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Billet de blog 26 juin 2017

Les courses hippiques toujours en piste

Rien ou presque n’a bougé depuis notre dernière chronique. Les campagnes de communication ou de publicité paraissent ne pas concerner le jeune public recherché.

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Le chiffre d’affaires du PMU stagne et aucune tendance à une véritable hausse n’apparaît. Les campagnes de communication ou de publicité paraissent ne pas concerner le jeune public recherché, quant aux fidèles de différentes générations, conscients de ce qu’est le pari mutuel, ils savent très bien que les gros lots annoncés à longueur de flashs ne seront jamais pour le parieur de base, celui qui raisonne.

Pourtant les dirigeants continuent à emprunter des voies, qui ne sont pas celles du Seigneur, mais plutôt de l’auto confiance en soi et dans les agences auxquelles ils confient leurs budgets.

Au galop, c’est toujours la politique de l’élitisme qui prévaut avec des partenaires haut de gamme tels Longines (Prix de Diane) ou les inévitables qataris même si, de plus en plus, ils sont réputés pour sentir le souffre.

Censure et relationnel

Le trot joue davantage le terrain avec des réunions d’informations en région où l’état-major du siège se déplace et répond aux questions d’actualité ou fondamentales : « comment pourrez-vous maintenir nos prix et primes surtout pour les petits effectifs et avec davantage de trotteurs étrangers à l’arrivée ?». En interne, pour la première fois, les orientations de la chaîne Equidia avec une nouvelle direction brutale, et ne connaissant pas du tout le secteur, une rébellion justifiée s’est manifestée récemment. Il était prévu de recevoir, dans une émission de plateau, le porte-parole d’un groupe de jeunes professionnels créé sous la dénomination « Equistratis ». Jacques Carles, Délégué Général, était prêt à répondre à toutes les questions et à expliquer les solutions qu’il préconise pour soutenir les ressortissants de la filière, la base principalement. En dernière minute, il a été décommandé, la Direction de la chaîne ayant reçu une consigne des sociétés mères d’interdire d’antenne ce « trublion ». Ce raidissement, incompréhensible, on peut même dire cette censure, s’est encore manifesté quelques jours plus tard par un communiqué de France Galop édictant -cela parait presque un gag à l’époque actuelle- « un pacte de confidentialité a été scellé entre les membres pour ne pas dévoiler le contenu d’accords éventuels ». Lorsqu’on les interroge sur ce durcissement, les dirigeants, une fois encore bottent en touche et tentent de faire croire que leur priorité est la négociation avec les nouveaux pouvoirs politiques autant sur la récurrente question de la TVA, alors qu’elle dépend de Bruxelles, et qu’il faut faire confiance aux « chefs » pour ouvrir un dialogue avec la nouvelle majorité.

Voilà des lustres que j’entends le même refrain à chaque changement de législature. Or, il est improbable et même quasi certain que notre jeune Président se souciera des chevaux autant que de sa dernière promenade à vélo sur la promenade du Touquet. La référence au patronyme Rothschild ne devrait pas davantage le motiver. Il ne tient pas à ce que l’on rappelle trop souvent son passage à la banque du même nom et de surcroit, David de Rothschild, son ex patron, qui accompagnait souvent, lorsqu’il était adolescent, son père le baron Guy à l’hippodrome de la Touques. Il a ensuite transmis les rênes de l’écurie et de l’élevage (haras de Meautry) à son frère Edouard, maintenant Président de France Galop. Mais celui-ci ne s’est-il pas trop ostensiblement fait photographier à la bride d’un cheval en compagnie de François Fillon au cours d’une conférence de presse à Saint Cloud lors des présidentielles ?

Au siège des sociétés, les résultats des législatives ont été décryptés avec empressement. Résultat des courses, au galop, la victoire au second tour d’Eric Woerth, Maire de Chantilly, a apporté un soulagement car un autre supporter de la cause hippique, Jacques Myard, le pétulant Maire de Maisons-Laffitte, se trouvait battu à la surprise générale. Dans l’Oise, Emmanuelle Bour (Les Républicains tendance Macron) n’a pas davantage passé le second tour. On la croyait gagnante mais sans l’espérer vraiment, car lorsqu’elle a tenu des postes de haute responsabilité, à la direction des haras nationaux, à France Galop, au Ministère de l’Agriculture notamment, son caractère ne suscitait pas que des sourires.

Côté positif, on notera que le Ministre de l’Agriculture, un normand pur sucre, Stéphane Travert (PS), aura la cote et paraît pouvoir écouter, et mieux encore, suivre de près les principaux sujets hippiques. Quant à Jacqueline Gourault, elle aussi Ministre, elle fait déjà partie de l’aéropage de la rue d’Astorg où siège un autre réélu, Guillaume Garot (PS Laval). C’est bon pour le moral.

Le marché africain, mirage ou réalité ?

Pour survivre et cela est plus que jamais commun à beaucoup d’autres activités nationales ou européennes, il faut « aller voir ailleurs » et s’implanter sur des continents jusqu’ici peu explorés : la Chine, que le Pari Mutuel commence à prospecter, et l’Afrique où l’on aime à jouer sur les courses françaises.

Aussi est-ce à partir de ce constat, et d’une longue tradition de coopération, pour ne pas dire de colonisation, qu’une opération d’envergure va démarrer. Ce dossier, curieusement, n’a donné lieu à aucune annonce et pourtant un document, extrêmement important, a été signé le 26 janvier 2017 lors du Conseil d’Administration du PMU qui comprend deux dirigeants du trot (MM. De Bellaigue et Joël Seché), deux de France Galop (Edouard de Rothschild et Hubert Tassin), le Président du PMU –Xavier Hürstel-, ses Directeurs du PMU au pôle TV et Equidia, ainsi que la tutelle des deux Ministères concernés et le contrôleur d’Etat principalement.

Un projet soutenu très chaudement par M. Yves Vatelot, viticulteur dans le Bordelais de son état mais aussi très introduit en Afrique notamment auprès des dirigeants de loteries qui sont les représentants du PMU français, très sûr de lui, a plaidé sa cause avec éloquence, conviction et des arguments que l’on devine sans qu’ils aient été publiés noir sur blanc. La création de PMU partenaire devenait alors officielle (voir document ci-dessous). Une plate-forme devrait permettre principalement le traitement des opérations de jeu et leur transparence. La facturation et surtout la création d’une masse commune régionale panafricaine sur le pari hippique. Un type de pari évènementiel spécifique avec Tirelire. Une argumentation était développée constatant l’émergence d’offres concurrentes (pari sportif et loterie) attractives pour le grand public. Parallèlement, il était insisté sur le manque de moyens pour lutter contre les opérateurs illégaux et la volonté de capter une nouvelle clientèle à partir de la notoriété de la marque PMU que s’approprie PMU Partenaire.

Tout cela est très beau, bien habillé, mais comporte trop de zones d’ombre ce qui explique pourquoi l’officialisation de l’union entre les courses, le PMU et la société de M. Vatelot, qui, soit dit en passant, domicilie son siège social au Luxembourg, paradis fiscal, n’a donné lieu à aucun communiqué officiel. Or, ce qu’il est important de savoir, c’est quel sera le véritable bénéficiaire de ce contrat avec 18 pays dont déjà notamment la Guinée et le Rwanda. A partir de chiffres confidentiels, on peut se demander si la mariée n’est pas trop belle car, dans un premier temps, il n’y a pas de gagnant/gagnant étant donné que le PMU verra ses recettes sur le continent africain régresser de façon importante. Le tableau ci-après dispense de commentaires.

Ce n’est pas par plaisir que nous nous permettons de regretter qu’un accord aussi innovant et grave n’ait donné lieu à aucune conférence de presse ou au minimum à un communiqué. Les sommes en jeu sont considérables. Les garanties doivent être au maximum et là encore, sans jouer les moralistes, connaissant la fragilité des populations du continent visé, vivant souvent en dessous du seuil de pauvreté, il serait pire que tout d’être de nouveaux colonisateurs par le jeu : même si le pari aux courses reste l’un des moins agressif offrant des retours convenables sur les sommes engagées, rien n’empêchera jamais une tentation d’addiction.

L’opinion publique et les pouvoirs du même nom risquent d’en être choqués, voire révoltés.

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