Au secour ! On est chez eux!

 

 

 

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            Qui ne l'a pas vu ? Au feu rouge, là, de l'autre côté de la rue principale. Hier, il y avait encore celle du front de gauche qui recouvrait en partie celle d'un célèbre bonbon mentholé. Ni « PRENEZ LE POUVOIR » en rouge ni « PRENEZ LA BASTILLES » en bleu ni « PLACE AU PEUPLE » en noir ni le sourire pétillant d'une femme submergée par l'effet « kiss cool » ne m'avaient ému. Mais celle-ci m'a capté, cette femme grimée de bleu, blanc, rouge, le regard fixé vers le haut et la bouche grande ouverte, jaillissant d'un fond noir, m'a happé dans une rêverie-réflexion. Je n'y ai vu tout d'abord qu'une adoratrice d'équipe nationale chantant la Marseillaise. Mais la bouche béante ne formait qu'un O tendu sur des lèvres crispées. Rien ne pouvait sortir de cette gueule sauf une éructation. Ce sont ses yeux fixés vers le haut qui m'ont guidé vers les grosses lettres du titre tendues au-dessus du front.

 

ON EST CHEZ NOUS !

 

Là, je l'avoue, j'ai éprouvé un frisson d'effroi, bien avant même que se dévoile, en bas à gauche, la flamme tricolore stylisée du FN et tout en haut un slogan puérile : « ASSEZ DE RACISME ANTI FRANCAIS ». Même dans l'une des luttes des plus nobles, ce parti stigmatise. Même le racisme devrait se diviser en nations, se résumer en un combat de cons entre les bons français et les vilains racistes étrangers.

Que signifiait donc ce frisson, cette horripilation subite et involontaire qui m'envahissait.

 

Cette question m'a occupé longtemps après que le feu fut passé au vert et m'a valu un coup de klaxon rageur. Je réprimais un doigt, je réprimais ma colère dans un démarrage poussif.

 

C'est la honte qui m'a probablement submergé, la honte d'être associé de près ou de loin aux cons qui ont collés cette affiche, associé de près ou de loin à ce drapeau tricolore supposé unir les fils des lumières et qui ne sert d’étendard qu'aux nostalgiques des guerres coloniales et aux adorateurs de la France endogamique catholique homophobe. La honte d'être d'un département qui a élu un député sur des idées xénophobes et identitaires et qui s'apprête à hisser des maires sur ces mêmes opinions nauséabondes. La peur pour Sylvie française-black, Mohamed marocain-chrétien, Clément blanc-antifa, Rachid juif-Berbère, Françoise athée homosexuelle sans papier, car tous sont en danger de Front Haineux. La force de cette affiche est de muer des victimes fantasmatiques d'un racisme anti-national, en électeurs patriotes, en citoyens délateurs, en apprentis tortionnaires puis en fascistes confirmés. Tous se fera doucement, étape par étape, de compromissions en compromissions, d'alliances en alliances, de suffrages en suffrages. Il n'y aura pas forcément de guerre, donc pas forcément de vainqueurs ni de fin heureuse mais certainement de la souffrance et de la honte pour tous.

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