Bruxelles est un abattoir et nous sommes des veaux

L'ordo-libéalisme rhénan, qui s'est imposé partout en Europe depuis Berlin et Bruxelles, poursuit sa course folle et destructrice. Plutôt que d'autoriser le recours à la planche à billets pour limiter les effets de la récession actuelle, l'Union Européenne force les Etats à recourir aux banques privées et à accroitre - encore - leurs dettes.

Face à la récession mondiale, tous les Etats vont avoir d'énormes besoins de financement. Pour parer à cela, le Royaume-Uni et les USA ont déjà décidé de court-circuiter les banques privées et de se financer directement auprès de leurs banques centrales. A Bruxelles, on s'y refuse par idéologie, sous la pression du Nord de l'Europe, Allemagne en tête. On parle d'une dette publique en France qui passera bientôt de 105% à 130% ou 140% du PIB actuel. Jugée de moins en moins soutenable par nos gouvernants et leurs suzerains bruxellois, elle nous forcera à toujours plus d'austérité, ce qui accélérera encore la baisse du niveau de vie général dans un cercle vicieux maintenant bien connu. Ces gens sont des fanatiques. Ils préfèrent voir l'Europe couler plutôt que de renoncer à leur mantra : "planche à billet = hyper-inflation = les nazis au pouvoir".

Le vrai problème, en fait, la clef de tout, le cat out of the bag, c'est que l'inflation est intrinsèquement néfaste aux intérêts des rentiers et des fonds de pension. Parce qu'elle rogne leurs dividendes. C'est pour cela que la Caste et leurs médias dominants n'expliqueront jamais clairement qu'une inflation contrôlée, ça permet aussi d'exporter plus facilement et d'alléger ses dettes. 

Le nouveau contrat social de Piketty

Prenant acte de notre impuissance actuelle, un groupement d'économistes réuni autour de Thomas Piketty propose de s'appuyer sur une nouvelle politique fiscale, plus redistributive, afin de dégager les recettes supplémentaires indispensables à une sortie de crise. 

  • Un ISF de 1% sur les patrimoines supérieurs à 1 million d'euros et de 2% sur les patrimoines supérieurs à 5 millions d'euros (il ne reste plus qu'un ISF immobilier aujourd'hui) ;
  • Une nouvelle tranche maximale de l'impôt sur le revenu de 55% sur les revenus supérieurs à 100.000 euros / an et de 65% sur les revenus supérieurs à 200.000 euros / an (contre 45% aujourd'hui) ;
  • Un impôt sur les société passant à 40% sur les multinationales (contre 25% aujourd'hui).

Ces trois mesures rapporteraient à elles seules 100 milliards d'euros / an à l'Etat.

Mais on pourrait faire encore mieux (ce n'est plus Piketty qui parle) avec une imposition des sociétés basée sur les ventes et non plus sur les bénéfices, une suppression du CICE et de toutes les autres aides sans contrepartie bénéficiant surtout aux grandes entreprises, une réinstauration de la progressivité de l'impôt sur les revenus du capital et la création d'une taxe de sortie pour les émigrés du fisc (ou alors d'un impôt universel semblable à celui que les Etats-Unis ont déjà mis en place). En sortant de l'UE (Là, ce n'est vraiment plus Piketty qui parle), on pourrait aussi se financer directement auprès de la banque de France, rétablir des barrières douanières et ainsi lutter contre les dumpings fiscaux, environnementaux et sociaux, prélever une vraie taxe sur les transactions financières, renationaliser nos services publics et lancer un programme de relance tourné vers nos PME. 

Refonder l'Europe

Le projet européen est beau et généreux. Il a aidé à éloigner le spectre de la guerre et a rapprocher entre eux les peuples du continent. Mais l'idéologie libérale et anti-inflationniste qui le sous-tend porte en elle les ferments de notre destruction prochaine. Et son fonctionnement à l'unanimité, notamment en matière budgétaire et fiscale, rend l'UE irréformable de l'intérieur. Il va donc falloir en sortir, quitte à la reconstruire ensuite à quelques-uns. Mais sans l'Allemagne, et sans nos soi-disant "partis de gouvernement". Les solutions existent pout enrayer l'appauvrissement de nos classes moyennes, programmé de longue date par la libéralisation des échanges, financiers en tête. Collectivement, la France n'a jamais été aussi riche, même en tenant compte de l'inflation. Ce dont nous avons simplement besoin, c'est d'une vision commune. Et d'élites qui cessent de nous trahir. 

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