Agrandissement : Illustration 1
LULU
Alors t’as vu ta copine Marine
MANU
— Le Père LEPEN, c’était quand même autre chose avant.
LULU
— Ah ça, oui.
Avant, au moins, c’était clair.
Le GUD, Ordre Nouveau, toute la boutique…
LE BORGNE il disait ce qu’il pensait.
C’était ignoble, mais c’était franc du collier.
MANU
— Il faisait pas dans la dentelle.
LULU
— Non.
Il faisait dans la chambre à gaz verbale.
Les nègres, les bougnoules, les youpins… tout le monde prenait.
Durafour-crématoire, les camps “détail de l’histoire” La Gégène de Jean-Marie…
On savait à qui on avait à faire.
Le fascisme à visage découvert, sans fond de teint.
MANU
— Et pourtant, il a fait des scores. Rappel toi, ton cauchemar, il a battu Jospin et c’est retrouvé en face Chirac au deuxième tour.
LULU
— Parce qu’il parlait vrai… à ses troupes.
Les fachos savaient pourquoi ils votaient.
Aujourd’hui, c’est plus compliqué.
MANU
— Sa fille, elle a changé les choses.
LULU
— Elle a surtout changé l’emballage.
Quand Marine a pris la boutique, y a eu du roulis.
Le vieux daron dehors, viré comme un bibelot encombrant qui sentait la naphtaline.
Fallait nettoyer la vitrine, pas la marchandise.
MANU
— Elle a dédiabolisé.
LULU
— Non. Elle a détergéntisé.
Ça mousse moins, mais ça lave toujours aussi sale.
MANU
— Marion, elle, elle est plus claire.
LULU
— Marion “Maréchal nous voilà”, oui.
Elle a préféré aller fricoter avec Gollum Zemmour et sa secte Reconquête.
Et là, les vieux fachos ont commencé à perdre le fil de la bobine.
MANU
— Pourquoi ? Zemmour, c'est l'intelligence, la culture.
LULU
— Parce que Zemmour, Manu…
Il leur a retourné le cerveau comme une chaussette.
Les gars se disent : « Mais attends… il serait pas juif, lui ?
Alors on aime les juifs maintenant ?” C'est le court-circuit dans la tête des bas-du-front !
MANU
— C’est plus subtil.
LULU
— Subtil ?
Le chef des juifs, comme ils disent dans leur jargon pourri, qui explique l’identité nationale à coups de nostalgie pétainiste…
Pendant que ce Nazi sans prépuce transforme Gaza en parking de l’histoire.
Même les SS allemands passeraient pour des enfants de cœur à côté.
MANU
— Tu vas loin, là.
LULU
— Non.
Je regarde.
Et surtout, je regarde la confusion dans les têtes.
Les vieux fachos savent plus où donner de la haine.
Tout se mélange.
Juifs, noirs, Arabes, antisémitisme, antisionisme…
Un vrai ragoût idéologique.
MANU
— Marine, elle essaie de rassembler.
LULU
— Elle cuisine, oui.
Une vieille cuisine bien faisandée.
Le RN qui défile contre l’antisémitisme, adoubé par Gérard Larcher et son fauteuil à 34 000 balles…
Faut oser.
MANU
— C’est quand même une bonne cause.
LULU
— Bien sûr.
Mais quand ceux qui hier flirtaient avec les héritiers d’Ordre Nouveau deviennent soudain les gardiens de la morale, j’ai la nausée.
Et bizarrement, dans cette manif, y avait surtout des absents bien désignés.
MANU
— La gauche extrême.
LULU
— Voilà. La véritable gauche pas celle des cons promis.
La France insoumise, traitée d’antisémite parce qu’elle ose dire que le peuple palestinien se fait massacrer.
La vieille recette, Manu.
“Plutôt Hitler que le Front populaire.”
On change les noms, pas la logique.
MANU
— Tu crois vraiment que ça marche encore ?
LULU
— Mieux que jamais.
La bourgeoisie adore.
Les gouvernants applaudissent.
Diviser, salir, désigner un ennemi commode pendant que le reste passe en douce.
MANU
— T’es pessimiste.
LULU
— Non.
Je suis réveillé.
Et je sais une chose :
le bruit des bottes, on finit toujours par l’entendre.
Mais le silence des pantoufles prépare le terrain.