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Billet de blog 10 juin 2020

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Peut-on réellement dire ACAB ?

Le débat sur les violences policières et le racisme systémique de la police omet souvent de prendre en compte les spécificités de la police, comme institution. Peut-on réellement soutenir que toute la police est raciste, sexiste et violente, ou ces abus ne sont-ils le fait que de quelques « fruits pourris », qu'il faut nécessairement distinguer des bons policiers ?

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On voit en effet beaucoup, dans les médias ou sur les débats en ligne, la question s'articuler autour de la généralisation ou non-généralisation individuelle : tous les policiers sont-ils racistes ou violents, ou ne s'agit-il que de quelques-uns qui donnent alors un mauvais nom à la profession dans son ensemble ? Il existe après tout des policiers parfaitement décents qui n'ont probablement jamais contrôlé au faciès, usé de leur arme de service ou frappé de manifestant. Peut-on alors dire que la police est raciste et violente ? N'est-ce pas opérer une généralisation, abusive par nature, qui englobe tous les policiers indistinctement ?

Nous laisserons volontairement de côté les preuves et témoignages de l'existence de consignes, pratiques approuvées voire encouragées par la hiérarchie et autres groupes de discussion whatsapp ouvertement racistes et suprémacistes, sans mentionner le sexisme galopant, par exemple dans les nombreux récits de déposition pour viol ou agression sexuelle. S'ils prouvent l'existence d'une culture raciste, sexiste et autoritaire au sein de la police et de son usage par les gouvernants à des fins autoritaires, racistes et antidémocratiques, ils ne permettent pas tout à fait de répondre au problème. On peut toujours objecter que tous les policiers ne suivent pas les consignes de leur hiérarchie (ce qui est – plus rarement – documenté également) et ne participent pas à cette culture raciste. Il y a même des endroits où les victimes d'agression sont reçues tout à fait décemment.
Alors, acab ou not all cops ?

Une clarification des termes permet d'apporter des éléments de réponse : qu'est-ce qu'un policier ?

Lorsque qu'un boulanger décide d'ouvrir une boulangerie, il le fait en son nom propre. Quand il emprunte à la banque, c'est à son nom propre. Si ses produits sont excellents ou terriblement mauvais, il en tirera le crédit ou le blâme en son nom propre (ou celui de sa chaîne).

Le policier, quand à lui, ne fait jamais rien en son nom propre. En service, il est toujours représentant et agent tout à la fois, de l’État. Il est chargé (officiellement) de veiller au bon respect et à l'application de la loi. Son autorité et ses prérogatives ne découlent d'aucun mérite ou d'aucune autorité personnelle, mais dérivent de la loi et de l’État, tels qu'ils sont eux-mêmes (théoriquement) approuvés par les citoyens via le vote de leurs représentants.

Ce qui veut dire que tout ce que fait un policier en service est accompli au nom de l’État et ne peut être accompli qu'au nom de l’État. C'est bien pour cette raison qu'un policier peut procéder à une arrestation et à une mise en garde à vue sans être poursuivi pour kidnapping et séquestration arbitraire.

Par conséquent, tout ce qu'un policier fait en service engage directement la responsabilité de l’État, dont il est l'agent et le représentant – et rien d'autre. Réciproquement, l’État ne peut pas ne pas reconnaître comme étant siennes les actions des policiers accomplies dans l'exercice de leur fonction, sauf si elles se voient reconnues par le biais d'une procédure disciplinaire ou judiciaire, contraire à la loi, et donc à la volonté étatique. C'est une manière pour l’État de désavouer rétrospectivement une action commise en son nom et d'affirmer que ce qui s'est commis là, l'a été hors du mandat remis au policier pour agir au nom de l’État. C'est reconnaître, en somme, que le policier a agit en son nom propre et a donc violé sa mission de représentant et d'agent étatique.

Tant qu'un tel désaveu n'a pas lieu, les actions du policier doivent être considérées comme les actions et la volonté de l’État. Si des policiers commettent des actions antidémocratiques, racistes ou sexistes sans qu'à aucun moment ils ne soient officiellement discrédités comme policiers, par le biais d'une sanction ou de leur radiation, alors c'est que l’État lui-même a non seulement agit, mais approuve (puisqu'il ne désavoue pas), sexisme, racisme et autoritarisme.

Et la police est cette institution de l’État qui regroupe ces agents et représentants appelés policiers. Si des policiers agissent de manière violente, sexiste ou raciste sans être d'une manière ou d'une autre désavoués en tant qu'agents de la police, alors c'est tout à fait légitimement la police elle-même qui peut – et doit – être qualifiée de sexiste, violente et raciste, puisque toutes ces actions sont effectuées sur la base de son autorité, en son nom et seulement en son nom.

Ceci résout notre problème initial, dans la mesure où la distinction qui tente de s'opérer entre les violences policières d'un côté et seulement des policiers violents de l'autre omet qu'un policier n'agit jamais en son nom propre, par définition. Un policier violent, c'est toujours la violence de la police.

Le simple refus de sanctionner, désavouer, condamner les auteurs des violences policières, des meurtres, viols et autres abus racistes et sexistes a pour conséquence nécessaire et automatique de devoir considérer la police et l’État lui-même, comme raciste, sexiste et autoritaire.

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