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Billet de blog 11 déc. 2015

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Avec le retrait républicain, François Hollande espère orchestrer la décomposition de la droite

Le système binaire qui organise la vie politique française ne prévoit pas de place pour trois blocs. La guerre pour l’élimination de l’un d’eux promet d’être implacable.

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Les conseillers fantômes des trois régions concernées par le retrait républicain des listes socialistes n’ont pas fini de hanter l’avenir de la droite.

Bien sûr ce retrait permet de camper sur une posture sacrificielle honorable et de pointer par défaut ceux qui n’ont pas eu ce sens des responsabilités et cette image aura son utilité en 2017.

Mais sans attendre cette prochaine échéance, si le Front National ne parvient pas à l’emporter dimanche soir, les socialistes auront beau jeu de rappeler qu’ils ont pris une part active à ce résultat et d’amputer la victoire de la droite d’autant de sa performance. De lui rappeler qu’elle n’a pu y parvenir sur sa seule dynamique.

Lui interdisant de fait toute récupération à son seul compte de la figure de rempart à la progression du FN. On retrouve, ici, la même logique qui a présidé au choix de reprendre des mesures qu’elle préconisait dans la réponse aux attentats de novembre.

Union Nationale, Front Républicain, dans les deux cas, l’objectif est le même, réduire l’autonomie de la droite, la contraindre à se solidariser avec les décisions du gouvernement sous peine d’apparaître préférer sa propre destinée à la raison d’état.

Dans le cas inverse, si le FN réussit, dimanche, à emporter la victoire dans une, deux ou trois régions, c’est l’incapacité de Sarkozy et de ses amis à faire barrage qui sera également mise en avant.

Mais la droite aurait tort de penser que, passé dimanche soir, elle pourra oublier ces mises en question et que ce tiers absent à qui elle devra une partie de ses sièges ne ressurgira qu’en 2017.

L’impact sera durable.

En termes de confusion d’abord. Refuser les fusions et le retrait de sa liste arrivée 3ème en Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon, ne lui a, en aucune manière, permis cette semaine, de contrer l’idée que les frontières entre elle, le PS et même la gauche de celui-ci sont désormais plus que brouillées.

Car elle n’a évidemment pas pu empêcher ni les responsables socialistes, écologistes et Front de Gauche de se faire les héros de leur appel à voter pour elle, ni les médias d’en faire le pivot de ce second tour.

Marine Le Pen, dans ces circonstances, n’a pas eu besoin de se démener beaucoup pour construire sa prétention à se présenter comme seule alternative à une classe politique devenue soudain face à elle homogène. Un argument qui semble désormais bien plus porteur que toutes les condamnations morales qui lui sont opposées au ressort éculé d’avoir trop été brandies sans être suivies de conséquences.

Mais qui plus est, aveuglée par la nécessité de sauver les meubles (car la défaite des majorités de gauche sortantes ne saurait masquer que ce sont en réalité ses fiefs que le Front National menace d’emporter), travaillée par sa détestation profonde de la gauche et la proximité idéologique de certains de ses membres avec l’extrême-droite, la droite a sous-estimé le danger au long cours que pourrait représenter pour elle, le face-à-face qui s’annonce.

En effet, dans des conseils régionaux où ne siègeront que des élus FN et des élus de droite, gouvernement et PS d’un côté, FN de l’autre, auront tout loisir pendant les mois précédant la Présidentielle de prendre au piège les élus de la droite sur chaque vote qui les verra ou non mêler leur voix à celles du Front National.

Ainsi en cas de victoire, Bertrand ou Estrosi verront chacun de leurs projets être jugés en fonction du soutien apporté ou non par les élus du FN. Et leur opposition à ces derniers autant que leur complicité réelle ou supposée mises sous les projecteurs. Dans ces conditions, le Front National n’a pas fini de s’imposer comme central sur l’échiquier politique. Et la seule opposition droite/extrême-droite comme incapable de contrer cette centralité.

De la même façon, dans des régions dirigées par la famille Le Pen, si les conseillers régionaux de la droite ne votent pas les propositions du parti de Marine Le Pen, celui-ci se fera une joie de dénoncer ces élus qui préfèrent s’abstenir ou voter contre pour des raisons de positionnement politique et non en fonction des intérêts présumés de la région.

Dans le cas contraire, c’est le PS qui s’empressera d’affirmer que la droite ne s’oppose pas au FN mais au contraire s’en fait l’allié.

Et comme on peut compter sur Marine Le Pen pour proposer des mesures dont la droite aura du mal à justifier qu’elle ne les vote pas alors qu’elle les défend par ailleurs, et/ou  des motions susceptibles de fracturer la droite classique entre durs et modérés et entre Républicains et Centristes, on peut d’ors et déjà présumer que le piège pour la droite ne fait que s’amorcer.

PS et FN ayant objectivement les mêmes désirs de la voir éclater en milles fractions récupérables éventuellement par leurs camps respectifs, ils ne vont pas se priver d’exacerber les tensions qui la traversent. Le système binaire qui organise la vie politique française ne prévoit pas de place pour trois blocs. La guerre pour l’élimination de l’un d’eux promet d’être implacable.

François Hollande, n’en doutons pas, a parfaitement saisi, tout l’usage qu’il pourra faire de cette absence programmée désormais des conseillers régionaux de gauche. Une absence bien plus ostentatoire en réalité qu’une poignée d’élus dont les votes d’opposition ne sont finalement plus appréciés qu’en tant qu’expression routinière et convenue.

En revanche cette stigmatisation en creux, cette absence, correctement orchestrée peut aisément devenir objet perdu, le symbole d’un manque à travers lequel insuffler cette opposition qui n’est plus.

La gauche a un atout que ne possède pas la droite en la matière, une légitimité d’opposant quasi inscrite dans son ADN comme dans l’inconscient collectif.

Une caractéristique que la droite s’emploie à chaque victoire de la gauche à retourner contre elle, s’efforçant de graver dans les esprits que ses conquêtes ne peuvent être qu’accidentelles, ponctuelles et frôlent l’usurpation. Que le retour à l’ordre demande une restauration.

Mais dans le cas de figure qui s’annonce, cette faiblesse symbolique qui joue contre elle chaque fois qu’elle prend les rênes d’une institution et dont elle doit prouver qu’elle n’a pas de fondement, pourrait cette fois faire sa force. Croire à une crédibilité supérieure de la gauche sur la droite dans le rôle de l’opposition, toutes nos habitudes politiques, nos schémas de pensée préconçus nous y poussent.

Sera-ce suffisant pour faire oublier le rejet qu’elle suscite alors qu’elle est aux manettes à l’échelon national, rien n’est moins certain.

D’autant que Marine Le Pen, qu’elle se saisisse ou non de l’exécutif régional en Nord-Pas de Calais, entend bien, plus forte demain de moyens et d’un maillage d’élus locaux fraîchement étendus, faire fructifier cette implantation en constante progression pour s’assurer de représenter l’alternance.

Quels que soient les résultats de dimanche, la phase de dédiabolisation du Front National a pris fin, Désormais l’enjeu pour Marine le Pen consiste à le crédibiliser et le respectabiliser. Tous ces nouveaux petits notables élus dimanche seront autant de relais dans cette nouvelle étape.

Et les stratégies qui ont réglé ces élections régionales semblent moins dictées par la volonté de lutter contre le Front National que par celle de se garantir d’être celui qui l’affrontera au second tour des Présidentielles quitte à ne plus se situer que sur le terrain qu’il balise. Il ne peut pas rêver de meilleur VRP.

Si on veut combattre le Front National, il faudrait déjà commencer par construire une offre différente.

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