Il n'y a pas de gauche sans alternative

La très large victoire de François Fillon dans les primaires de la droite est venue confirmer un mouvement de fond : 2017 ne se limitera pas à une alternance. Entre Contre-Réforme et révolution conservatrice, droite extrême et extrême droite pourraient bien renvoyer une gauche à la dérive hors du champ politique.

Le résultat des primaires de droite est venu hier, rendre plus visible encore, un lent mouvement de fond qui permet un peu plus chaque jour à une droite extrême d'étendre sa main mise sur l'échiquier politique.

Dans ce paysage, les risques ont considérablement augmenté de voir la présidentielle se résumer à un affrontement opposant au national-libéralisme qu'entend développer François Fillon, un nationalisme prétendument social du Front National.

Droite extrême et extrême droite se livreraient ainsi une sorte de lutte des classes dont la gauche aurait été exclue, dans une surenchère infernale qu'elles pensent pouvoir d'autant mieux s'autoriser que la gauche n'existe plus, pensent-elles.

Une gauche sans projet, sans programme, sans idéologie, mais avec un trop plein de candidats dont aucun n'est en capacité de rassembler et des appareils - partis comme syndicats - obsolètes et bien en peine de parler ailleurs qu'en interne.

François Fillon l'a d'ailleurs exprimé, il ne pense pas l'opposition, qu'elle soit politique, syndicale ou sociale, en capacité de se mobiliser pour le contrarier.

Alors une coalition peut-elle s'édifier en quelques mois, la société civile et associative est-elle en capacité d'exprimer, de construire au delà d'elle-même l'alternative que les partis et syndicats n'ont pas voulu et de convaincre une majorité qu'elle est crédible, réalisable et de l'intérêt commun ?

Portée au pouvoir pour la réaliser, la gauche dite de gouvernement a eu sa chance, elle l'a flinguée.

Si cette coalition rassemblant tous ceux et celles dont les vies ne comptent pas ne voit pas le jour, si nous ne sommes pas capables de nous convaincre les uns les autres que nous pouvons ensemble parvenir à un projet cohérent et différent, les droites extrêmes l'emporteront.

Compter sur les appels à construire des digues, remparts, fronts républicains, lignes Maginot et les chantages à la culpabilité, pour sauver une mise à laquelle quasi personne ne croit plus n'est rien moins que suicidaire.

S'il n'y a rien de nouveau à proposer que de continuer la même politique ou une variante de même inspiration, toutes les argumentations à base de déficit de compréhension de la population, de demande de patience supplémentaire ou de comparaison d'échelle se heurteront au vécu. Le niveau de violence économique, sociale, sociétale est tel qu'il y a fort à parier que les électeurs se répartiront entre un renvoi du mépris qu'ils subissent dans une abstention massive et un boomerang de colère à travers des votes supposés faire exploser un système à bout de souffle.

Le nombre ne fait qu'augmenter de ceux qui sont désormais prêts à prendre le risque que dans cette explosion soient dynamitées ce qu'ils perçoivent comme des protections chaque jour plus faibles et dont on ne cesse précisément de leur dire qu'ils doivent accepter qu'elles se réduisent à peau de chagrin.

La gauche est prévenue, elle ne mobilisera pas contre, elle ne mobilisera pas en se présentant comme n'ayant pas le choix ou en incarnant une fatalité déguisée en vertu raisonnable, elle ne mobilisera pas pour de l'eau tiède appelée à se refroidir au contact du pouvoir. Elle ne mobilisera que si elle s'attelle enfin à une proposition de rupture, ambitieuse et positive. Qui rassemble dans une dynamique globale des perspectives politiques, économiques et sociales qui fassent sens pour tous ceux qu'elle laisse pour compte aujourd'hui.

À leur façon, François Fillon et ses électeurs de la primaire de droite nous ont transmis hier une libre traduction du célèbre « there is no alternative» de Margaret Thatcher  : il n'y a pas de gauche.

Pourvu que ce qu'il reste de celle-ci ait entendu : il n'y a pas de gauche sans alternative.

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