Violence ! Vous avez dit violence ? Comme c’est violent…

Mille excuses citoyens ! J’ai du mal à voir la violence décrite par les médias en regard de ce que j’ai perçu sur le site du barrage de SIVENS.

Pourtant, par bribes nous avons vu la même chose, par bribes choisies et soigneusement montées, accompagnées des diatribes théâtrales de quelques journalistes fielleux. Mais, entre ce que l’on voit de ses yeux et ce que l’on vous donne à voir citoyen, il y a un fossé qui ne cesse de se creuser. Un fossé entre ce que l’on vous donne à penser et la réalité crue de la violence qu’exerce notre police, nos élus, et nos gouvernants. Enfin, je dis nos…

 La violence, je la vois ailleurs. Dans mon village, pour commencer, quand un couple va être expulsé, quand un vieil homme invalide pleure à la pensée qu’il va peut-être coucher dehors demain. C’est violent, quels que soient les motifs de cette expulsion. C’est d’autant plus violent quand la seule institution qui pourrait agir contre cette détresse (la mairie) cache volontairement les faits à son conseil municipal et au CCAS et leur ment en affirmant que l’expulsion n’aura pas lieu alors qu’elle a reçu depuis longtemps l’avis de la préfecture. Tant de mépris de la part d’une mairie pour une détresse, cachent-ils quelques obscurs desseins ou bien de l’incompétence ? Il est violent d’imaginer les deux.

 http://vivreautrementamus.hautetfort.com/archive/2014/09/16/expulsion-a-mus%C2%A0-commission-elargie-ou-tribunal%C2%A0-5448922.html

 La violence, je la vois dans une communauté de commune qui distribue aux parents d’élèves un dépliant d’autosatisfaction à la rentrée scolaire, vantant ses efforts en matière d’encadrement périscolaire en embauchant trois animateurs. La réalité que cache cette propagande est plus glauque. Les animateurs en question ont été embauchés en CDD pour quelques semaines. L’un d’entre eux ne verra pas son contrat renouvelé, sans motif, et les animations théâtre qu’il avait entrepris pour le grand plaisir des enfants et la satisfaction des parents, interrompus. C’est violent d’autant plus violent que tout cela entre dans la politique assumée, de cette communauté de commune, et de son président.

 http://www.cc-rhony-vistre-vidourle.fr/index.php/enfance

 Mensonge et mépris donc de nos élus locaux les plus proches, envers la population. Bien installés dans leur fauteuil inamovible pour 6 ans, ils démultiplient comme des moutons la politique universellement admise de l’austérité, universellement vaine depuis sept ans. C’est violent pour les plus démunis, juteux pour ceux qui l’appliquent au sommet des états et partout dans le monde. En définitive rassurant pour les élus locaux qui n’ont pas à imaginer d’autres alternatives plus originales que des colonnes de chiffres pour l’épanouissement des écoliers de leur commune.

 Mais, poursuivons plus loin, notre voyage dans la violence ordinaire, quelques parts en France au quotidien et de la par de ceux qui prétendent la réprimer. Les gendarmes ! Nos bleus ! Valeureux secouristes en montagne ! Redoutables prédateurs en plaine ! Chasseur de dreadlocks, de marginaux, de gens de couleurs ou du voyage et de caisses chelous de précaires en goguette. Ils flairent le cannabis ses limiers perspicaces, ils le flairent au faciès, aux look et aux piercings. Si cela ne suffit pas, une ceinture oubliée fera l’affaire pour amorcer la pompe de leur butin raciste. Deux points de moins ? Trois ? Six ? Non huit avec la ceinture ! Plus une lourde amende, un jugement et donc le recours à un avocat. Avec la fièvre des radars, il reste rarement assez de points pour sauver les permis de cette « racaille de jeunes rebelles, pauvres et fumeuse de cannabis ».

C’est injuste de pénaliser lourdement l’usage d’une drogue non létale comme le THC principe actif du cannabis à des taux sanguin dont nul ne sait s'ils affectent la conduite automobile, au prétexte qu’elle est illicite quand l’alcool drogue légale est un fléau national en matière de santé publique et tue chaque année des milliers de gens, sans compter les comportements à risque qu’il induit, pas seulement sur la route, mais dans la vie de tous les jours et dans les beuveries institutionnelles que sont fêtes votives et Féria, avec leurs lots de viols et d’agressions. La prohibition concernant le dhc ne justifiant que le zèle coupable raciste des gendarmes à réprimer jeunesse, marginaux et gens de couleur.

 Sans justifier son usage, ni contester le plus que probable effet néfaste du cannabis sur la conduite automobile. Il est loin d’être un fléau sur la route au même titre que l’alcool comme la propagande officielle le prétend.

 « Malgré la présomption de dangerosité du cannabis sur le comportement de conduite, il est encore aujourd’hui impossible d’affirmer, faute d’études épidémiologiques fiables, l’existence d’un lien causal entre usage du cannabis et accident de la circulation. Le substrat scientifique, dans le cas du cannabis, semble encore fragile. »

 (CNRS Rapport de la commission d’enquête sur la politique nationale de lutte contre les drogues illicites)

 Cette répression qui se sert de l’usage d’une drogue non létale envers une fraction importante de la population est une violence ordinaire par les peines qu’elle fait encourir à des gens jeunes souvent précaires. Elle n'est en rien motivée par la sécurité routière. La prohibition du cannabis est à la lutte contre les trafics de drogues et leur usage, ce que l'austérité est à la résolution de la crise : une sinistre farce.

 Partout dans le monde :

 http://www.huffingtonpost.fr/richard-branson/pour-gagner-la-lutte-cont_b_1869691.html

 Mais les gendarmes héros secouristes des sommets alpins, chasseurs au faciès en plaine ont aussi leurs pandores tueurs. Les gardes mobiles, mais aussi CRS et BAC. Ils étaient à la manifestation contre barrage de Sivens comme à Notre Dame des Landes et dans toutes les manifestations non institutionnelles.

J’ai bien vu à Sivens, comme vous à la télé, des gendarmes en armure, casqués, bouclier au poing, balancer des grenades lacrymogènes ou offensives, et armés de flashballs (arme interdite en Allemagne) contre des manifestants sans armes, ni protections, si ce n’est un foulard parfois noir. J’ai bien vu ces derniers balancer là un caillou, là un pavé qui allait mourir sur le bouclier d’un robocop galonné. J’ai bien vu un pale cocktail Molotov enflammer, 5 secondes au plus, la combinaison en kevlar d’un GM, aussitôt maîtrisé par un extincteur puis ce dernier reprendre aussitôt le combat. Je les ai bien vus ces manifestants aux armes ridicules, face à la force armée. J’ai bien vu, comme vous, je l’espère, des forces de l’ordre disproportionnées en regard du nombre de manifestants, de leur dangerosité et de l’enjeu à défendre, rien, ce jour-là, que la fierté hormonée à la testostérone des officiers de gendarmerie, du préfet et de son ministre de tutelle. Tout cela après des semaines de répression militaire envers les zadistes et autres opposants au barrage de Sivens. J’ai appris, comme vous, la mort de Rémy Fraisse, botaniste, ni zadiste ni activiste ni militant, tué par un gendarme avec une grenade offensive. Son nom est venu s’ajouter à la déjà longue liste des tués et blessés de la police sans compter les mutilés par flashball et grenades assourdissantes.

 http ://www. urgence-notre-police-assassine. fr/123663553

 Cela est violent, non ?

Inadmissible de savoir que, quasi dans l’heure, le ministre de l’Intérieur savait qu’un de ses gendarmes avait tiré à vu sur un groupe de manifestants et qu’il avait clairement vu un homme au sol aussitôt après. Que le premier ministre Manuel Valls devait savoir, guère plus tard que Rémi était mort d’une explosion de grenade offensive lancé par un bleu. Il fallut presque quinze jours et je ne sais combien de mensonges pour que les citoyens que nous sommes et la famille de Rémi sachent.

 Rapport d’autopsie et l’aveu du gendarme meurtrier « présumé ».

http ://fr. scribd. com/doc/245896462/Mensonge-d-Etat

 Bien avant ce drame, les zadistes et ceux qui le désiraient, pour peu qu’ils soient curieux, savaient que le projet de barrage de Sivens était mal ficelé et un pur produit de conflits d’intérêts entre élus du conseil général du Tarn, et la Compagnie d’aménagement des coteaux de Gascogne (CACG) . Cette dernière étant pilotée par des élus locaux, souvent les mêmes, qui étaient chargés au sein du conseil général du Tarn de prendre la décision politique de construire ou non ce barrage. Au sommet de tout cela un cumulard assumé, Thierry Carcenac, président du conseil général qui a été député entre 1997 et 2012. Le 28 septembre, il a été élu sénateur.

 http ://www. lemonde. fr/les-decodeurs/article/2014/11/05/qui-est-a-l-origine-du-projet-du-barrage-de-sivens_4518076_4355770. html

 Cela est d’une violence intolérable quand on sait où a conduit cette corruption institutionnelle.

 Celui qui n’avait pas mis sa ceinture, celui qui portait un foulard noir devant des robocops et celui qui se nommait Rémi, tous trois avaient 21 ans et portaient des dreadlocks, fumaient du cannabis, l’un d’entre eux aurait pu être l'animateur périscolaire de votre école, pourquoi pas. Le premier a perdu son permis, le second 6 mois de prison ferme, le dernier est mort assassiné par un gendarme.

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 Rémi FRAISSE assassiné par un gendarme le 26 octobre 2014

 De petit et très gros mensonges des mairies aux conseils généraux jusqu’au sommet de l’état. De petits et grands délits du gendarme raciste qui arrête et verbalise au faciès jusqu’au Garde mobile qui balance en l’air et à vue une grenade offensive sur des manifestants.

Là est la violence

 Mon indignation ne soulèvera que mépris envers la chaîne infernale d’élus, gendarmes, préfet, ministres, responsables de ce crime institutionnel tous artisans de la rage qu’ils génèrent.  Je suis solidaire de ceux qui endurent toute cette violence d'état au quotidien comme dans les manifestations et qui pourraient du fait de ce harcèlements iniques passer, hélas, de l’indignation à la révolte…

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