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Lien 21 déc. 2020

Au cœur de l’hiver, un accueil toujours indigne en Isère

En Isère au coeur de l'hiver, les associations de soutien aux personnes vivant en centre d’hébergement constatent des conditions de vie imposées aux personnes hébergées déplorables, au niveau de l’accompagnement, de l’alimentation, des conditions d’hygiène, de l‘accès aux services publics.

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https://www.youtube.com/watch?v=JVag8mQjTEg

Le plan hivernal de la préfecture de l’Isère annoncé début novembre déclarait l’ouverture de 700 places pour l’hiver 2020-2021, dont « 681 places sont d’ores et déjà trouvées via la mobilisation d’hôtels, de mobiles homes et autres bâtis existants » [1]. Un mois plus tard, les associations de soutien aux personnes vivant en centre d’hébergement constatent :

  • Une grande partie (env 30%) des places sont laissées vides alors que de nombreuses personnes dorment toujours à la rue, y compris des familles avec enfants. La préfecture de l’Isère a d’ailleurs été condamnée par le tribunal administratif le 16 novembre 2020 pour avoir expulsé une famille avec 7 enfants à la rue et refuser de les héberger

  • Les conditions de vie imposées aux personnes hébergées restent déplorables, tant au niveau de l’accompagnement, de l’alimentation, des conditions d’hygiène, de l‘accès aux services publics.

Les chèques services non distribués aux familles

Le ministère chargé de la Ville et du Logement avait mis en place un dispositif exceptionnel de distribution de chèques services. Ces chèques d’un montant de 7€ avaient pour objectif de permettre « l’accès aux besoins de première nécessité pour celles et ceux qui sont à la rue ou en centres d’hébergement et qui n’ont plus rien. Cette action de l’État sera complémentaire aux actions solidaires déjà menées par les collectivités territoriales et les associations. »[2]. Aujourd’hui nous constatons que les chèques ne sont plus distribués aux familles sur décision de la DDCS arguant une mauvaise utilisation des chèques par les personnes, depuis lors laissées sans aucune ressource. Pire encore, l’association Ajhiralp n’a jamais distribué les chèques depuis le début du dispositif, prétendant mieux connaître leurs besoins. Dès lors comment expliquer les manquements ci-dessous ?

Un manque crucial de nourriture

Alors que les familles ne disposent plus d’aucune ressource pour accéder à l’alimentation, la distribution alimentaire est largement insuffisante au niveau quantitatif et qualitatif :

  • Barquettes en quantité insuffisante (10 barquettes distribuées pour 60 personnes pour 2 jours à l’hôtel Gallia)

  • Du lait maternel distribué irrégulièrement dans les centres et en faible quantité.

  • Pas de fruits et de légumes frais, donc aucun accès à des vitamines pour de nombreux enfants et personnes vulnérables ce qui a conduit à plusieurs hospitalisations

  • Un choix réduit ne prenant pas en compte les habitudes alimentaires, les régimes particuliers, les convictions religieuses

Des conditions sanitaires indignes

Encore une fois, alors que les familles sont sans ressources suite à la disparition des chèques, il manque aujourd’hui dans les centres des produits d’hygiène de base, des couches pour bébés (non distribuées par les restos bébés du cœur après les 1 an de l’enfant), l’accès à une machine à laver. Dans certains centres, le papier WC n’est plus distribué, ou le choix est laissé aux familles entre du savon et des protections menstruelles !

Un accès aux droits perpétuellement entravé

L’isolement géographique de plusieurs centres (Voreppe, Pont de Claix), et le déménagement forcé et régulier de nombreuses familles rendent très difficile l’accès à l’école et aux guichets de services publics. A Voreppe, les familles mettent 1h30 (dont 30’ à pied sur le bord d’une nationale) pour se rendre à l’école et au moindre rendez-vous médical ou administratif. Privées de ressource pour payer les transports publics ou d’abonnement préférentiel, les personnes accumulent chaque jour plus d’amendes.

Par ailleurs, les associations hébergeuses qui jusqu’à présent étaient censées assurer exclusivement le suivi social, se sont déchargées officiellement de cette mission le mois dernier. Pour autant le suivi n’est pas effectué par les SLS et le SILEF du département qui sont en manque de moyens priorisent les familles déjà accompagnées avant leur hébergement. Quid de l’accompagnement social pour toutes les autres familles, ballottées d’une administration à l’autre ?

Dans cette situation critique, les équipes de travailleurs sociaux n’ont absolument pas les moyens de faire leur travail en respectant l’éthique de leur métier.

« Veiller aux plus fragiles d’entre nous est aussi un devoir citoyen. »[3] nous assène la préfecture le 4/11/2020, mais qu’en est-il du devoir de l’état pour proposer enfin un accueil digne ?

Signataires :

Collectif Lutte Hébergement Grenoble – AG du travail social en lutte de Grenoble – RUSF38 – Village 2 Santé – Coordination Iséroise de Soutien aux étrangers et Migrant.e.s

Voici un témoignage vidéo des personnes hébergées : https://nextcloud.onagre.org/index.php/s/zLPebRkMrZnnbNR

[1] https://www.isere.gouv.fr/Publications/Salle-de-presse/Derniers-communiques/CP-Plan-Hiver

[2] https://www.gouvernement.fr/des-cheques-services-finances-par-l-etat-pour-permettre-l-acces-aux-produits-d-alimentation-et-d

[3]https://www.isere.gouv.fr/Publications/Salle-de-presse/Derniers-communiques/CP-Plan-Hiver

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