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Billet de blog 7 juillet 2015

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Alerte à la démocratie en Grèce ou l'actualité du passé

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Oxi, ce texte n'est pas un reportage de plus oxi ! C'est un billet écrit en novembre 2011. Il y a une éternité !

Retour sur l'actualité du passé : http://hybel.blogspot.fr/2011/11/alerte-la-democratie-en-grece-et-en.html

« Je lis la presse. Papandreou, traité comme un moins que rien au G20. Pire qu’un ex-dictateur maghrébin. Pour un peu on lui aurait tiré un Hellfire depuis un drone survolant la croisette.

Les commentateurs hellénophobes s’en donnent à cœur joie.

Les Grecs ? Des menteurs, des profiteurs, des métèques. Des prétentieux sortis de la cuisse de Jupiter sous le prétexte que leurs ancêtres ont inventé la démocratie dix siècles avant l’Hégire ! Ils mériteraient qu’on leur envoie le général BHL !

Pourtant, ce petit peuple a traversé la nuit des temps en préservant sa langue sa philosophie, sa manière d’être. Il est vieux comme le Parthénon, il n’a pas attendu l’âge de la consommation pour apprendre l’art de déguster les offrandes de l’existence. Ce pays élu du ciel rassemble tant de beauté et de douceur qu’aucun avenir meilleur ne saurait lui être proposé sauf celui de le laisser vivre en paix.

Le Grec est un sage. D’expérience il sait que le pouvoir est sale, que les chefs sont corrompus, que l’injustice est fatale. Au pays de la demos kratia le peuple demos n’a jamais vraiment cru en son pouvoir kratos. Depuis trois mille ans, il est volé ; il s’en accommode avec fatalité.

L’Europe par ses bienfaits a transformé la Grèce en pays Potemkine.

A coups de milliards, elle y a construit des stades, des routes, des aéroports, des voies de communications modernes pour que les tomates des Pays-Bas et la féta de Normandie distribuées par Carrefour puissent irriguer le moindre village. A la parade, le pays aligne une armée suréquipée de milliers de blindés et autre joujou capable de contenir une invraisemblable invasion russe ou ottomane.

Mais derrière ce paravent d’opulence, la vie quotidienne est laborieuse et frugale.

Pendant des décennies, la Grèce a été méthodiquement banqueroutée alors que les experts regardaient en l’air en sifflotant. L’Union Européenne des banquiers ayant trop prêté se réveilla finalement.

Découvrant qu’une fois de plus les Karandopoulos avaient piqué dans la caisse, le peuple des cigales s’est cotisé pour rembourser. Les salaires, les retraites ont été amputés de vingt et plus pour cent, les taxes et impôts ont doublé. Les bakchichs aussi. Car ce cancer métastase tous les services publics et même les hôpitaux où le patient paye pour une piqure, un lit, une couverture…pire qu’en Afrique. L’école est une garderie gratuite mais seuls les cours du soir payants offrent une chance d’accéder à l’instruction.

Encouragés par ces premières bonnes dispositions, les huissiers de l’Europe ont exigé un effort supplémentaire. Alors les Zorba ont pris la rue et leurs politiciens en otage. Ils ont crié qu’ils ne voulaient plus entendre le dictat des estivants européens.

Ils ont hurlé : Europe δεν !

Mais comme l’Europe n’entend pas le grec et que le malentendu entre malentendants risquait de perdurer, le Premier Ministre Papandreou traduisit la revendication hellène en langue latine : ad referendum !

Alors, l’indignation fut générale, la bourse chuta, on convoqua le malotru à Cannes, on le fit attendre à genoux sur les marches du Palais, avant d’accepter finalement avec indulgence son acte de contrition. Ah mais !

Demain la Grèce sera anarchie, dictature, ou demoskratia, elle sera sauvée par les Turcs, les Arabes ou les Chinois, mais elle ne sera plus jamais européenne. »

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.