Monde d'après: augmenter le temps de travail ou créer des emplois (décents) ?

Quel scénario pour le déconfinement, en ce qui concerne l'emploi ? Gouvernement et medef pensent déjà au «rattrapage» et aux heures supplémentaires, jusqu'à 60 heures par semaine. Piste cohérente ou erreur de diagnostic ? Pour les économistes dominants, l'emploi dépend d’abord de la croissance et des salaires. Je défends l'idée qu’il dépend surtout du temps de travail.

Par Guy Démarest, docteur en sciences économiques, membre du réseau Roosevelt

 

Nombre de gouvernements ont recours à une réduction du temps de travail conjoncturelle pour faire face à la crise économique née de la pandémie de covid-19, avec succès. En France, une ordonnance du 25 mars, inspirée de l’expérience de Kurzarbeit allemande (2008-2010), a organisé le chômage partiel. 10 millions de personnes sont entrées dans le dispositif en France, ce qui a permis d’éviter une flambée de chômage telle qu’elle a lieu aux États-Unis, avec 26 millions de nouvelles inscriptions lors du premier mois de la crise.

Si les jours présents semblent bien sombres, beaucoup proposent des scénarios pour esquisser le monde d'après. Mais ces scénarios ne nous conduisent pas tous vers des jours (plus) heureux… Le patronat a d’ores et déjà obtenu de la ministre M. Pénicaud la possibilité de faire travailler les salariés français jusqu’à 48 heures par semaine au lieu de 44 (en moyenne sur 12 semaines consécutives), avec des pics possibles jusqu’à 60 heures par semaine, à titre de « rattrapage » après l’épidémie. Est-ce un scénario pertinent pour l’emploi ?

Travailler 48 heures par semaine, un bon scénario pour l’emploi ?

L’histoire économique permet d’apporter quelque éclairage sur cette question, si on la relit avec des lunettes neuves. Les économistes libéraux, ceux du courant dominant, restent convaincus que la variable décisive de l’emploi est le niveau des salaires, ou plus largement le coût du travail : pour créer des emplois dans le monde d'après, il serait donc nécessaire de revenir sur les 35h, pour payer autant des gens qui travailleraient plus longtemps qu'avant la crise. Bruno Retailleau (LR) propose par exemple la semaine de 37h.

L’économiste britannique John Maynard Keynes a cependant montré que la variable décisive de l’emploi n’est pas le salaire mais le niveau de l’activité économique. Mais dans un texte important publié en 1930, Economic Possibilities for our Grandchildren1 il a aussi ouvert une autre voie. Dans ce texte séminal, il explique que le lien entre croissance et emploi est en réalité indirect, car il faut prendre en compte les effets du progrès technique, qui se traduit par la hausse de l’efficacité productive du travail. Si le PIB triple, l’emploi ne triple pas : si la productivité d’une heure de travail triple elle aussi, un niveau d’activité économique trois fois plus gros ne requiert pas davantage de travail humain mais un volume identique. Si la durée effectivement travaillée en moyenne reste inchangée, l’emploi stagne. Si elle diminue, l’emploi s’accroît.

La variable décisive du niveau d’emploi est donc la durée moyenne effectivement travaillée, selon son rapport au volume de travail nécessaire chaque année2. Si ce volume baisse, comme ce fut le cas en France de 1966 à 1985 (-16 %), en Allemagne de 1957 à 2005 (-31,5%), mais aussi au Royaume-Uni de 1964 à 1982 (-20%) ou en Italie de 1960 à 1978 (-15%)3, et que la durée effective moyenne du travail baisse au même rythme, le volume de l’emploi reste constant. Ce n’est que lorsque la durée moyenne effectivement travaillée baisse plus vite que le volume de travail nécessaire à l’activité économique que l’emploi augmente. C’est ce qui s’est produit en France et en Allemagne mais pas au Royaume-Uni ni en Italie, sur les périodes citées4.

La variable décisive de l’emploi : le salaire, la croissance ou le temps de travail ?

Que nous apprend ce nouveau modèle d’analyse de l’emploi pour les cas de choc conjoncturel comme celui que nous vivons ? Tout d’abord, il faut prendre en compte le fait que le choc sur le PIB est en partie amorti par un recul temporaire de la productivité horaire : face à une récession, les entreprises gardent leurs salariés en poste dans un premier temps, même s’ils travaillent moins, et ne s’en séparent que si la dégradation conjoncturelle se confirme (notion de « cycle de productivité »). Mais la généralisation des principes du capitalisme actionnarial pousse les firmes à raccourcir ce délai pour maintenir la rentabilité du capital – et les revenus des hauts dirigeants – en sacrifiant l’emploi dans une optique de court terme.

Dès lors, si la productivité horaire du travail revient rapidement à son niveau antérieur, l’amortisseur fonctionne peu et le choc sur le PIB se répercute rapidement sur le volume de travail nécessaire, qui chute dans la même proportion. La seule manière de préserver l’emploi est alors de faire baisser rapidement la durée moyenne du travail : c’est précisément ce en quoi consiste le chômage partiel, qui démontre aujourd’hui son efficacité. Car ce mécanisme a de multiples avantages, il évite la flambée du chômage mais aussi la perte de savoir-faire des salariés, la désorganisation des équipes, et il facilite le redémarrage économique une fois le choc passé5.

Sans ce dispositif, on peut se faire une idée de ce qui serait advenu en France. Puisque le PIB a reculé et que la productivité horaire n’a pas été significativement entamée, le volume de travail nécessaire a reculé également, dans une proportion proche de celle du PIB. Par exemple, à productivité constante, un recul de 8,5 % du PIB sur l’année correspond à un recul du volume de travail nécessaire d’environ 42 milliards d’heures6 à 38,5 soit la perte de 3,5 milliards d’heures de travail. Si la durée du travail avait été maintenue sans chômage partiel, l’emploi aurait reculé de 8,5 % provoquant, dans le seul secteur privé, 1,6 millions de chômeurs supplémentaires et portant le taux de chômage de 8,67 à 14 % des actifs8.

À titre d’illustration, en Grèce, alors que le PIB a chuté de 26% de 2008 à 2013, la productivité horaire et la durée moyenne effective du travail ont peu diminué, de respectivement 7,6% et 2%9. Le choc sur l’activité a ainsi été transmis en grande partie à l’emploi (-18,5%), provoquant une explosion du chômage, qui a culminé à 28 % des actifs en juillet 2013. Depuis, le PIB a stagné avant de remonter lentement à partir de 2018, et la durée moyenne travaillée n’a pas été diminuée, expliquant que le chômage grec reste au dessus de 15 % des actifs au début 2020. Un scénario peu enviable.

Vers un scénario à la grecque ?

Après le confinement, si l’on suppose que l'économie va se remettre effectivement en marche comme dans le monde d'avant, le PIB retrouvera progressivement le rythme de croissance qui était le sien avant la crise du covid-19, un rythme lent : 1,2% par an, par exemple, de 2010 à 2019 (INSEE)10. Jeter aux orties le corset budgétaire de l’UE aura juste permis de compenser les effets de l’effondrement de la dépense des ménages et des entreprises (consommation et investissement) par un surcroît de dépenses publiques, conformément à la prescription du docteur Keynes. Mais la productivité horaire du travail reprendra également son rythme tendanciel de croissance, lent : les entreprises continueront à essayer d’intensifier, de mécaniser ou d’automatiser le travail pour réduire leurs coûts, mais la hausse de la productivité a elle aussi ralenti, pour des raisons structurelles : tertiarisation, épuisement de l’organisation taylorienne du travail et montée de ses coûts indirects (épuisement, burn out, bullshit jobs, ...). De ce fait, le volume de travail nécessaire n’a aucune raison de connaître une croissance rapide, il est beaucoup plus probable qu’il reprenne le rythme de croissance lente qui est le sien depuis son point bas de 1985, soit moins de 0,4% par an selon les données de l’INSEE.

Le gâteau visible et le gâteau caché

L’évolution ultérieure de l’emploi dépendra par conséquent de l’évolution de la durée moyenne effectivement travaillée. Sans réduction significative, l’emploi croîtra (trop) lentement et le chômage demeurera élevé.

Or, en France comme dans les autres nations riches, la tendance séculaire à la réduction de la durée moyenne du travail a été interrompue, bien qu’avec des calendriers différents, par l’instauration des politiques de l’offre : les salariés concentrent désormais leurs revendications sur leur pouvoir d’achat, trop longtemps comprimé11. En France, la durée moyenne travaillée ne baisse plus depuis 2002, elle augmente même faiblement (+2,4 % de 2002 à 2017 selon les données INSEE, soit 0,16 % par an). La combinaison de la croissance lente du volume d’heures nécessaire et de l’augmentation plus lente de la durée moyenne travaillée produira une croissance faible de l’emploi, de l’ordre de 0,24% par an (d’après INSEE). Or, la croissance de la population active a ralenti depuis 2015 : après avoir grossi de 0,68% par an de 1975 à 2015, on prévoit seulement +0,2% par an de 2015 à 2040 et au-delà12. Ainsi, l’actuel gouvernement peut miser sur le ralentissement démographique pour stabiliser le chômage et le voir revenir à un taux de 7% (au sens étroit) en 2025, tout en menant une politique de compression des coûts salariaux qui n’agit pas sur la variable décisive de l’emploi. Une telle politique gonfle les profits des entreprises, ce dont le gouvernement peut attendre un éventuel bénéfice électoral. Mais elle ne permet pas d’envisager le retour à un plein-emploi effectif, soit un taux de chômage ramené à 2 ou 3 % comme durant les Trente glorieuses.

Macron promet 7% de chômage en 2025, mais pas mieux

Or, avec la fin du chômage partiel, la durée moyenne travaillée va vite revenir à son niveau et à sa tendance d’avant le choc, si aucune inflexion en sens contraire n’est donnée. La baisse conjoncturelle de la durée effective du travail aura pris fin mais le PIB et le volume de travail nécessaire ne se redresseront que progressivement, et encore dans les scénarios les plus optimistes, car le déconfinement sera progressif, et ses modalités concrètes et son calendrier restent encore incertains13.

Dans un tel contexte, l’effet sur l’emploi d’une remontée brutale de la durée moyenne travaillée, revendiquée par le patronat, sera désastreux pour l’emploi. Si le gouvernement permet et encourage le recours aux heures supplémentaires et jusqu’aux « 60 heures14 », la hausse de la durée moyenne travaillée ainsi provoquée, sans hausse du volume de travail nécessaire de même ampleur, fera reculer l’emploi et gonfler le chômage. Car on ne peut pas en même temps donner des parts plus conséquentes à certains convives et prétendre les rassasier tous avec un gâteau dont la taille ne grossit pas (ou moins vite que le nombre des convives). Dans les débats qui animent les économistes sur le temps de travail, il y a peu de points qui semblent établis mais il en est un, qui est que l’essor des heures supplémentaires a un effet négatif sur l’emploi15.

Enrichir la croissance en emplois appauvrissants ... 

Pour « enrichir la croissance en emplois », le gouvernement pourra alors laisser les entreprises libres de multiplier les emplois à temps partiel, notamment dans l’hôtellerie-restauration et la grande distribution, en fermant les yeux sur les conséquences sociales. Certes, le chômage reculera statistiquement (au sens étroit), mais un emploi à temps partiel étant un emploi à salaire partiel, cette « victoire » de façade sera payée par tous ceux qui auront de plus en plus de mal à vivre décemment de leur emploi.

Il pourra également laisser se creuser encore les inégalités des revenus pour se rapprocher du modèle de société des États-Unis, dont la great job machine repose largement sur les nombreux emplois que les plus riches et le haut des classes moyennes peuvent se payer à moindre frais, car effectués par des travailleurs sous-qualifiés et sous-payés, le plus souvent dans les services. Deux scénarios bien sombres.

... ou en emplois décents ?

La seule voie désirable socialement pour créer massivement des emplois, dans un contexte où le volume de travail nécessaire croîtra très lentement, est de reprendre la tendance historique à la réduction de la durée moyenne du travail : ne pas réduire conjoncturellement la durée du travail en cas de choc mais structurellement pour s’adapter à la faiblesse durable de la croissance. De surcroît, cela permettra de répondre à la vague de chômage technologique provoquée par l’intelligence artificielle, si elle a les effets que certains redoutent. Nos sociétés doivent apprendre à créer les millions d’emplois décents qui leur font cruellement défaut dans un contexte de croissance faible : croissance faible du gâteau visible, le PIB, mais croissance également faible ou insuffisante du gâteau invisible16, celui du volume de travail nécessaire. Cela implique de tourner le dos aux politiques libérales qui compriment les salaires et réduisent leur part dans le revenu national (le PIB). Comme nombre d’autres, notre pays a accumulé du retard sur la baisse de la durée effective du travail qu’il aurait fallu mettre en œuvre pour assurer le plein emploi dans de bonnes conditions17. En la matière, le politics as usual nous conduira vers un scénario délétèreseuls le ralentissement de la population active et la précarisation croissante finissent par atténuer le chômage au sens étroit, sans aucun espoir de revenir à un plein-emploi effectif et en aggravant la crise sociale18.

Autoriser les employeurs à augmenter fortement les horaires de travail des salariés en poste causera une nouvelle vague de chômage. Le seul « rattrapage » qui aura alors lieu sera celui des profits et des dividendes, mais uniquement sur un horizon court. Car l’affaiblissement supplémentaire de la croissance et de la cohésion sociale qui en résulteront nous empêcheront efficacement de résoudre les défis que nos sociétés doivent urgemment relever, prioritairement réparer le lien social et nous engager effectivement dans la transition écologique.

Réduire le temps de travail : la politique la plus efficace et la moins chère mais pas la plus facile 

Il reste que la réduction du temps de travail est une politique délicate à mener. Son résultat tient tout entier dans les modalités de sa mise en œuvre, comme en atteste la liste des initiatives législatives où les échecs (40h dans le New Deal19, 40h en 193620, 39 heures en 1982, 35h en Italie en 199721) et les demi-succès (35h en 2000, loi Aubry I22) sont plus nombreux que les succès (loi de Robien en 1996, loi Aubry I en 1998) .

De plus, il est évident que cette nécessaire réorientation de la politique de l’emploi en appelle d’autres. Car il n’est pas envisageable de mieux répartir le travail sans mieux répartir les richesses, sans renverser la tendance à l’accroissement de la part des profits des revenus du capital au détriment des revenus du travail, qui est à l’œuvre dans l’ensemble des pays riches et émergents depuis bientôt 40 ans ; sans mettre fin aux excès de la mondialisation, qui fragilise les systèmes productifs, et qui met en concurrence les salariés du monde dans tous les secteurs en laissant les capitaux se déplacer à la vitesse d’un clic, mettant ainsi en compétition les législations nationales et les systèmes sociaux ; sans changer de regard sur l’entreprise, qui ne doit plus être considérée comme une poule aux œufs d’or au service exclusif de ses plus hauts dirigeants et de ses actionnaires mais comme un collectif de travail humain, socialement utile, nécessaire à la collectivité mais également responsable des effets sociaux, environnementaux et pour tout dire sociétaux, de son activité - et il en va de même pour les banques - ; sans une nouvelle conception du service public ; sans questionner notre rapport, à la fois quantitatif et qualitatif, aux marchandises23.

Il est facile de promettre des lendemains qui changent, mais il faut, plus que des mots, du courage pour s’y engager concrètement. On ne peut pas en même temps chercher à exonérer les entreprises de toute contrainte sur l’emploi (législation, salaires, cotisations, temps de travail) et créer les millions d’emplois décents dont nos sociétés ont besoin. La question de l’emploi et par conséquent du temps de travail est un aspect central de la bataille à mener pour que des changements collectivement désirables surviennent. 

1Lettre à nos petits-enfants, Les Liens qui Libèrent, 2017

2Voir Guy Démarest, La Déflation compétitive, à paraître aux éditions Classiques Garnier (2020).

3Données issues du Conference Board Total Economy Database, nov. 2017

4France 1966-1985 : total des heures travaillées : -16%, durée moyenne travaillée : -22,5%, emploi: +8,5%. Allemagne 1957-2005 : -31,5% / -37% / +9 %. Au Royaume-Uni, a contrario, la durée moyenne a baissé moins vite que le volume d’heures et l’emploi a de ce fait reculé entre 1964 et 1982 : -15% / -12% / -3,5%. En Italie, de 1960 à 1978, la durée moyenne a baissé quasiment au même rythme que le volume d’heures et l’emploi a de ce fait stagné : -14,7% / -14,3% / -0,4%. Source : Conference Board Total Economy Database, nov. 2017

5Ce qui se passe actuellement aux États-Unis nous montre l'ampleur du choc répercuté sur le monde du travail en l’absence d'un tel dispositif institutionnel amortissant l'ajustement entre baisse de l'activité et baisse de l'emploi.

6Donnée INSEE. Voir Comptes de la Nation 2018 / chiffres détaillés / valeur ajoutée, rémunération et emploi / tableau 6.213

78,6% est le taux de chômage calculé par l’INSEE à partir de la définition du BIT. Il s’agit d’un taux de chômage au sens étroit, sans le halo du chômage (découragés, en longue maladie, indisponibles, en stage, etc) ni le sous-emploi (temps partiel subi). Si on prend ce deux catégories en compte, le taux de personnes « en recherche d’emploi » est le double du premier. Idem ailleurs : pour les États-Unis, voir les taux U3 et U6 sur bls.gov.

8Dans les faits, le chômage n'aurait pas augmenté autant que le nombre de personnes entrées dans le dispositif de chômage partiel : certaines, dont l’activité a été réduite de moitié par exemple, bénéficient du dispositif mais ne seraient pas comptabilisées comme chômeurs au sens étroit que lui donne l’INSEE, puisqu’actifs à temps partiel.

9Données Conference Board.

10Pour des raisons structurelles, de nombreux économistes prévoient une croissance durablement faible à l’avenir dans tous les pays riches. Voir notamment Thomas Piketty (2013) et Robert Gordon (2016).

11La revendication de réduction du temps de travail a déserté jusqu’aux discours syndicaux. Elle est dramatiquement absente des scénarios et des réflexions sur la nécessaire transition écologique et sociale, sur un « monde d’après » différent.

12Voir Projections de la population active à l’horizon 2070, Malik Koubi et Anis Marrakchi, document de travail F1702, Direction des Statistiques Démographiques et Sociales, INSEE

13Sans compter que certaines heures de travail et revenus afférents sont définitivement perdus : les événements sportifs et culturels, les voyages non-faits, les coupes de cheveux non-faites, etc, ne seront jamais rattrapées.

14Ce qui, certes, enverra un signal apprécié par l’électorat conservateur, mais n’ira pas sans poser des problèmes d’ordre sanitaire et techniques (accidents du travail, arrêts maladie, syndromes d’épuisement, chute de la qualité, ...), car l’intensité du travail a été fortement élevée depuis les dernières décennies.

15Voir notamment : Cristina Braschi et Gianna Gianelli, Réduire le temps de travail : les heures supplémentaires agissent-elles comme un frein sur la croissance et l’emploi ?, Ires, 2005 ; Éric Heyer, Quel impact doit-on attendre de l’exonération des heures supplémentaires ?, OFCE, Policy Brief n°23, 8 juillet 2017

16Invisible à ce jour aux yeux des économistes libéraux mais aussi des chefs d’entreprise, de l’opinion et des gouvernants.

17Sébastien Charles, Thomas Dallery et Jonathan Marie, Has French budgetary policy since the 1970s been truly Keynesian?, Review of keynesian economics, janvier 2019

18En 1995, le groupe de travail du Commissariat général au Plan dirigé par Jean Boissonnat prévoyait, dans un scénario marqué par « une incapacité de faire évoluer la répartition entre temps de travail et temps libre », que « La France continue de s’épuiser à endiguer le chômage, qu’aucune reprise économique ne parvient à résorber (…). Chaque élection reste l’occasion de condamner le passé au nom du chômage et de promettre l’avenir en recommençant ce qui a déjà été joué. » Rapport Le travail dans 20 ans, 1995

19Jason Taylor, Work-Sharing during the Great Depression : did the President’s Reemployment Act Promote Reemployment ?, Economica, mai 2009

20Jean-Charles Asselain, Une erreur de politique économique : la loi des quarante heures de 1936, Revue économique, 1974

21Alexandre Bilous, Italie – 35 heures ; une réduction en trompe l’œil ?, Chronique internationale de l’Ires, janvier 2001

22Rapport parlementaire sur l’impact sociétal, social, économique et financier de la réduction progressive du temps de travail, 2014, dit rapport Romagnan, du nom de la députée Barbara Romagnan, rapporteure.

23Le confinement peut constituer à ce titre une expérimentation, contrainte, d'une forme de sobriété nécessaire : consommer moins peut parfois permettre de consommer et vivre mieux. Mais, le monde d'après doit aussi reposer la question de la qualité et du prix de ce que nous consommons : les marchandises de qualité ont un contenu en travail plus important que les marchandises low cost et respectent davantage les ressources naturelles, ce qui a un prix. Production, emploi, prix, et revenus sont des dimensions indissociables de la transition écologique ...et sociale.

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