Si j’avais connu Guy Hermier

Je n’ai pas connu Guy Hermier, pourtant c’est une figure incontournable de l’Histoire politique et civique des quartiers nord de Marseille

Je n’ai pas connu Guy Hermier, pourtant c’est une figure incontournable de l’Histoire politique et civique des quartiers nord de Marseille. Guy Hermier était fils de maçon, il s’est engagé très jeune en politique à une époque où les blocs Est et Ouest s’affrontaient idéologiquement et même militairement par théâtre de guerre interposés et où les mots classes ouvrières n’étaient pas des vains mots.

Son parcours qui le mena à prendre la suite du député François Billoux au palais Bourbon, s’est construit dans les quartiers nord. Il aimait ces quartiers, lui, l’enfant du Val de Marne, né dans cette ceinture rouge parisienne, si différente de Marseille, mais tout autant traversé par les questions liées au monde toujours fragile, des travailleurs. Sa vie est intimement attachée à celle de son parti, le Parti Communiste Français, qu’il contribua avec d’autres, à maintenir vivant à une époque où tout le monde prédisait sa fin, en regardant les images de la chute du mur de Berlin. Refondateur, partisan de la modernisation sans le reniement, très vite cependant, il perçu la nécessité de maintenir ce qu’il appela un « pôle de radicalité » face à la gauche de gouvernement, bien plus encline elle, aux compromis et aux accommodements, qui toujours se révéleront néfastes pour l’idéal socialiste dans son ensemble. 

On dit de Guy Hermier que seules les convictions et les valeurs menaient son action. Guy Hermier incarnait sûrement ce genre d’hommes ou de femmes politiques, pour qui l’intégrité n’est pas un mot, mais un crédo, avec dans le fond l’idée, que ceux qui s’en écartent, enfoncent avec eux sur des chemins de perdition, l’image de l’action publique toute entière.

Intellectuel brillant, sa grande culture ; qui de nos jours fait parfois défaut dans les débats publics ; lui permettait de donner à la politique ses lettres de noblesses.  Usant aussi parfois de stratégie, comme lorsqu’il alla chercher jusque dans les cités populeuses, ceux qui demain et à sa suite pourrait porter la parole des sans voix. En disparaissant, c’était aussi sa façon de faire de la politique qui disparaissait, le gout du travail, la nécessité de faire vivre des idées, mais aussi la volonté de transmettre. Transmettre : un peu trop tardivement peut être, en effet Guy Hermier fut 6 fois députés, chaque fois réélu, pourtant la question de sa longévité en politique, pose aussi la question du temps que doit représenter la politique dans une vie. Est-ce une étape ? Un métier ?

Aujourd’hui encore la question fait débat.

Il reste que ceux qui l’on connu s’accordent à dire que rares sont aujourd’hui les hommes politiques de cette qualité, et dans les errements juvéniles de mon propre parcours militant, s’inscrit peut-être en creux, l’absence terrible de figure tutélaire comme celle de Guy Hermier.

Alors, se réclamer de l’héritage est aisé, mais le faire vivre bien plus compliqué. L’hommage de ceux qui comme moi ne l’ont pas connu, est avant tout l’hommage de ceux qui interrogent l’œuvre sans réclamer une part de la gloire, sans chercher à phagocyter une part de la notoriété.

Pour beaucoup Guy Hermier représente aussi peut être une nostalgie, celle de cette gauche qui s’inscrit dans le présent, mais ne trahit pas son histoire, qui ne cède pas sur les valeurs, mais surtout qui n’abandonne pas les classes laborieuses, et disons-le les pauvres, à l’appétit vorace des forces libérales au seul motif d’une sois disant modernité économique.

Ce que l’on sait peu en revanche, c’est que Guy Hermier fut à l’avant poste du combat pour que justice soit rendu après l’assassinat d’Ibrahim Ali, par des colleurs d’affiche du FN, et qu’il demanda même la création d’une commission d’enquête parlementaire sur le Parti de Jean Marie Le Pen. Il fut également membre de la commission d'enquête sur les moyens de lutter contre les tentatives de pénétration de la mafia en France. Conscient que les premières victimes de la criminalité et de ceux qu’il appelait les gangsters sont avant tout et d’abord les habitants des quartiers populaires. Que dirait-il s’il voyait aujourd’hui que de nouvelles générations de gangsters se sont associés, coalisés, non plus en mafia, mais en gangs ? Et que désormais ils s’éliminent armes à la main, parfois en plein jour, tout en prenant en otage des quartiers entiers.

Oui je n’ai pas connu Guy Hermier mais malgré cela, je partage sa conviction première et que moi aussi en tant que citoyen militant je fais mienne, aujourd’hui plus que jamais : « l’avenir de Marseille passe par les quartiers nord ».

 

 

 

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