H JAN (avatar)

H JAN

Abonné·e de Mediapart

207 Billets

0 Édition

Billet de blog 13 octobre 2022

H JAN (avatar)

H JAN

Abonné·e de Mediapart

..., ..., et symbole pour symbole

Rouge sur Blanc pour Blanc sur Rouge. Le drapeau de la Commune flotte sur la Bible du Management, la banquise pour allégorie d'un monde qui fond et qui nous enjoint au nomadisme.

H JAN (avatar)

H JAN

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Cette semaine, le Monde a célébré la Journée de la Normalisation en hommage au travail collaboratif de milliers d'experts du monde entier qui élaborent les normes internationales. En cette année 2022, la Journée mondiale de la Normalisation avait pour thème « Une vision commune pour un monde meilleur ».

C'est justement avec cette optique d'un monde meilleur, que de jeunes écologistes ont interpelé cette semaine les pouvoirs publics contre l'inaction climatique. L'époque a changé : ce n'est pas en montrant leur derrière que les jeunes « peigne-culs » ont offensé le bourgeois mais en projetant de la junk food sur « Les Tournesols » de Van Gogh dans l'objectif de dénoncer les niches que constituent ces oeuvres pour le néo-libéralisme. On déplore que ce point de vue n'ait pas été partagé : les médias, porte-paroles des autorités, se sont offusqués de l'acte terroriste perpétré par des radicaux écolo contre une oeuvre d'art.

Cris d'orfraie de la bien-pensance: « Ils attaquent nos symboles ! »; contre-attaque immédiate : les présentateurs de journaux télévisés, ventriloques des autorités, ont passé sous silence l'attaque d'un autre symbole, la décision de Paris d'accorder au Sacré-Coeur le titre ronflant de monument historique pour étouffer les braises de la Commune qui ne demandent qu'à être avivées pour mieux lutter contre l'engourdissement des forces qui luttent pour un monde meilleur. Voilà comment vous avez été témoin, cette semaine, d'un nouvel épisode de cette guerre sans nom menée depuis 1972 par WEF, qu'il serait plus juste d'appeler WPF pour World Political Forum.

Silence vaut Condamnation car dans ce monde, ce qui n'est pas médiatisé, ce qui n'est pas bruyant n'existe pas. Ainsi on devrait s'extasier sur la découverte faite par des sismologues américains en mission en Antarctique : ils ont enregistré la « cold song » de la banquise, c'est à dire le bruit émis par ses entrailles lorsque le vent vient chahuter ses dunes de glace. C'est un monde « data-addict », mué par un besoin frénétique de données inutiles, qui lui donnent l'illusion d'avoir le contrôle sur tout et de pouvoir anticiper tout ce qui pourrait le déséquilibrer. Un monde meilleur est un monde normé, parfaitement standardisé. Les bruits de la banquise sont la promesse d'une dose en téra de données sur le réchauffement climatique. Il remet au lendemain toute action contre le réchauffement climatique qui serait pour lui aussi douloureuse qu'une cure de désintoxication. Sa came lui fait entendre des fréquences et des tonalités chimériques.

Des scientifiques rendent audible le bourdonnement effrayant qui résonne sur la banquise en Antarctique. © Hitek

Comment s'appelle les opposants ? Les Aronnax, du nom de ce personnage de Jules Verne, dont il est dit qu'il comprend tout, même le silence. J'ai rapporté précédemment les paroles de Boaventura de Sousa Santos, figure du mouvement altermondialiste : « L'alternative à une théorie générale est le travail de traduction, un procédé qui permet une intelligibilité mutuelle entre les expériences du monde.» Les Aronnax, à qui Jules Verne fait dire que sur la banquise « tout était gelé, même le bruit », n'ont pas besoin de data pour traduire ce qu'exprime la banquise : « Let me freeze again ».

Let Me Freeze Again (After Purcell's King Arthur, Z. 628: Aria. What Power art Thou) © Various Artists - Topic

Quel pouvoir ont les Aronnax ? Klaus Schwab tient du capitaine Némo. En représailles des évènements internationaux de 1968, il a mis au point le World Economic Forum, comme un Nautilius : c'est un pouvoir politique fantôme, qui n'a jamais été publiquement annoncé. On s'y déplace « librement » tel un prisonnier dans la cour de sa prison. A l'instar de Némo qui débarque le 21 mars 1868 sur l'Antarctique, il a pris possession du monde sur lequel flotte son pavillon noir, entaché de sa personnification, symbole d'une piraterie néolibérale sans foi, ni loi. Le refus de faire de la politique est un stigmate de ce pouvoir. Il tient assurément de Chronos en dévorant les forces futures de nos enfants (agriculture, école, diplomatie, justice...) et en accélérant notre temps au rythme des changements qui nous sont imposés pour mieux préserver sa stabilité.

Vint mille lieues sous les mers se termine sur cette phrase prophétique : A cette question « Qui a jamais pu sonder les profondeurs de l'abîme ? » deux catégories d'hommes entre tous les hommes ont le droit de répondre : les Némo et les Aronnax. Mêmes erreurs que Chronos, mêmes conséquences. Quand WEF, aux prises du Maelstrom néolibéral, sera sur le point de sombrer, il se repentira d'avoir emprisonner sous une chape de silence Styx et ses enfants, Emulation, Victoire, Puissance et Force. Ce sera alors le moment de reprendre notre liberté.

Illustration 3

Déjà débarquée sur le territoire titanesque de l'Antarctique (voir transformation map), positionnons les forces en présence; Symbole contre Symbole : basilique blanche sur un lieu de mémoire rouge - drapeau rouge planté sur l'allégorie de la bible du management. Si Zeus comprit des erreurs de son père Chronos qu'il devait faire de la Terre et de l'Olympe des lieux communs, pourquoi la Terre, l'Eau, la Vie devraient-elles rester des marchés ?

Elles sont notre Bien Commun. 

H comme Hécate

Illustration 4

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.