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Billet de blog 30 avr. 2021

Grenoble : pas de nourriture mais un vigile à 6000 €/mois pour 4 familles

Centre d'hébergement d'urgence rue Mangin. Depuis un mois, l'Entraide Pierre Valdo a totalement déserté les lieux : plus de suivi social, ni distribution de nourriture. A la place, l'association préfère payer une société privée chargée d'assurer "la sécurité des lieux", ce qui lui coûte 6000 euros/mois... Autant d'argent perdu qui pourrait être utilisé au profit des personnes hébergées.

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X.: "Allô. Bonjour. Je suis actuellement hébergée à Général Mangin. On nous a dit que le centre allait fermer, qu'on allait devoir partir. Depuis un mois, il n’y a d’ailleurs plus de nourriture ni de suivi social, juste un vigile 24h/24 payé par l'Entraide Pierre Valdo. On se sent délaissé.e. Je voudrais savoir ce qu'il va se passer pour ma famille et moi ". 

Le 115: "On ne peut rien vous dire". 

X.: "Mais vous pouvez au moins me dire si vous recherchez une solution d'hébergement pour moi et ma famille qui soit adaptée à nos besoins, notamment médicaux, tels qu'attestés dans les certificats"

Le 115: " Je vous le répète: on ne peut rien vous dire".

Telle est la (non) réponse de l'Etat aux demandes d'information et de solution formulées par quatre familles qui relèvent du dispositif d'hébergement d'urgence.

IL Y EN A MARRE DE LA NON RÉPONSE DE L'ÉTAT. CES 4 FAMILLES ONT DROIT À UNE SOLUTION D'HÉBERGEMENT CLAIRE, ADAPTÉE ET PÉRENNE.

Le 19 mars, six familles hébergées dans un centre d'hébergement d'urgence situé Rue Général Mangin ont été priées par l'Entraide Pierre Valdo, l'association hébergeuse, de quitter les lieux dans les 3 jours au motif que la convention de mise à disposition du bâtiment conclue entre cette association et ACTIS, le propriétaire du bâtiment, arrivait à son terme le 31 mars. L'Entraide Pierre Valdo avait connaissance de cette échéance depuis des mois,  mais n'a pas jugé nécessaire de chercher anticipativement des solutions de réorientation adaptées aux besoins des familles qui y étaient hébergées. Pire encore, l'association a attendu le dernier moment pour avertir les familles concernées de la fermeture du centre, espérant ainsi les empêcher de s'organiser collectivement de manière à lutter et à dénoncer ce qui n'était rien d'autre qu'un grand projet d'expulsion illégale. 

C'était sans compter sur la détermination des familles hébergées à faire valoir leurs droits à un hébergement adapté et à la continuité de l’hébergement1. En effet, au moment où la fermeture du centre a été annoncée aux familles, des réorientations verbales et « pour la forme » ont été faites aux familles. Les lieux vers lesquels les familles ont été réorientées ne tenaient absolument pas compte des besoins notamment médicaux de ces familles, telles qu’ils avaient pourtant été préalablement portés à la connaissance du 115 et de la DDCS. Malgré les menaces répétées de l'association - menace de mise à la rue "sèche", menace de contrôle policier d'identité, mais également menace d'entraves des procédures administratives, notamment celles visant l'acquisition d'un titre de séjour - les familles hébergées ont décidé de refuser collectivement ces propositions inadaptées et de revendiquer coûte que coûte le respect de leurs droits.

En effet, les familles étaient parfaitement en droit de refuser ces propositions, puisque la loi stipule expressément qu’une réorientation ne peut être effectuée que vers « une structure d’hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés [à la] situation [de la personne hébergée] » (art. L. 345-2-3 du Code de l’action sociale et des familles). Telle n’était manifestement pas le cas en l’espèce, puisque les hébergements proposés n’étaient pas équipés de sanitaires privatifs et/ou de cuisines accessibles et étaient pour la plupart éloignés de Grenoble. Or, tous ces éléments constituaient des impératifs pour ces familles, tels qu’attestés dans des documents notamment médicaux et scolaires produits au 115 et à la DDCS.

Le 26 mars, une mobilisation de soutien aux familles a été organisée devant le centre d'hébergement. La directrice de l'Entraide Pierre Valdo, qui était présente sur le site a refusé de discuter avec les familles et a préféré appeler la police afin d'empêcher la poursuite de la mobilisation.

Depuis le 31 mars, l'Entraide Pierre Valdo a totalement déserté les lieux. Cela signifie que les familles n'ont plus ni suivi social, ni distribution de nourritures ou autres biens de première nécessité. A la place, l'association préfère payer une société privée chargée d'assurer "la sécurité des lieux" (entendez : fliquer les personnes hébergées, et empêcher l'entrée sur le site de toute personne non hébergée), ce qui lui couterait 6000 euros/mois.. Autant d'argent perdu qui pourrait être utilisé au profit des personnes hébergées.

Grâce à la mobilisation de l'ensemble de ces familles, deux d'entres elles ont été re-hébergées dans des appartements du diffus. Aucune solution n'a par contre été proposée aux quatre autres familles malgré des appels répétés au 115 qui refuse obstinément de leur communiquer la moindre information sur ce qu’il va arriver pour elles. La stratégie de l'Entraide Pierre Valdo et du 115 s’appuie donc sur la division des familles et sur le mutisme.

CETTE SITUATION EST INADMISSIBLE.

C’EST POURQUOI NOUS APPELONS À RASSEMBLEMENT

LE LUNDI 3 MAI, ENTRE 12H ET 14H

SOUS LES FENÊTRES DE LA DDCS (1, Rue Joseph Chanrion - Cité administrative).

Les revendications portées à l'occasion de cette action seront les suivantes: 

  • l'attribution d'hébergements adaptés, c'est-à-dire sur Grenoble et équipés a minima d'une cuisine et de sanitaire privés, à l’ensemble des familles qui étaient hébergées Rue Général Mangin ;

  • la cessation de l'exercice de menaces auprès des personnes hébergées;  

  • le respect de l'ensemble des droits des personnes hébergées, notamment leur droit à être hébergé.e.s dans des conditions dignes2 et leur droit à l'information qui implique de ne pas laisser sciemment les personnes hébergées dans le flou quant à ce qui va advenir pour elles; 

  • aucune remise à la rue "sèche" en fin de trêve, c’est-à-dire uniquement des réorientations adaptées aux besoins des personnes en cas de fermeture de centre.

Contact: lutte-hebergement-grenoble@riseup.net - Tél: 07 53 91 18 74

Signé La Dourbie Lutte-Hébergement-Grenoble.

1 Article L. 345-2-3 du Code de l’action sociale et des familles .

2 Ce qui est loin d’être le cas actuellement, comme nous l’avons déjà décrit dans plusieurs communiqués de presse et comme l’AG du Travail Social en Lutte de Grenoble l’a récemment décrit dans un important rapport (URL).

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