Visages vitrés. Rires jaunes.

Aujourd’hui j’ai vu des gens derrière les vitres d’un bistrot hurler, rire, mugir de joie, applaudir devant le passage de la cavalerie bleue.

Aujourd’hui, j’ai vu des gens derrière les vitres d’un bistrot hurler, rire, mugir de joie, applaudir devant le passage de la cavalerie bleue, pendant que des poussins jaunes couraient devant, hébétés quand le poulailler s’en fut refermé.

Je crois avoir décelé un fulgurant sentiment de honte sur leur visage quand nos regards se sont croisés, avant que je ne comprenne le sens, la destination de leurs applaudissements.

Encore un effort semblaient-ils dire à leurs poulains préférés, sur la ligne d’arrivée.

J’ai eu une pensée subite pour ceux qui applaudissaient similaires, sur les Champs en 40.

Cette joie incommunicable de la victoire.

Analogie, anachronie.

J’aurais pu penser aux Versaillais par exemple, moins laids, mais quelle différence in fine ?

J’ai marché longtemps à la recherche de ces poussins dispersés par les poulets mieux armés.

Je les ai retrouvés par les rues de Paris, heureux de se retrouver par grappes coagulées.

Je reste néanmoins sur ces images de joie par vitres interposées, et je redoute que notre poulailler par ces gens ne soit gardé.

Les poussins ont déambulé, ni guide ni visée, et pris Bastille le temps d’une idée.

Peut-être ont-ils déjà gagné face aux maîtres semés, mais je reste effrayé par ces sourires vitrés.

Face aux vitrines claquemurées, quelques klaxonnes et gestes d'amitié.

Nous étions dix, vingt, trente, cinquante unités dans cette virée, sans rien casser.

Des millions, peut-on espérer.

Une photo, une foule de poussins riant jaune, repoussés des Beaux-Quartiers, quelques secondes avant cette enjambée.

Choses vues, Paris 12 janvier 2019.

 

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