Cluster

Puis vint un mot inconnu : cluster. Il aimait bien cet anglicisme qui parlait d’un truc limité et qu’on limite. Rassurant, en sommes, de savoir que l’on maîtrisait tout avec un mot anglais qui faisait chic et choc, moderne quoi… Le mot foyer aurait fait l’affaire, mais il faisait sans doute, trop familier, trop proche, au point de nous concerner en sommes.

Cluster

Quand on avait annoncé cette épidémie qui frappait la chine, il avait fait une grimace. Il n’avait pas pensé.

De l’oreille à ses lèvres, il n’était pas sûr que sa réflexion ait fait étape par sa cervelle. Même s’il savait que le passage y était obligatoire, mais comme en gare, l’arrêt ne l’était peut-être pas.

Avec le recul toute l’histoire de la pandémie se résumait à ce rictus réflexe. Un truc au fond de lui qui n’annonçait rien de bon, même s’il ne savait quoi. Même si la ministre de la Santé de l’époque ne semblait pas plus affectée que ça, même si son président qui allait au théâtre, non plus.

Mais tout de même, une province de Chine grande comme la France mise sous cloche, un pays grand comme un continent qui se déconnecte des échanges mondiaux, ça le laissait rêveur.

Pi vint la liste quotidienne des victimes dans le pays.

Puis vint un mot inconnu : cluster.

Il aimait bien cet anglicisme qui parlait d’un truc limité et qu’on limite. Rassurant, en sommes, de savoir que l’on maîtrisait tout avec un mot anglais qui faisait chic et choc, moderne quoi… Le mot foyer aurait fait l’affaire, mais il faisait sans doute, trop familier, trop proche, au point de nous concerner en sommes. L’anglicisme avait la vertu de nous tenir à l’écart du danger. Surtout que le cluster en question était en Alsace même s’il concerna après le Haut-Rhin, pour ne plus parler ensuite que de grand Est. Pour un mec du midi qui ne sait plus très bien les limites du monde au-dessus de Valence ça le faisait question « rassurance ».

Le Haut-Rhin, la chine, même combat, chacun sa merde !

C’était, semblait-il, aussi la pensée de nos dirigeants et ça précisément, ça ne le rassurait pas. Il était ainsi : son côté frondeur sans doute, manichéen de la politique, droite gauche, révolution ou réforme, les cons et les très cons. Le binaire, quoi…

Avec le recul c’était bien cela qui fut la clef du désastre, car le virus il était tout sauf binaire. Il avait du génie, le bougre, et pourtant question cervelle, le machin n’en était pas pourvu. Question égo de sapiens c’était pas humain de s’abaisser à lutter contre un truc pareil. Du moins au début ou pour une partie des dotés de cerveau. Pff ! Le binaire encore !

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