépendante des sociétés de courses. Actuellement, les sociétés de courses font analyser les prélèvements par leur laboratoire, et les résultats de ce laboratoire sont livrés… aux sociétés de courses : comment peut-on défendre encore aujourd’hui ce système organisé en vase clos ? Pourquoi, au nom de quels arguments peut-on refuser qu’une instance indépendante soit mise en place pour contrôler l’ensemble de la procédure, en particulier la publication des résultats positifs ? Les turfistes soupçonnent toujours les autorités de « retenir » des cas litigieux sans les publier. Les récentes rumeurs de dopage concernant des entraîneurs qui cessent, tout d’un coup, de gagner course sur course montrent bien que le manque de transparence alimente la suspicion. Celle-ci se retrouve même aujourd’hui dans la presse généraliste. Il est temps que les futurs membres des Comités du galop et du trot entendent sur ce point la voix de la raison. 

5   DES REPRÉSENTANTS DANS LES INSTANCES DIRIGEANTES

Les turfistes veulent qu’on les écoute. Il faut leur donner la parole, d’abord sur Equidia, où ils doivent pouvoir faire des remarques critiques, ensuite et surtout dans les instances dirigeantes des courses et du PMU, où ils doivent pouvoir être représentés. C’était une des mesures majeures préconisées par Jean Arthuis dans son rapport, mais les candidats aux élections des Comités de France Galop et du Trot se préoccupent surtout de leur propre élection ou réélection, sans se soucier de savoir s’il ne serait pas opportun que les turfistes (qui, rappelons-le, font vivre les courses) soient représentés dans ces comités, ne serait-ce qu’à titre consultatif. Pourtant, si l’on avait écouté les avertissements de l’Association Nationale des Turfistes au cours de ces dernières années, la crise que traversent les courses ne serait pas aussi grande, et l’on n’aurait pas été obligé de diminuer les allocations comme on l’a fait. L’ANT a très vite dénoncé les effets pervers de la fuite en avant insensée dans la multiplication de l’offre et des types de pari par course, qui diminue les rapports, mais on ne l’a pas écoutée. L’ANT a tout de suite été contre la prise de paris sportifs par le PMU, car elle dénature sa vocation première, mais on ne l’a pas écoutée, cela a coûté à l’institution environ 120 millions d’€. L’ANT a dénoncé également le rachat de Geny Courses, mais l’institution a longtemps persisté dans son erreur, et cela lui a coûté plus de 20 millions. Enfin, l’ANT dénonce depuis trois ans les privilèges exorbitants accordés aux GPI, mais l’institution reste sourde à ces avertissements, alors que les enjeux continuent de diminuer du fait du découragement des parieurs de France qui se rendent compte qu’ils gagnent moins.

Les futurs élus aux Comités du galop et du trot sauront-ils écouter davantage les turfistes et leurs représentants ? C’est ce que nous devons souhaiter si nous voulons continuer longtemps encore à vibrer pour ces courses qui nous passionnent tant mais qui sont en péril sous leur forme actuelle.

Eric Blaisse,

Secrétaire général de l’Association Nationale des Turfistes

NDLR : ce qui se conçoit bien, s’énonce clairement. Il n’y a pas un mot à ajouter à l’analyse d’Eric Blaisse, remarquable de précision, d’argumentation et d’honnêteté intellectuelle. Merci à lui et par extension à tout ce que l’on peut considérer comme la voix des turfistes et à l’Association dont Eric HINTERMAN a été l’instigateur et reste le Président d’honneur.

PARIS TURF Privé de pub

PDG du groupe Paris Turf, Mr Hugues QUILAIN, d’ordinaire très discret dans sa communication a pris, récemment, sa plus belle plume pour réagir à une mesure discrétionnaire de la direction du PMU : la suppression pure et simple de publicité depuis mai dernier dans le quotidien des courses. Tout cela parce que l’organisme collecteur de paris, qui en principe, dépend directement des sociétés de courses –et non l’inverse- avait le 28 avril, dans sa rubrique « Point de vue », sous la signature de Mr Augustin NORMAND, publié un propos jugé déplaisant.

Or, important propriétaire français dans les 3 disciplines, « l’accusé » apporte depuis quelques années un sang neuf, une impulsion et des subsides au Pari Mutuel mais aussi, et mieux encore, au secteur professionnel (entraîneurs, jockeys, haras). Le texte incriminé n’avait rien d’excessif et d’infondé. Il s’élevait seulement et des centaines d’amis des courses et du cheval l’avaient tout autant dit, pensé et écrit. La publicité en question présentait ou associait les courses à un carnage guerrier avec des chevaux tombant les uns sur les autres et écrasant leurs cavaliers. A la suite de réactions des amis du cheval allant dans le même sens que Mr Augustin NORMAND, la campagne était stoppée après avoir couté très cher. A contre-emploi, si l’on peut dire. Au même moment et à cela Mr Augustin NORMAND n’a pas fait allusion, une campagne d’affichage et de presse s’avérait à la limite du racisme et de la misogynie vis à vis des parieurs réunis sous la même appellation « les gagnants aux courses ».

« Paris Turf », comme tous les organes de presse écrite, souffre actuellement d’un manque à gagner publicitaire. Les lecteurs « papier » se raréfient du fait de la vogue croissante du numérique. Beaucoup de titres doivent réduire la voilure, certains même vont disparaître.

La rédaction de « Paris Turf »f, dont la conscience professionnelle est évidente et démontrée chaque jour mais, parfois, ne sait plus à quel saint se vouer pour continuer à informer le plus honnêtement possible, sans s’exposer aux foudres des organisateurs de paris et des courses. L’expression « affaire à suivre » est tout à fait appropriée, en souhaitant que les socio professionnels et les turfistes montent au créneau, s’il le faut, pour sauver le soldat Paris Turf.

A Equidia, aussi

Parallèlement, à Equidia, la critique sur le déroulement ou l’organisation des courses devient pratiquement impossible. Les émissions débats ont été supprimées de l’antenne et seuls prédominent des pronostics, des conseils de jeu mais heureusement aussi de bonnes transmissions en direct mais commentées fréquemment en studio. Le nouveau Directeur n’est pas un tendre. Il est bien loin le temps où Eric BRION –blanchi récemment pour une fausse accusation d’empressement exagéré auprès de l’une de ses collaboratrices- se montrait très ouvert au dialogue organisant notamment régulièrement des conférences de presse où le dialogue était toujours considéré comme utile et profitable.

QUI VEUT TUER MAISONS-LAFFITTE ?

Sans être acté définitivement, il semble bien que le sort de Maisons-Laffitte soit scellé par une condamnation à mort. Les entraîneurs du centre vont subir peu ou prou des dommages collatéraux suite à l’abandon des courses sur ce site, décidé par des dirigeants de France Galop.

Malgré un émouvant plaidoyer de Freddy HEAD, faisant référence aux mannes de son grand père Willy et de son oncle Peter, ayant exercé en début de carrière sur les bords de la Seine la manifestation très digne était très suivie lors de la dernière réunion, une marche arrière de la société mère paraît maintenant difficilement envisageable, même pour les plus optimistes.

Corinne BARBE ajoutait son grain de sel en adressant une lettre ouverte au Président de France Galop, un billet se terminant par cette belle envolée à destination du Président De Rothschild « Je compte sur vous, plus que vous ne comptez sur moi. ».

Evidemment, Jean-Paul GALLORINI toujours aussi combatif et enthousiaste, ne veut pas désespérer mais il est trop lucide pour croire au Père Noël de Boulogne. Le Maire, Jacques MYARD, a de son côté, assuré qu’il ne désarme pas mais il part avec un handicap : celui de n’être plus Député et de ne pouvoir défendre le site et ses ressortissants, dans des débats parlementaires au plus haut niveau. Le fait qu’il soit classé très à droite est pour lui, actuellement, un handicap supplémentaire. Il a perdu aussi son siège au Comité de la société du Cheval Français.

On doit rappeler que, lors du débat au Parlement en 2009 sur l’ouverture des jeux en ligne, il avait été l’un des seuls de la majorité d’alors à voter contre une loi qui a complètement déstabilisé, et déséquilibré, le contexte ludique en France : favorisant les jeux de hasard ainsi que les paris sportifs tout azimut.

Pourquoi pas Saint-Cloud

Ces derniers mois ou années, personne n’a osé mettre sur le tapis une solution éventuellement beaucoup plus bénéficiaire et économique au propre sens du terme que la fermeture du site mansonnien. Personne n’a osé mettre sur le tapis une solution qui serait bien plus bénéficiaire que la fermeture de Maisons-Laffitte : la vente de Saint-Cloud, dont les hectares valent de l’or pour des promoteurs immobiliers dans un secteur très recherché.

Selon des informations non vérifiées mais plausibles, les actionnaires du Paris Saint-Germain, les Qataris, ont un moment manifesté de l’intérêt pour ces hectares verts, propriété à l’origine de Marcel BOUSSAC. Cherchant des terrains d’entraînement et d’infrastructures pour le club, ils étaient disposés, paraît-il, à se porter acquéreurs. Il y a éventuellement une piste qui n’a rien d’irréelle.

Quoi qu’il en soit, de droite, du centre, ou de gauche (celle-ci denrée rare en ce moment), les Députés ou Sénateurs ne s’intéressent guère au sport hippique qui semble d’ailleurs n’avoir nullement les faveurs du locataire de l’Elysée, ignorant peut être que son ancien patron, David de Rothschild et son père, le baron Guy, comme son frère Edouard ont toujours été des propriétaires-éleveurs, presque de base, pourrait-on dire, tout en gagnant de nombreux classiques. Au plan politique plus précisément, les dirigeants du trot et du galop ont longtemps cru que leur sort et celui de leurs ouailles intéressaient les gouvernements quels qu’ils soient. Or, il n’en est rien. Ainsi, Madame GOURAULT, actuellement Ministre du Territoire, et femme du Président du GAET (éleveurs de trot) siégeant avant sa promotion au comité de la rue d’Astorg, n’a jamais publiquement levé le petit doigt pour la cause de l’élevage, sinon des courses. Quant à Jean ARTHUIS, Député européen, il a écrit et diffusé un long rapport sur l’organisation de l’institution, ses avantages et ses inconvénients. Il en a été félicité mais sans suite ni fin. C’est dommage.

COUP D’ŒIL SUR LES EFFECTIFS

Combien de salariés ?

Il est très difficile d’obtenir les chiffres officiels du nombre de salariés du secteur hippique. Par des recoupements fiables, nous avons obtenu cependant les données suivantes des effectifs actuels même si ceux-ci varient hélas beaucoup ces derniers temps notamment au PMU où plusieurs dizaines de « permanents » ont été licenciés par la nouvelle direction, plutôt en haut de l’échelle ou de nouveaux cadres remplacent les anciens n’ayant pas démérité.

PMU : 1290, précédemment 1450.

France Galop : 401

SECF : 220

AFASEC : 250

GTHP (personnel des hippodromes) : 298

Fédération y compris laboratoire du contrôle anti-dopage : 75-80

En un an, près de 400 emplois ont été supprimés.

1 600 000 euros pour une enchère record,

200 euros pour les lads 

Les ventes de yearling de Deauville ont une fois encore fait la Une de la presse spécialisée. Cela surtout parce qu’une pouliche a atteint l’enchère de 1 625 000 euros pour le compte évidemment de l’un des plus fameux investisseurs internationaux dépensant sans limite et pratiquement sans espoir que leurs acquisitions ne soient peu ou prou rentables. Le regretté Peter Head qui avait beaucoup d’humour et observait ces ventes, avait déclaré un jour « pour que les yearlings les plus chers se rentabilisent, il faudrait que le matin ils mangent un trèfle à 4 feuilles ». Toutes les statistiques vont dans le sens d’un rapport qualité/prix où celui-ci est sans rapport avec celui-là ; il n’empêche qu’une fois encore, les principaux courtiers et leurs commanditaires ont régné sur Deauville à la mi-août, occupant tout un étage de l’hôtel Le Royal, pour le plus grand plaisir du groupe Barrière et ne se déplaçant qu’en voiture blindée, probablement, méfiants et refusant même de stationner sur les parkings publics. 

Parallèlement, une information (« Le Parisien » du 30 octobre) paraît ahurissante et montre bien le décalage entre, si l’on peut dire, le haut et le bas de l’échelle. Ainsi, France Galop et l’écurie Godolphin (l’écurie Maktoum justement) ont-ils offert généreusement, si l’on peut dire, le lendemain de cette vente record… 200 euros à 6 cavaliers d’entraînement ayant présenté le mieux son cheval au rond de présentation le 20 août. Comble de suffisance, pour ne pas dépasser leur budget, la société organisant les ventes offrait la même « aumône » en bons d’achat également au lad primé de la même réunion. De quoi s’offrir tout juste, un ou deux repas dans les restaurants de la place fleurie où les bons menus sont particulièrement onéreux pendant ce meeting… très international.

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Billet d’édition
Entretien avec Leonardo Medel, réalisateur de « La Verónica »
Après une sélection au festival de Biarritz et au festival international du nouveau cinéma latino-américain de La Havane où il reçut le Prix FIPRESCI de la critique internationale, « La Verónica » sortira officiellement dans les salles en France à partir du 17 août 2022. L'opportunité de découvrir un cinéaste audacieux autour d'une critique sans concession des excès des influenceurs sur le Net.
par Cédric Lépine