A propos du livre de Pierre Bourdieu : "La sociologie est un sport de combat"

Tout intellectuel bien dans sans peau, que ses travaux accomplissent, considèrerait sa raison d'être comme un sport, et de combat, puisque évidemment tout humain dont il est donné qu'il soit lui-même, aura des contradicteurs en attendant parfois - c'est le cas de Bourdieu, qu'ils laissent la place aux admirateurs, qu'accompagne la distanciation croissante, à mesure de la popularité, des pairs.

Pierre Bourdieu: "Moi ce que je prêche, c’est l’intérêt bien compris.

J'ai dit aux gens qui sont dominants (c'est Bourdieu qui parle) :

« bon, vous pouvez être cynique, vous pouvez vous moquer complètement de ce qui arrive au peuple. Mais c’est bête, ce n’est pas simplement méchant, après tout moi je ne suis pas un moraliste, si ça vous plait d’être bien comme ça, mais c’est bête parce que vous allez être, comme en Californie, dans des espèces de ghettos dorés avec des vigiles, vous ne pourrez pas sortir, il faudra des chiens de garde, il faudra des systèmes de défense partout, vous allez être dans une espèce de forteresse assiégée, entourés par une violence que vous aurez produite vous même ». Bien sûr, le système est très puissant et la réponse est « jusqu’à présent, c’est under control », ils ont je ne sais plus combien de millions de noirs en prison, mais voilà." Conclusion de l'entretien ci-dessous, extrait du film de Pierre Carles, La sociologie est un sport de combat, C.P. Productions, 2001

Mes commentaires :

”L’intérêt bien compris” explicité par Bourdieu, est certes l’intérêt commun, mais l’exemple pris par Bourdieu, atteste que cet intérêt commun est le même que celui des dominants. pour autant qu’ils seraient plus libres de vivre. Et que des fauves humains des nombreuses prisons, il y en aurait moins, du fait de moins d’injustice de la part des dominants sur les dominés.

J’ai quatre remarques à apporter à cette conclusion de Bourdieu exprimée sur son livre ”La sociologie est un sport de combat”.

La sociologie est la science humaine qui tente d’exposer le réel (complexe) des sociétés. En pensant hiérarchiser cette complexité selon ce qui serait le plus général mais aussi le plus déterminant des effets du réel, des causes de ces effets. Alors que généralement cette hiérarchie exposée par tout sociologue ou chercheur en sociologie répond, sinon à la thèse, en tous cas à son individualité, les influences culturelles et affectives imprégnées par ses parents et proches, de ses condisciples durant les études, des maîtres formateurs, des études, des lectures, des connaissances et ami(e)s, relations affectives et professionnelles.

Mais cette configuration des choses correspond à la norme humaine universelle, en ce que les humains sont des individus, alors que les sciences visent à extraire des pensées et travaux individuels, l’universalité humaine dans les domaines qui concernent les sciences, et de quelque manière l’ensemble des sciences.

Première remarque, mais qu’anecdotique :

Le succès populaire de Bourdieu lui valut-il une distanciation de ses pairs mais qui l’affecta ? D’où le titre ”La sociologie est un sport de combat, qui consciemment s’adressa à la société et à la culture, mais inconsciemment ou malgré lui, à Bourdieu, à l’éloignement relationnel  que des pairs de Bourdieu lui témoignaient.

Deuxième remarque : précisément sociologique

En rapport à la phrase de Bourdieu selon laquelle il prêche l’intérêt bien compris.

Un état des choses social, en l’occurrence, les riches qui se barricadent, ce qui n’est pas sans rapport aux nombreuses prisons peuplées de noirs, n’est momentanée, périodique, que rarement. Alors que le plus souvent un état des choses social est durable, institutionnel en somme, institué, résultant des états de choses antérieurs qui l’ont peu a peu établi. Aussi, les données établies par les sociologues, à supposer qu’elles trouvent à se concilier, et dans une hiérarchie intelligente ou pertinente en rapport aux états des choses, ces données s’opposent à l’état social c’est-à-dire aussi politique, économique, idéologique, des choses, en premier lieu pratique des choses, à supposer que leurs autres raisons se concilieraient pour des réformes, pour les faire évoluer, pour les changer progressivement pour autant que possible.

Troisième remarque, philosophique, et prospective.

Le domination humaine est-elle domptable ? Déjà par la société ? Mais plus essentiellement par les dominants eux-mêmes ?

Par la société ? Oui, mais dans un procès, renseigné par les sciences de le vie, qui s’effectue dans la longue durée, sinon la très longue durée. Ainsi l’ADN nous montrerait qu’entre les humains de l’âge de fer, lors de la sortie de la préhistoire, les conditions naturelles changeantes incitant à la compréhension de la germination, fondant les premières collectivités agricoles, et les humains actuels, quasi rien à changé pour ce qui est de la nature humaine, l’anthropologie humaine, quoique il en serait du développement de la culture - d’agricole à l’anthropocène (l’envahissement des produits, des structures humaines, des moyens d’échanges… au détriment des espèces vivantes et de l’équilibre naturel du vivant de la planète)

Par ailleurs comme je l’écrivais ci-dessus, il est facile de mettre en cause théoriquement les institutions, autre chose est de les faire évoluer ou de remplacer celles qui manifestement se révèlent inadaptées aux temps présents pour en inventer de nouvelles qui y correspondraient.

Reste à s’interroger sur les dominants, quatrième remarque :

Dont il ne fait guère de doute qu’ils le sont davantage, dominants, par nature et les qualités idoines, que par culture, à savoir par apprentissage (politique ou managérial, notamment) ou par héritage (de situations, nobiliaire, élitistes, de carnets d’adresse, de cooptation…)

Sans doute qu’un dominant peut évoluer. Les questions sont : pourquoi le ferait-il ? Comment s’y prendrait-il s’il s’y déterminait ? Qu’est-ce qui l’inciterait à mettre en cause, les facilités de sa nature ?

Justement, les facilités.

L’insatisfaction et le plaisir de dominer (les pairs c’est plus intéressant que les assujettis par nature) qui n’auraient qu’un temps.

La morale ou l’éthique. Mais individuelles. Non les préceptes moraux dont les dominants n’ont rien à faire, bons pour la masse estimeraient-ils. Mais la dignité de soi. Qui chez les dominants naturels, pas chez les petits chefs, davantage que chez tout un chacun, ne peut se satisfaire, la dignité personnelle, d’un appareil de reconnaissance sociale qui participe de la structuration - intermédiaire, de délégation - des sociétés.

D’autant que le bien-être est incompatible avec l’indignité de la plupart des actes humains.

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