La nouvelle trahison des élites

Quelques anciens billets de blog remis en forme. Ils expriment le besoin d'un nouveau contrat social, éloigné des bornes actuelles du "débat acceptable". Attention, il y est question de sortie de l'Union Européenne et de barrières douanières.

Première idée. Quand on injecte un euro dans l'économie, elle y gagne bien plus. Parce que la pièce utilisée pour acheter du pain sert ensuite au boulanger pour acheter de la farine puis au meunier pour acheter des chaussures à son fils et au cordonnier à rembourser son emprunt à la banque. C'est ce qu'on appelle l'effet multiplicateur. Le FMI a récemment admis que cet effet avait été gravement sous-estimé dans ses plans d'aide passés, contre-productifs dès lors qu'ils demandaient aux Etats toujours plus d'austérité en échange des prêts accordés.

Seconde idée. Lorsqu'une politique vise à relancer la consommation en offrant plus de pouvoir d'achat aux ménages, elle n'a pas le même effet suivant qu'elle s'adresse aux riches ou aux pauvres. Parce que les pauvres ont tendance à réinjecter dans l'économie une plus grande part de cette manne que les riches, lesquels peuvent au contraire épargner ou investir dans des produits financiers non productifs. Et donc casser l'effet multiplicateur. C'est la raison pour laquelle la théorie du ruissellement, que Macron a rebaptisée "premiers de cordée", et qui pose que l'argent des riches finira forcément par bénéficier à toute la société en bout de chaîne, est fausse. Pourtant, depuis 30 ans, c'est bien sur ce credo que nos dirigeants fondent leurs politiques.

Pour en comprendre les motifs, il faut remonter aux années 70, lorsque l'école "libérale" de Chicago emmenée par Milton Friedman et inspirée par Gustav Hayek contamina tous les cercles dirigeants de la planète, de Margaret Thatcher et Ronald Reagan à l'époque jusqu'à Chirac, Sarkozy, Hollande et Macron aujourd'hui. Ces gens croient en une théorie économique qui professe que si les hypothèses de la concurrence pure et parfaite son respectées, alors l'offre et la demande s'équilibreront sur tous les marchés. Et cet équilibre général sera aussi un optimum social, en ce sens qu'on ne pourra plus augmenter les revenus d'un agent d'un euro sans que d'autres agents perdent un euro ou plus. Parmi les hypothèses de concurrence pure et parfaite, il faut notamment que l'information soit parfaite, que les agents soient parfaitement rationnels et cherchent en permanence à maximiser la satisfaction de leurs intérêts individuels, qu'aucun agent n'ait une taille suffisante pour influencer à lui seul un marché et que l'Etat s'abstienne d'intervenir. Aujourd'hui, l'école de Chicago a gagné la bataille idéologique et est sur-représentée dans le corps enseignant de nos grandes écoles, de Sciences-Po à l'ENA en passant par l'ESSEC ou HEC. Macron et ses collègues ont été biberonnés à cette école de pensée distillée par les économistes dits "orthodoxes".

Malheureusement pour nous, son inanité a depuis longtemps été démontrée. Déjà, parce que les humains ne sont jamais parfaitement rationnels, ce qui est pourtant un des présupposés de la théorie libérale. Ensuite, parce que s'approcher des conditions de concurrence pure et parfaite ne garantit aucunement qu'on se rapproche de l'équilibre général. On peut être proche de ces conditions et très loin de l'équilibre. Enfin, parce qu'un optimum social n'est pas vraiment un optimum social. Une situation où un agent possède 99% des richesses et l'ensemble de ses contemporains les 1% restants peut très bien être qualifiée d'optimum social selon la théorie.

En résumé, la concurrence pure et parfaite est une fable qui cherche à affaiblir l'Etat et les amortisseurs sociaux. Et qui n'a aucun problème avec l'idée que les riches, c'est fait pour être très riches et les pauvres très pauvres.

Le protectionnisme pour les Nuls

Donc, 'le ruissellement" ne marche pas et l'Etat doit retrouver un rôle. Mais il n'est plus seul dans son tête-à-tête avec les Français. La mondialisation, notamment financière, est venue jouer les trouble-fête et limite aujourd'hui le champ d'action régalien. On glose beaucoup sur l'impossibilité dans ce contexte mondialisé de mettre en place autre chose que des politiques favorables au capital et aux grandes entreprises. Rompre avec cette manière de faire en s'attachant (par exemple) à une meilleure répartition des richesses, suppose au préalable de mieux protéger nos marchés sous peine de voir le capital prendre la poudre d'escampette. Mais ce simple constat touche d'emblée à un tabou du débat public. Le protectionnisme constitue un véritable angle mort de la pensée, enterré au rythme des ratifications successives des différents traités commerciaux multipartites (GATT, OMC, Maastricht...) qui régissent aujourd'hui l'imbrication de la France dans l'économie mondiale. Avant d'essayer de comprendre pourquoi, il faut d'abord s'attacher à décrire comment le protectionnisme fonctionne.

Une politique classique de relance par la demande consiste à augmenter le pouvoir d'achat des ménages afin de donner un coup de fouet à l'économie. Mais lorsque l'économie en question participe pleinement à la mondialisation, une bonne partie du supplément de pouvoir d'achat part dans des biens importés, ce qui annule en partie l'effet de ces politiques. C'est la raison pour laquelle on tente depuis 30 ans des relances par l'offre qui professent plutôt d'arroser les entreprises, dans l'espoir qu'elles investiront et qu'elles embaucheront. Manque de chance, ces cadeaux somptuaires ne fonctionnent pas d'avantage, parce que les grosses entreprises préfèrent utiliser cette manne en spéculant et en augmentant leurs dividendes. Et aussi parce que le chômage, pour les multinationales du CAC 40, est moins un problème qu'une solution. L'INSEE estime ainsi que les 20 milliards du CICE ont permis la création de.... 50.000 emplois. A ce tarif-là, l'Etat aurait pu embaucher huit fois plus de fonctionnaires. Une solution à ce manque évident de "ruissellement' consisterait à augmenter les barrières douanières. On comprend aisément qu'en favorisant la production locale, une politique protectionniste améliore l'effet "booster" des relances par la demande. Mais elle suscite aussi d'importantes réserves.

L'Allemagne dit non

Pour éviter de mettre en danger la construction européenne, certains ont émis l'idée d'un protectionnisme limité aux frontières extérieures de l'union, les différents Etats se coordonnant pour relancer en même temps. Une action de ce type serait d'autant plus efficace que lesdits pays réalisent d'ores-et-déjà 75% de leur commerce extérieur entre eux. Malheureusement, il est parfaitement inutile d'évoquer ce type de dispositif devant les allemands. Parce que le protectionnisme est contraire à la doxa allemande, l'ordo-libéralisme rhénan, partagée dans toute l'Europe du nord (et de l'est, satellite de l'Allemagne). En deux mots : les Teutons craignent que le protectionnisme fasse grimper l'inflation à travers le renchérissement des biens importés. On ne peut pas leur donner tort. Ils craignent aussi que cela porte un coup d'arrêt à la croissance et là encore, ils ont raison de s'inquiéter : la mise en place de barrières douanières entraînera forcément une baisse du commerce extérieur. Et comme leur balance commerciale est largement excédentaire, ils n'ont aucun intérêt à tuer la poule aux oeufs d'or, pensent-ils.

C'est pourtant ce qu'ils sont en train de faire en restant sourds à la souffrance des populations livrées au grand marché, sans l'appui d'aucune arme monétaire pour corriger les déséquilibres structurels et sans autre horizon que de gagner toujours plus en flexibilité et en compétitivité. Une logique qui favorise invariablement le moins-disant social et qui condamne à plus ou moins brève échéance la construction européenne. Il suffit de voir comment ont été traités Chypre ou la Grèce. Le Brexit et l'arrivée au pouvoir de partis nationalistes un peu partout sur le continent en sont d'autres indicateurs flagrants.

Le nécessaire primat du Politique

L'inflation est avant tout le problème des capitalistes qui ne veulent pas voir leurs capitaux se déprécier (les allemands, population vieillissante, sont passés à la retraite par capitalisation il y a une vingtaine d'années, sous Gerhardt Schröder). Mais c'est aussi, de la part de l'Allemagne, une crainte largement irrationnelle, liée à la montée du nazisme, elle-même liée à la crise de 29 et à l'hyperinflation qui l'avait précédée. Pourtant, une inflation maîtrisée peut aussi avoir de bons côtés, comme faciliter le remboursement de la dette par exemple. Dette publique, traites immobilières, remboursements d'investissements productifs… C'est bien grâce à l'inflation que des millions de ménages français ont pu devenir propriétaires à partir des années 70, par exemple. Mais si le protectionnisme est mauvais pour la croissance, si l'Etat est moins fort que le marché pour optimiser les profits, pourquoi souhaiter son retour ? Parce que c'est le seul moyen pour la politique de reprendre la main sur la sphère économique. Lorsqu'on vous dit qu'aucune autre politique n'est possible, qu'il n'y a pas d'alternative, on a raison. Dans le cadre des traités actuels, la seule politique possible est celle menée depuis trente ans par les libéraux et les socio-libéraux alternativement : une pression toujours plus importante sur le travail pour contenter un capital toujours plus mobile et exigeant. Ces traités, qui s'imposent aux droits nationaux, ont en fait été conçus par ces mêmes libéraux pour rendre impossible tout retour en arrière.

Pour leur donner tort, il faut donc sortir des traités, y compris de l'UE, et remettre à nos frontières des barrières tarifaires. A cette condition seulement, beaucoup de politiques mises au placard dans les années 80 et 90 redeviennent opérantes. Certaines de ces politiques permettent seulement de contrecarrer les effets dépressifs du protectionnisme. D'autres, de réduire les inégalités et de mettre en place la transition écologique.

En stoppant la libre circulation des capitaux, on peut mieux combattre l'évasion fiscale ; on peut reprendre la main sur la banque centrale, déclarer une partie de la dette illégitime ou opérer une dévaluation compétitive ; on peut rediriger l'épargne vers des investissements productifs ; on peut empêcher des fonds de pension étrangers de revendre à la pièce nos usines et se protéger plus efficacement des crises financières à venir. En taxant plus fortement les produits issus de pays qui pratiquent les dumpings fiscaux et sociaux, on protège notre Etat Providence, de même qu'en mettant fin à la libre circulation des travailleurs. En empêchant les multinationales d'attaquer l'Etat français, on peut de nouveau confier à nos entreprises publiques des missions d'intérêt général et repenser la péréquation des territoires. En taxant les produits assemblés aux quatre coins du monde avec une empreinte carbone de dingue, on fait du bien à l'environnement et on encourage le développement de la production locale. Grâce à ces relocalisations, on crée de l'emploi et oui, on rend aussi plus efficaces des politiques de relance par la demande.

Les difficultés à venir

Très clairement, les premiers temps seront durs, les marchés ne se laisseront pas faire sans réagir. La sortie de l'euro, qu'implique une politique de contrôle des capitaux, entraînera des attaques spéculatives contre notre monnaie ainsi que nos banques (l'occasion rêvée d'en nationaliser quelques-unes, soit dit en passant). L'inflation augmentera, la banque de France devra se substituer aux banques privées dans le rôle de prêteur en dernier ressort et les pertes d'emploi liées aux délocalisations des multinationales exportatrices ne seront pas immédiatement compensées par les relocalisations des multinationales importatrices. Mais les marchés finiront par ramasser leurs pertes et passeront à autre chose. Durant les trente glorieuses, on avait un strict contrôle des capitaux, des droits de douane élevés et un taux de croissance à 5%. Certains considéreront que l'accroissement des inégalités et que le réchauffement climatique ne sont pas des raisons suffisantes pour bousculer le système. Que le raidissement autoritaire de l'oligarchie au pouvoir, soucieuse de protéger ses intérêts avant tout, n'est pas le danger principal qui guette notre démocratie, mais bien la fronde populaire. Je laisse chacun juger en son âme et conscience le degré des périls actuels.

Par la gauche ou par la droite ?

De plus en plus d'intellectuels diagnostiquent un changement de paradigme imminent. A mesure que la conscience politique progresse parmi les couches habituellement dépolitisées de la population et que leur défiance s'accroît envers les médias gouvernementaux ou détenus par de riches oligarques, les bornes du débat acceptable volent en éclat et les partis traditionnels de gouvernement déclinent élection après élection au profit des partis "populistes". Dans ma bouche, ce n'est pas un gros mot, le populisme de gauche consistant en gros en une réactivation du concept de lutte des classes, salutaire à un moment où nos élites semblent avoir fait sécession. Ce "dégagisme" est mondial et a démarré bien avant les Gilets Jaunes, prenant des formes différentes selon les pays : Occupy Wall Street aux USA, les Indignés en Espagne, Correa en Equateur, Mujica en Uruguay, la destitution du Gouvernement islandais, autant de révoltes populaires qui ont profité à la (vraie) gauche. L'avènement du Mouvement 5 Etoiles en Italie, de Bolsonaro au Brésil ou de Trump aux USA ont par contre profité à la droite dure. En France, le mouvement des Gilets Jaunes semble se traduire par une poussée du vote Rassemblement National. Mon hypothèse est que les gens comprennent que les règles de la mondialisation limitent nos choix et souhaitent en conséquence retrouver une plus grande autonomie politique dans un cadre national. Ce thème de la Nation étant pour l'heure préempté par la droite, la gauche serait bien avisée de se le réapproprier et de l'amender dans un sens plus inclusif. Certains gilets jaunes faiblement politisés sont sans doute aussi en quête de bouc-émissaires d'autant plus facilement identifiables que la pensée unique les leur sert sur un plateau, si bien qu'ils en arrivent à confondre immigration et mondialisation. Pourtant, qui a jeté les peuples les uns contre les autres sur le grand marché européen sans les protéger du dumping, sans leur permettre de dévaluer et en imposant partout la diète allemande en matière de politique budgétaire ? Les promoteurs du plombier polonais ont sans doute plus à y voir que le malheureux réfugié malien.

En fin de compte, et quel que soit le bénéficiaire de ces ruades électorales, c'est toujours avec la volonté pour les classes populaires de donner un coup de balai, celui-là même qui vise aujourd'hui Macron. Cette aspiration à mettre fin au népotisme, à la corruption et à l'immoralité des élites masquée derrière de prétendues lois immanentes du marché finira par forcer nos gouvernants à modifier le système, à céder en partie sous peine de tout perdre. A moins... A moins qu'ils ne préfèrent l'AUTRE solution, déjà testée à la fin des années 30 en Europe puis dans les années 70 en Amérique latine. Le durcissement autoritaire actuel au Brésil, où la colère populaire a été détournée pour amener un fasciste au pouvoir, en est une manifestation inquiétante. Qui peut me garantir que le même scénario n'est pas en train de se rejouer en France ? Quand j'entends des ministres nier les violences policières ou des préfets les justifier, quand je vois le retour des "voltigeurs" sur le pavé parisien, que je note l'apparition d'une nouvelle loi sécuritaire chaque année et que je constate la bienveillance avec laquelle Marine Le Pen est interviewée dans les médias, je me souviens que tout cela aurait été impensable il y a encore 10 ans. Alors que sur les ronds-points naît une conscience de classe, ailleurs la droitisation des esprits est en marche. On habitue les gens à la violence légale et on les prépare à la fille du borgne.

Ce que change le Coronavirus

Face à la récession mondiale qui s'annonce, tous les Etats vont avoir d'énormes besoins de financement. Pour parer à cela, le Royaume-Uni et les USA ont déjà décidé de court-circuiter les banques privées et de se financer directement auprès de leurs banques centrales. A Bruxelles, on s'y refuse par idéologie, sous la pression du Nord de l'Europe, Allemagne en tête. On parle d'une dette publique en France qui passera bientôt de 105% à 130% ou 140% du PIB actuel. Jugée de moins en moins soutenable par nos gouvernants et leurs suzerains bruxellois, elle nous forcera à toujours plus d'austérité, ce qui accélérera encore la baisse du niveau de vie général dans un cercle vicieux maintenant bien connu. Ces gens sont des fanatiques. Ils préfèrent voir l'Europe couler plutôt que de renoncer à leur mantra : "planche à billet = hyperinflation = les nazis au pouvoir". Le vrai problème, en fait, la clef de tout, le cat out of the bag, c'est que l'inflation est intrinsèquement néfaste aux intérêts des rentiers et des fonds de pension. Parce qu'elle rogne leurs dividendes. C'est pour cela que la Caste et leurs médias dominants n'expliqueront jamais clairement qu'une inflation contrôlée, ça permet aussi d'exporter plus facilement et d'alléger ses dettes.

Un nouveau contrat social

L'un des arguments régulièrement avancés par le Gouvernement pour justifier son refus de mieux répartir les richesses consiste à rappeler que notre pays est déjà l'un de ceux qui redistribuent le plus au monde. Le problème, c'est qu'on peut très bien redistribuer de manière tout à la fois massive et injuste. Aujourd'hui, et en schématisant, les pauvres paient peu d'impôts directs mais la pression s'accroît ensuite rapidement. Toutes les classes moyennes sont massivement ponctionnées, de manière d'ailleurs assez peu progressive, tandis que les riches bénéficient d'un traitement de plus en plus avantageux à mesure que leur fortune progresse. C'est évidemment cette injustice-là que combattent les gilets jaunes. Très attachés à notre système de redistribution, ils ne veulent pas moins de taxes, mais une pression fiscale mieux répartie.

Dans son best-seller "Le Capital au XXIe siècle", Thomas Piketty démontre empiriquement, en se basant sur toutes les données disponibles depuis deux siècles dans six grands pays industrialisés, que la pente naturelle du capitalisme est celle d'une croissance des inégalités et qu'il n'existe que trois moyens validés par l'Histoire pour contrecarrer cette évolution délétère : la guerre, la crise et la politique fiscale. Dans des travaux ultérieurs, l'économiste propose donc de s'appuyer sur une nouvelle politique fiscale, plus redistributive :

  • Un ISF de 1% sur les patrimoines supérieurs à 1 million d'euros et de 2% sur les patrimoines supérieurs à 5 millions d'euros (il ne reste plus qu'un ISF immobilier aujourd'hui) ;

  • Une nouvelle tranche maximale de l'impôt sur le revenu de 55% sur les revenus supérieurs à 100.000 euros / an et de 65% sur les revenus supérieurs à 200.000 euros / an (contre 45% aujourd'hui) ;

  • Un impôt sur les société passant à 40% sur les multinationales (contre 25% aujourd'hui).

Ces trois mesures rapporteraient à elles seules 100 milliards d'euros / an à l'Etat.

Mais on pourrait faire encore mieux (ce n'est plus Piketty qui parle) avec une imposition des sociétés basée sur les ventes et non plus sur les bénéfices, une suppression du CICE et de toutes les autres aides sans contrepartie bénéficiant surtout aux grandes entreprises, une réinstauration de la progressivité de l'impôt sur les revenus du capital et la création d'une taxe de sortie pour les émigrés du fisc (ou alors d'un impôt universel semblable à celui que les Etats-Unis ont déjà mis en place). En sortant de l'UE (Là, ce n'est vraiment plus Piketty qui parle), on pourrait aussi se financer directement auprès de la banque de France, rétablir des barrières douanières et ainsi lutter contre les dumpings fiscaux, environnementaux et sociaux, prélever une vraie taxe sur les transactions financières, renationaliser nos services publics et lancer un programme de relance tourné vers nos PME.

Le projet européen est beau et généreux. Il a aidé à éloigner le spectre de la guerre en rapprochant les peuples du continent. Mais l'idéologie libérale et anti-inflationniste qui le sous-tend porte en elle les ferments de notre destruction prochaine. Et son fonctionnement à l'unanimité, notamment en matière budgétaire et fiscale, rend l'UE irréformable de l'intérieur. Il va donc falloir en sortir, quitte à la reconstruire ensuite à quelques-uns. Mais sans l'Allemagne, et sans nos soi-disant "partis de gouvernement". Les solutions existent pout enrayer l'appauvrissement de nos classes moyennes,  programmé de longue date par la libéralisation des échanges. Ce dont nous avons besoin, c'est d'une vision commune, d'admettre que les intérêts du Français moyen ne sont pas forcément ceux du retraité munichois ou du financier parisien. Collectivement, la France n'a jamais été aussi riche, même en tenant compte de l'inflation. Mais nous sommes trahis par nos élites.

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