Vous n'êtes pas chiche Monsieur Macron

Les récents discours d'Emmanuel Macron ont mis en exergue plusieurs propositions qu'il ne serait pas insensé d'analyser en demeurant au pied de la lettre avant, peut-être, de placer son auteur au pied du mur. En somme prendre au mot le Président.

                Depuis l’émergence de la notion d’anthropocène dans le champ sémantique de l’écologie politique, il n’y a guère que les naïfs, manifestement mal adaptés au nouvel ordre des choses, pour penser que les tsunamis, les sécheresses, les méga-feux, les inondations et les pandémies relèvent essentiellement des caprices de la nature. Il est avéré aujourd’hui que l’espèce humaine marque durablement son empreinte au cœur du fonctionnement des écosystèmes.

                Le Covid-19 est le produit d’un capitalisme brutal, débridé ayant libéré les forces économiques et techniques impitoyables. La déforestation, l’urbanisation, l’industrialisation sont, de fait, responsables de la destruction des habitats sauvages de sorte que des espèces animales non domestiquées viennent désormais chercher refuge dans les territoires conquis et colonisés par l’homme. Certaines d’entre elles lui transmettent ainsi leurs propres virus.[1]

                Mais si le Covid-19 est le produit du capitalisme, il est également son plus redoutable adversaire. Créature monstrueuse qui se retourne contre son créateur. Quant à la globalisation économique et financière, elle accélère la diffusion du virus et la pandémie, en retour, ralentit la progression des échanges, interdit la circulation des hommes. Pas loin d’un milliard d’individus confinés aujourd’hui dans le monde !

                Invisible et imprévisible, le Covid-19 ne terminera pas sa folle course planétaire, par enchantement, au bout du bout du monde. Présentement, ce n’est que grâce à l’abnégation et au courage de tous les soignants – à qui il aurait fallu octroyer depuis longue date, dans tous les pays, des moyens matériels autrement plus importants que ceux dont ils disposent actuellement – que l’humanité pourra éradiquer la contamination provoquée par la circulation rapide du virus meurtrier.

                Outre les peurs, parfois irrationnelles, les souffrances réelles, il laissera dans les mémoires le souvenir d’une crise initialement écologique, prolongée par une crise sanitaire inédite avant, finalement, de prendre l’apparence d’une crise économique lourde de conséquence. Près de vingt-cinq millions d’emplois sont potentiellement menacés dans le monde.

                Il y a, dès à présent, d’excellentes raisons de s’interroger sur les suites à donner au fonctionnement de nos sociétés entièrement subordonnées aux impératifs économiques. Pourra-t-on, une fois la sérénité retrouvée, maintenir en mouvement une méga-machine économique, technique et financière qui apporte quotidiennement la preuve de sa perversité. Osons dire que le ‘’système’’ qui oriente nos conduites et façonne nos imaginaires est de plus en plus vulnérable. Il est désormais au bord de la rupture. Il ne pourra pas, il ne devra pas renaître de ses cendres. Pour le moins, il conviendra de reconsidérer notre individualisme exacerbé, notre goût prononcé pour une liberté dépolitisée, notre consentement à la passivité, la délégation de notre pouvoir agissant à des représentants politiques souvent infidèles, notre attachement à la rivalité, à la concurrence, à la compétition, à l’avidité, à la cupidité.

                Ainsi que le déclare solennellement Emmanuel Macron, au soir du 16 mars dernier : « Le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour au jour d’avant. Nous serons plus forts moralement, nous aurons appris et je saurai aussi avec vous en tirer toutes les conséquences. » Nulle envie de chanter ici les louanges du Président Macron, tant nous connaissons son attachement à l’idéologie néo-libérale, inoculée notamment au cœur de la libéralisation du rail, des lois récentes sur les réformes de l’indemnisation du chômage et de notre système de retraite. Nous n’ignorons pas davantage sa volonté de casser violemment le mouvement social et de diviser les organisations syndicales. Néanmoins, le discours présidentiel a mis en exergue plusieurs propositions qu’il ne serait pas insensé d’analyser en demeurant au pied de la lettre avant, peut-être, de placer son auteur au pied du mur. Il ne s’agira donc pas de renoncer benoitement à interpréter ce qui a été dit mais bien plutôt de donner scrupuleusement tout leur sens aux principes énoncés. En somme, prendre Emmanuel Macron au mot !

                « La Nation soutiendra ses enfants qui, personnels soignants en ville, à l’hôpital, se trouvent en première ligne dans un combat qui va leur demander énergie, détermination, solidarité. Ils ont des droits sur nous. Nous leur devons évidemment les moyens, la protection. Nous serons là. » On ne peut que demeurer pantois à la relecture de ces propos car depuis trop longtemps les soignants espèrent obtenir, de la part des pouvoirs publics, respect, considération dans l’accomplissement de leurs multiples tâches lesquelles sont sévèrement mises à mal en raison du manque de moyens matériels et financiers. Exigeons de la Présidence que l’hôpital ne soit plus géré à la manière d’une entreprise dont l’activité est essentiellement orientée vers la recherche de la rentabilité. « Il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché » a ajouté le locataire de l’Elysée. La crise sanitaire aurait-elle dessillé les yeux de Monsieur Macron ? La santé n’a pas de prix [le Chef de l’Etat l’a précisé !] et elle ne doit plus en avoir, « pour sauver des vies, quoi qu’il en coûte. » Prenons acte de cette décision et espérons que la parole sera suivie d’effet !

                Plus largement, les comptes publics, alimentés par les prélèvements sociaux doivent financer tous les services à destination du public afin de préserver son bien-être. La santé mais aussi l’enseignement, la justice, les transports publics, l’énergie, la sécurité civile, la protection sociale, la culture doivent impérativement redevenir prioritaires. Ces services publics, de qualité respecteront les principes de continuité, d’égalité et de primauté, les intérêts privés s’inclinant ici devant l’intérêt général. Mais pour cela, il faudra remettre en cause la sacro-sainte règle ultra-libérale selon laquelle ‘’trop d’impôts tuent l’impôt’’ qui a fait le regrettable succès des paroles Reaganienne et Thatchérienne du début des années 1980, au moment où le vent glacial du néo-libéralisme souffla sur l’économie mondiale. L’impôt doit redevenir citoyen et être versé à proportion du revenu perçu. Plus on gagne, plus on paie ! Si aujourd’hui, avec la progression du Covid-19, l’hôpital est sous pression, c’est principalement en raison de la persistance de considérations comptables inacceptables, injustes et injustifiées consécutives au désengagement de l’Etat.

                « Ces milliers d’hommes et de femmes admirables, ces héros en blouse blanche ont droit à la reconnaissance de la Nation car ils n’ont d’autre boussole que le soin. » a encore déclaré le Président. Le soin précisément, soulignons l’importance de ce mot. Monsieur Macron aurait-il été subitement sensible au récit de Ken Loach dans son dernier film ‘’Sorry we missed you’’[2] ou encore au discours indigné de François Ruffin auteur de ‘’Il est où, le bonheur’’. L’un et l’autre, à leur manière, rendent également hommage à celles qui exercent des métiers de soin et de lien. Laissons le député picard s’exprimer : « Auxiliaires de vie sociale, assistantes maternelles, accompagnantes pour enfant  en situation de handicap, aides-soignantes, animatrices du périscolaire, agentes d’entretien…des femmes, très largement deux millions de personnes qui s’occupent de ce que nous avons de plus précieux : nos bébés, nos enfants, les personnes âgées ou handicapées, et qui pourtant survivent sous le seuil de pauvreté, avec 700 ou 800 euros par mois…que ces ‘’métiers du lien’’ soient ainsi maltraités, c’est le symptôme d’une société qui méprise les liens, qui les détruit même. »[3]

                Observons encore médusés qu’Emmanuel Macron n’hésite plus à ranger l’alimentation parmi les biens précieux : « Déléguer notre alimentation […] à d’autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle. » Pourquoi Monsieur Macron, dans ces conditions, ne pas proclamer haut et fort que l’agroécologie est en mesure de faire mieux que l’agriculture industrielle et qu’elle devra la supplanter ?[4] Au cœur de cette reconversion souhaitable, le paysan-artisan dont les savoirs traditionnels peuvent générer des pratiques locales répondant à des besoins locaux. Cette stratégie permet, assurément, d’avancer sur la voie de la souveraineté alimentaire, ce droit de chaque pays à maintenir et élaborer sa propre capacité à produire ses propres aliments de base dans le respect de la diversité culturelle et productive. Proclamer son autonomie, revivifier les traditions culturelles, se détourner de l’emprise du commerce mondial, voilà un programme audacieux et ambitieux qui conviendrait parfaitement à tous les peuples et tout particulièrement à ceux du Sud qui récupéreraient avantageusement l’usage de leurs ressources naturelles, réveilleraient les cultures vivrières scandaleusement concurrencées par les monocultures d’exportation destinées aux pays du Nord.

                Pourquoi, Monsieur Macron, vous qui êtes un homme intelligent, particulièrement attaché à l’idée de Révolution[5], n’avez-vous pas lors de votre récent passage au Salon de l’Agriculture fait la promotion d’une production paysanne relocalisée, respectueuse de la santé des sols, des producteurs et des consommateurs ? Par ailleurs, ne pensez-vous pas qu’il serait urgent de reconsidérer les accords de libre-échange négociés avec l’Amérique, l’Asie ou l’Afrique ?

                Votre ministre de l’économie a évoqué, ces jours-ci, la nécessité de réguler, de relocaliser et même de renationaliser les activités des secteurs stratégiques. Certes, Bruno Lemaire parle plus qu’il ne décide, mais ne pourriez-vous pas prendre la pleine mesure de ces politiques de régulation, de relocalisation et de nationalisation, devenues malheureusement, à vos yeux, démodées ? Pourtant n’avez-vous pas marqué votre attachement à NOTRE Etat Providence, c’est-à-dire protecteur, qui tournerait définitivement le dos à VOTRE Etat Gendarme ?  Il semble que vous ayez découvert, depuis le déclenchement de cette crise sanitaire inédite et redoutable, les méfaits de la délocalisation puisque vous faites aujourd’hui le constat, un peu tardif, que bon nombre de produits intermédiaires et finis sont réalisés ailleurs, en Chine principalement, grâce à la libre circulation du capital dont profitent les firmes multinationales. La relocalisation des productions doit devenir un nouvel impératif pour des raisons sociales, économiques, écologiques, éthiques.

                De même, la perspective d’une société réellement démocratique passe par la réintégration du pouvoir politique dans la personne du citoyen ordinaire que l’on doit espérer libre, responsable, éclairé, doué de raison, affranchi de tutelles infantilisantes et disposant de droits équivalents à ceux de ses semblables. Suivant cette perspective, la démocratie, à présent en état de faiblesse, impliquera une relocalisation de l’action politique toute aussi nécessaire que la relocalisation des productions. A la verticalité vieillissante et desséchante et bientôt obsolète du pouvoir politique jupitérien que vous incarnez à merveille, devra lui succéder une horizontalité novatrice et émancipatrice.

                Sans doute n’êtes-vous pas prêt pour le bouleversement du cadre institutionnel, né en 1958, dans lequel, ainsi que vos prédécesseurs, vous vous êtes installé confortablement. Comment ce pouvoir monarchique que vous exercez malicieusement peut-il s’accommoder de valeurs comme la solidarité et la fraternité, pour ne pas dire l’entraide, dont vous seriez le promoteur depuis le 12 mars 2020 ? Cette ambivalence que vous cultiviez lors de votre campagne électorale en répétant à l’envi le fameux ‘’En même temps’’ n’est-elle pas plutôt une duplicité ? Car enfin, si vous nous dites que notre grande Nation est composée de « femmes et d’hommes capables de placer l’intérêt collectif au-dessus de tout, une communauté humaine qui tient par des valeurs : la solidarité, la fraternité », cela laisse sous-entendre que vous partageriez certaines convictions anarchistes et notamment celles d’un Pierre Kropotkine pour qui l’entraide est à la source d’une harmonie sociale pleinement vécue et constitue la base de l’accomplissement humain. ‘’Le prince anarchiste’’ insistait sur cette tendance profonde à l’entraide chez l’homme, facteur, à ses yeux, de l’évolution des communautés humaines et de sa capacité à instituer d’autres règles du jeu social : « Nous voyons, disait-il  en 1902, en outre que la pratique de l’entraide et ses développements successifs ont  créé les conditions mêmes de la vie sociale, dans laquelle l’homme a pu développer ses arts, ses connaissances et son intelligence ; et que les périodes où les institutions basées sur les tendances de l’entraide ont pris leur plus grand développement sont aussi les périodes des plus grands progrès dans les arts, l’industrie et la science. »[6]

                 Ne voit-on pas d’ailleurs fleurir, ces derniers temps, un certain nombre d’initiatives solidaires prises en dehors de toute injonction gouvernementale : fabrication de masques respiratoires, mise à disposition de stocks d’alcool, offre d’appartements vides pour les soignants, plats préparés qui leur sont destinés, accueil des sans domicile fixe dans le palais du festival de Cannes, multiplication de liens utiles sur Internet, aide aux personnes seules… (Voir : https://reporterre.net/Face-a-la-pandemie-l-entraide-plus-forte-que-la-peur)

                 Alors Monsieur Macron, ainsi que le laissaient apparaître vos plus récents discours, êtes-vous chiche de vous détourner des grands principes fondateurs de votre politique ultra-libérale destructrice du tissu social, en vigueur depuis mai 2017, et cela sans opportunisme ni calcul politicien de nature à rétablir votre cote de popularité ?

                Nous sommes aujourd’hui, au cœur du confinement, face à notre destin. Allons-nous maintenir le cap actuel en refusant de franchir l’obstacle de la révolution écologique, pourtant indispensable, et de nous engager pour une renaissance de la démocratie. Or, plus que jamais il est urgent de réexaminer et de redéfinir la place de l’homme sur une planète singulièrement dégradée, un homme capable de produire et vendre des armes de destruction massive, d’élaborer des projets transhumanistes, de ne pas freiner la course folle du progrès technique organisée à l’abri de toute considération morale alors que parallèlement, pour survivre à l’avancée menaçante d’un virus inconnu, il n’a besoin que de soins prodigués par un personnel médical qualifié, généreux et dévoué, mais aussi de masques respiratoires, de gel hydroalcoolique et de savon. Le confinement, dont les premières expériences remontent au moyen-âge, est par ailleurs le meilleur moyen et le plus simple d’arrêter la pandémie. En définitive, les êtres humains, arrogants et dominateurs, ne devront leur salut qu’à des produits de première nécessité, d’une technicité remarquablement ordinaire ainsi qu’à la bienveillance, la sollicitude, l’empathie de leurs semblables.

                Les experts du climat, les nombreuses organisations écologistes internationales bientôt relayées par les collapsologues nous ont alerté depuis plusieurs années : tout peut s’effondrer[7]. Sans doute est-ce parce que Monsieur Macron savait que la catastrophe sanitaire était imminente mais qu’il ne voulait pas y croire, préférant ainsi les mensonges qui rassurent aux vérités qui dérangent, qu’il a autorisé le maintien du premier tour des élections municipales, le dimanche 15 mars, alors qu’une grande partie du corps médical déclara qu’il s’agissait d’une décision imprudente.

                Face à la progression du virus, les réactions sont contrastées. Certaines personnes, insouciantes, inconscientes voire irresponsables se refusent à respecter les consignes de sécurité prescrites et profitent encore des lieux publics de détente comme si de rien n’était. D’autres, parmi lesquelles quelques hygiénistes paranoïaques, se surprotègent et parfois s’approvisionnent abusivement. Ces dernières, paralysées par la peur, seraient pourtant, à n’en pas douter, nos meilleures conseillères. Mais une peur contrôlée, maîtrisée s’ouvrant sur la réflexion, l’analyse rigoureuse et sereine. Ainsi, un nouvel horizon peut s’offrir à nous. C’est en ce sens que Serge Latouche perçoit un caractère éminemment pédagogique dans les catastrophes qui se présentent et se présenteront. A un journaliste qui lui posait en 1992 la simple question : Pensez-vous qu’il soit possible de modifier notre mode de vie ? Hans Jonas répondit : « C’est possible mais ce n’est guère probable. Il est beaucoup plus probable, en revanche, que c’est l’angoisse qui s’en chargera. Des symptômes alarmants visibles et tangibles pour tous annoncent que la ruine est toute proche, autrement dit il est beaucoup plus probable que la peur obtienne ce à quoi la raison n’est pas parvenue. »[8]

                Alors, Monsieur Macron, que ferez-vous le jour d’après quand nous aurons gagné ? Favoriserez-vous à nouveau le déploiement des forces productrices et destructrices du capitalisme ou vous laisserez-vous emporter par la force de la peur, ainsi que le suggère Hans Jonas, afin d’amorcer la rupture que vous avez annoncée publiquement ?

                L’entraide , la fraternité et la sororité plutôt que l’individualisme et la rivalité, la relocalisation des productions plutôt que le libre-échange généralisé, la redistribution financière auprès de tous les ménages plutôt que l’attribution de privilèges fiscaux à une minorité fortunée, des services publics de qualité plutôt que des prestations privées inégalitaires, une écologie politique et sociale bienfaitrice plutôt qu’une économie punitive, le suffisant préféré au superflu, la modération plutôt que la démesure, un Etat protecteur, bienveillant plutôt qu’une concurrence sauvage , libre et non faussée, l’horizontalité du pouvoir de décision plutôt que sa verticalité rigide…Monsieur Macron êtes-vous chiche ?

 

 

 

               

 

 

 

 

[1] Contre les pandémies, l’écologie. Sonia Shah. Le Monde diplomatique, Mars 2020.

[2] Dans ce film, l’épouse d’un travailleur ubérisé, mal rémunérée, rend régulièrement visite à des personnes malades et âgées avec beaucoup de bienveillance, d’empathie et d’humanité.

[3] Il est où, le bonheur, pages 152, 153, François Ruffin, Les liens qui libèrent, 2019.

[4] Silvia Perez Vitoria, La riposte des paysans, page 118, Actes sud ,2010.

[5] Révolution, Emmanuel Macron, Hors Collection, 2016

[6] L’entraide, un facteur de l’évolution, Pierre Kropotkine, Editions du sextant, Janvier 2010

[7] Lire Comment tout peut s’effondrer de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Le seuil, 2015 mais aussi Tout est prêt pour que tout empire de Hervé Kempf, Le seuil, 2017.

[8] Une éthique pour la nature, Hans Jonas ; Arthaud Poche, 2017, page 39.

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