Dissoudre l’OTAN pour sauver l’Europe

L'OTAN n'a plus raison d'être depuis la dissolution de l’Union soviétique et du Pacte de Varsovie en 1991. Elle s’est transformée, à l’initiative des Etats-Unis, d’une organisation de sécurité défensive en une organisation militaire expansionniste. Dans notre livre Stop OTAN, nous mettons à nu la trahison du projet initial. Par Hervé Hannoun et Peter Dittus.

Le 4 Avril 2019, l’Administration Trump a convié à Washington ses “alliés européens” pour célébrer le 70eme anniversaire de l’OTAN. A lire les déclarations de M. Pompeo, cet anniversaire est l’occasion pour les Etats- Unis de faire encore monter d’un cran la tension dans l'Est de l’ Ukraine et en Crimée. Est-ce que cette politique est dans l’intérêt de l’Europe ? Le général De Gaulle avait su éviter, par sa décision fondatrice de 1966 de retrait du commandement intégré de l’OTAN, de placer la France dans ce dangereux mécanisme de coordination qu’est l’OTAN, qui risque de nous impliquer dans des guerres qui ne sont pas les nôtres. Il faut revenir à une position gaulliste de non alignement si l’on veut éviter d’entrainer les Français dans les aventures guerrières des néo-conservateurs américains.

Depuis la dissolution de l’Union soviétique et du Pacte de Varsovie en 1991, l’OTAN n’a plus de raison d’être. Mais, en application de la loi de Parkinson sur la propension des organisations à se perpétuer, elle a réussi à éviter sa dissolution en s’inventant un ennemi, la Russie post soviétique. Elle s’est transformée, à l’initiative des Etats-Unis, d’une organisation de sécurité défensive en une organisation militaire expansionniste. Dans le nouveau contexte de la posture de “hard power” adoptée par Washington, l’OTAN risque de mettre l’Europe au bord de la confrontation militaire à ses frontières orientales. La nouvelle vague d’élargissement de l’OTAN envisagée par les Etats unis pour « encercler » la Russie pourrait être le déclencheur d’une confrontation. Le Secrétaire Général de l’OTAN, M.Stoltenberg, ne fait pas mystère de son projet d’ “ouvrir la porte “de l’OTAN à l’Ukraine, la Géorgie, ou encore la Bosnie Herzégovine, alors même que le Président Macron s’est engagé à juste titre avant son élection à refuser les élargissements de l’OTAN à l’Ukraine et à la Géorgie. La dénonciation par les Etats Unis, avec le soutien tacite des Européens, du traité Gorbatchev/ Reagan de 1987 sur l’interdiction des armes nucléaires de portée intermédiaire complète cette spirale dangereuse.

Lors du référendum de 1992 sur l’Union européenne et le Traité de Maastricht, nul ne pouvait imaginer que ce grand projet de Mitterrand et Kohl pour la Paix allait être dévoyé, à partir de 1998, par le projet géopolitique américain de prendre le contrôle de fait de la politique de sécurité commune européenne. Ceci grâce à l’élargissement simultané de l’Union Européenne et de l’OTAN aux pays de l’Est de l’Europe, et grâce aussi à la décision lourde de conséquences du Président Sarkozy d’abandonner en 2008 la position stratégique gaulliste de non alignement et de refus de participation au commandement militaire intégré de l’OTAN. A partir du moment où 22 pays de l’UE, dont la France, sur 28, devenaient membres à part entière de l’OTAN, l’esprit initial de Maastricht était trahi car “l’Europe pour la Paix” allait inévitablement être contrariée par l’ingérence des Etats-Unis, avec leurs objectifs géopolitiques propres, dans la politique européenne de défense et de sécurité commune.

Nous avons donc voulu dans notre livre “Stop OTAN” analyser et mettre à nu cette “trahison” du projet initial, et proposer le retour à l’esprit de la France non alignée et de l’Europe indépendante des Etats-Unis voulues par De Gaulle et Mitterrand. Le sursaut est encore possible. Le 26 mai, les peuples européens, peuvent agir pour donner un coup d’arrêt à l’«Otanisation ». Cela passera ensuite par un référendum sur la sortie de l’OTAN,  seule manière de laisser une chance aux citoyens d’imposer la Paix.

Pour  revenir  à l’Europe de la Paix dessinée en 1992, il n’y a pas d’autre voie que de mettre fin à l’imbrication actuelle entre l’OTAN et l’Union Européenne, ce qui suppose la sortie de l’OTAN des 22 pays de l’Union européenne qui en sont membres. Il serait en effet irresponsable de conduire les Français dans l’aventure d’une “armée européenne” tout en maintenant dans le commandement intégré de l’OTAN - sous direction américaine - 80 % des pays de l’Union Européenne. On ne pourra stopper la dérive actuelle vers “l’Europe de la guerre” qu’en coupant le lien de subordination établi de facto par les Etats unis entre l’OTAN ,qu’ils contrôlent, et l’Union Européenne, en matière de politique européenne de sécurité et de défense.

S’agissant de la menace russe qui légitimerait la mission de l’OTAN en Europe, une stratégie gaulliste pour la France doit être tous azimuts. Elle doit se prémunir contre toutes les menaces extérieures  potentielles (y compris naturellement la Russie), et non pas en privilégier une seule. Comme l’avait montré Helmut Schmidt, l’OTAN (et le complexe militaro industriel qui la soutient) ont besoin de s’inventer un ennemi pour justifier les énormes budgets militaires des pays de l’OTAN qui représentent une dépense annuelle de l’ordre de 1000 milliards de dollars, auxquels selon le Président Trump 100 milliards vont être ajoutés d’ici 2020. Il est peu vraisemblable qu’un pays à faible démographie, qui n’est pas une grande puissance économique et qui peine pour cette raison à allouer chaque année une cinquantaine de milliards de dollars à sa défense, puisse  menacer militairement l’Union européenne. La fonction principale de la “menace russe” est, du point de vue du complexe militaro-industriel, de préserver l’allocation de ressources publiques actuelle en Occident qui donne une grande priorité à la dépense militaire par rapport aux priorités humanitaires comme la transition écologique, la lutte contre les épidémies, la pénurie d’eau, la pauvreté ou la malnutrition. C’est une question à mille milliards de dollars que nous posons dans ce livre, celle de la réallocation d’une partie de ces 1000 milliards, sous réserve de réciprocité russe et chinoise, vers des actions pour le bien commun. 

Le silence est assourdissant sur la question de l’OTAN en France. On comprend pourquoi: la réintégration de la France dans le commandement militaire intégré de l’OTAN a été faite il y a dix ans de façon furtive, sans recours à un référendum. On veut donc en dire le moins possible aux Français pour ne pas risquer un débat difficile. Les médias officiels ne montrent pas une curiosité excessive sur l’OTAN et sur son caractère obsolète depuis la dissolution de l'Union soviétique. Seules quelques voix fortes dans la société civile   tentent de provoquer un débat national citoyen en France sur ces questions. Il y a urgence à ouvrir ce débat interdit à l’occasion des élections européennes du 26 mai prochain. C’est une occasion unique pour stopper la marche des somnambules de l’OTAN vers la guerre à l’Est de l’Europe.

Hervé Hannoun et Peter Dittus

Notre texte est disponible sur www.stopnato.org





 

 

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