Drame des Flamands : Les nigérians sont aussi des néo-marseillais.

Samedi, Marseille était réveillé par un nouveau drame, trois morts et quatre blessés dont un enfant de moins de deux ans, dans l'incendie d'un logement squatté, aux Flamands, dans les quartiers nord de la ville. Les victimes toutes d'origines nigérianes, viennent de manière dramatique rappeler à tous, leur présence désormais bien établie dans la cité phocéenne.

Arrêtons de les appeler migrants, ne reproduisons pas l’erreur encore trop souvent commises de ceux, qui parce qu’ils s’appellent Hassan, Fatoumata, ou Mehmet, sont encore appelés français issus de l’immigration, alors que certains le sont depuis déjà deux ou trois générations. Le drame des flamands, en plus d’être celui de la misère ordinaire, est un drame de l’intégration.

Les Nigérians sont désormais des marseillais comme les autres et il serait bon de réfléchir à comment ces nouveaux marseillais peuvent désormais prendre toute leur place au sein de la cité phocéenne. Car nous valorisons souvent les nouveaux arrivés à l’aune de leurs contributions économiques ou culturelles, en prenant bien sûr soin de valoriser la culture qui nous semble la plus proche de nos standards ou des modes éphémères, ces dernières années nous avons, et à juste titre, beaucoup saluer le surcroît de dynamisme que nous apportait toutes ces femmes et tous ces hommes venant de la région parisienne, ou du reste de la France. Nous avons célébré l’arrivée de ces néo-marseillais, qui ont changé une partie de la ville et l’ont même influencé politiquement. Pourtant parallèlement d’autres venaient, moins gracieux peut être, moins insiders, moins prompts à nous faire découvrir les dernières musiques ou pratiques culinaires en vogues, ils ne se sont pas installés dans les quartiers déjà métissés, n’ont pas ouvert de restaurants vegan, non, ils se sont installés dans des baraques de fortunes sous les autoroutes, ils ont squatté des logements vides.

Roms et nigérians n’ont pas ouvert de galeries d’art contemporains, ou de bar à maté, ils ont pour certains eu recourt à la mendicité, à la prostitution, passant par des chemins de traverses, par la délinquance, pour pouvoir eux aussi vivre leur rêve marseillais. Oui certaines scènes nous ont marqué, si vous n’avez pas vu sur Snapchat les images violentes, mettant en scènes une bande criminelle que l’on suppose nigériane, en train de s’en prendre aux habitants de Kallisté, il serait bon que vous vous reconnectiez à la réalité de votre ville. Pour autant, pas plus que les italiens ou les maghrébins en leurs temps, les nigérians ne méritent que l’on jette l’opprobre sur eux et que l’on détourne le regard de leur présence parmi nous, comme s’ils allaient repartir un jour. Car ils ne repartiront pas et c’est tant mieux !

Et pourquoi donc ? Tout simplement car il est préférable d’être une ville qui attire, plutôt qu’une ville qui repousse. Pour beaucoup, les nigérians arrivent puis s’installent dans les quartiers nord de la ville. Partie de Marseille déjà traversé par une crise protéiforme, ou l’on retrouve de la grande précarité, un chômage massif, de la ségrégation sociale, des discriminations liées à l’origine ou au sexe, et enfin de la violence meurtrière en lien avec un trafic de drogue puissant, mis en place par des gangs bien armés. Cette situation délétère qui persiste et se renforce année après année, sur cette partie de la ville, est le terreau fertile pour que survienne des drames comme celui des Flamands. Nous aurions tort de nous concentrer sur les squatteurs, pour beaucoup ce ne sont que les victimes de la misère. Ils ont fui la mégalopole de Lagos, pour tenter de vivre une vie meilleure, après avoir subi milles exactions lors de leurs longs et pénibles périples vers la cité de Protis et Gyptis. Dans l’histoire de leurs migrations, nous retrouvons tous les ingrédients d’un récit profondément marseillais. Le problème n’est donc pas les nigérians, la difficulté réside dans l’absence de réponse coordonnée face à l’arrivée et à l’installation de nouvelles populations en souffrance, qui de surcroît nous sont peu familières parce qu’anglophones et non issues de l’ancien empire coloniale français.  

Nos institutions, quand elles ne regardent pas ailleurs semblent dépassées par le phénomène. Où est l’État ? comment peut-il laisser la deuxième ville de France se débattre presque seule face à des problèmes dont la source est profondément géopolitique ? Cela fait bientôt vingt ans qu’experts et spécialistes alertent sur l’essor démographique africains. Dix ans que nous suivons avec stupéfaction le chaos dans lequel se débat le Nigéria, pays le plus peuplé d’Afrique avec ses 200 millions d’habitants. Cependant rassurons-nous, et coupons l’herbe sous le pied, RN en tête, de ceux qui voudraient effrayer les marseillais en leurs laissant croire que le Nigéria ce géant d’Afrique de l’Ouest va bientôt se dépeupler au profit de Marseille et sa région. C’est faux. Mais sur la route des migrations Marseille reste attrayante en raison de son caractère portuaire et de son histoire profondément liée à l’immigration. Nous avons donc tout intérêt à réfléchir au mieux, à l’accueil que l’on peut faire à ceux qui demain et avec nous, participerons à la vie de cette ville, mais nos institutions, État en tête et département en second, ont, elles, l’impérieux devoir de mettre en place les outils et les solutions permettant une installation dans les conditions les plus saines possibles de ces nouveaux marseillais. D’abord au nom de la sécurité et de la tranquillité des marseillais, mais surtout et tout simplement au nom de l’humanité.    

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