Loi travail : Les frondeurs et le deal impossible

Les frondeurs du Parti Socialiste seraient prêts à voter la loi travail et posent leurs conditions.

 

Alors que des députés de gauche hors frondeurs commencent à annoncer dans la presse « qu’ils ne voteront pas la loi travail », tels Patrick Menucci  et Philippe Martin, les 40 frondeurs viennent eux,  de présenter au gouvernement  leur « facture pro-forma » ; par la voix de Jean-Marc Germain, député des Hauts-de-Seine, et ancien directeur de cabinet de Martine Aubry, ils annoncent qu’ils « voteront la loi travail si… »

Un marché de ..dupes

Selon le site contrepoints ils exigent, en contrepartie de leur vote à l’assemblée nationale, que certaines dispositions socles de la loi soient supprimées « D’abord, l’inversion des normes qui font prévaloir les accords d’entreprises sur les accords de branches et la loi sur les accords d’entreprise. Ensuite la réforme du licenciement, la rémunération des heures supplémentaires, les accords de ‘développement de l’emploi’ et enfin la question du référendum interne aux entreprises ».

Le texte ne garderait, dans la proposition des frondeurs, que le CPA (compte personnel d’activité).

Autant dire que si Manuel Valls cédait sur l’inversion de la hiérarchie des normes ou la réforme du licenciement, ce serait comme s’il retirait purement et simplement la loi. Le patronat crierait au scandale et il serait la risée du monde économique en France et à l'international.

L’on voit bien que c’est un marché de dupes.

Les frondeurs piègent le gouvernement et..titillent le candidat Hollande

Autre point important du deal proposé par les frondeurs : « un ralliement global des frondeurs à une candidature Hollande aux présidentielles ».

C'est un appel du pied au candidat Hollande de choisir son camp: Valls 2016 ou Hollande 2017? 

Les frondeurs savent que le gouvernement ne peut accepter de vider son texte de sa substance « patronale » sans reconnaître son erreur et perdre la face. Manuel Valls ne peut accepter un tel deal. 

Hollande est piégé. Il sait que les frondeurs peuvent faire capoter le texte à l’assemblée et « forcer Valls à recourir au 49-3 ». Il sait aussi que si le 49-3 est employé pour passer en force, il risque de perdre définitivement ses chances de réélection.

Hollande va-t-il lâcher Valls ?

Le président Hollande pourrait se dire que s'il retirait les clauses litigieuses de la loi travail, il pourra toujours revenir à la charge lors de son hypothétique second mandat en créant de meilleures conditions pour réformer le code du travail, dans une démarche plus concertative.

Hollande est un peu schizophrène ; Il y a le "Hollande président" et le "candidat Hollande". Ce dernier semble avoir pris le dessus dans son cerveau depuis quelques semaines. Et à n’en pas douter sa stratégie est de sauver sa candidature avant tout. Au diable Valls, El Khomri et la loi travail. Hollande candidat c’est M. Hyde.

Il n’y aura pas de Loi Travail.  

On constate aisément à leurs attitudes non verbales que Valls et El-Khomri défendent un texte auxquels ils ne croient pas (plus), qu’ils se rendent compte qu’il est mal ficelé, maintenant que la contestation a permis d’entendre des voix qui ont mis en évidence ses failles et erreurs, sur la remise en cause de la mission fondatrice du code du travail, en donnant un blanc-seing aux multinationales pour licencier à tour de bras ou encore la mise à mal de la médecine du travail.

Ils sont dans l’impasse. Sauver la face par une posture de fermeté suicidaire ou se faire lâcher par Hollande qui refusera le recours au 49.3, laissant le contrôle de sa dernière année de mandat présidentiel  à son directeur de campagne, M. Hyde.

 

 

 

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