Le bistrot de BÉBER est plongé dans une pénombre de fin de règne. Manu, sanglé dans un complet gris fer, la Francisque luisante comme une menace.
En face, Lulu, Étoile rouge épinglée sur le béret, triture son verre de calva, l’œil brillant.
Dehors, le corbillard du vieux René, dernier des Mohicans socialiste de gauche attend sous une pluie fine, une pluie de défaite.
Le zinc collait un peu, comme la République en fin de mandat.Un Flipper et un Scopitone éteints mais rutilants prouvaient que le temps s’était arrêté. . LULU et MANU, piliers parmi les piliers, refaisaient le monde à hauteur de comptoir. Le vrai parlement, celui qui ne ment pas : ici, quand on raconte des salades, au moins on les arrose.
C’est un de ces rades où le temps n’a plus de prise. BFM sans le son affichait des rubans de texte qui défilaient nerveusement au bas de l’écran comme des fourmis sous amphétamines, annonçant l’apocalypse ou la météo, ce qui revient souvent au même. Manu et Lulu, les deux duettistes du comptoir, étaient déjà en poste, calés sur leurs tabourets comme des gargouilles sur une cathédrale en péril.
Le bistrot ouvrait comme une plaie mal cicatrisée.
Odeur de café brûlé, de bière éventée, et de résignation nationale. Le genre d’endroit où la démocratie vient se reposer les lombaires.
LULU et MANU étaient déjà là, accrochés au comptoir comme deux morpions sur une idée fixe.