Mai, mois de mémoire

En ce mois de mai joli fleurissent les célébrations. Les Français confinés sur leur canapé évoquent et se souviennent; ils polémiquent un verre à la main devant le comptoir animé de CNEWS ou BFMTV au café du Commerce de la mémoire.

Napoléon décédé le 5 mai 1821 est admiré dans le monde entier depuis deux siècles. Mérite-t-il pour autant l'hommage de la République et une gerbe bleu blanc rouge au pied de son tombeau de marbre vert ? Il était misogyne et esclavagiste, tares aujourd'hui imprescriptibles auxquelles d'autres s'ajouteront probablement au fil du temps. Inlassablement, chaque année, un million de pèlerins de toutes nationalités payent pour aller se recueillir devant sa dépouille. Même Fidel Castro est venu s'y incliner. 

Mai 1871, Paris saigne. Pour avoir osé monter "à l'assaut du ciel", 17 000 fusillés emportent en terre les rêves de la Commune. Cet épisode tragique et glorieux de l'Histoire de France est le levain qui fermentera les consciences universelles. À Londres,  Karl Marx analyse la leçon de Paris et s'en inspire avec Engels pour la rédaction du Manifeste communiste. Plus tard, Lénine en tirera les enseignements dans  l'écriture de L'État et la révolution affirmant que  «  les révolutions russes de 1905 et de 1917....continuent l'oeuvre de la Commune de Paris  » 

Le 1er mai 1891 marque la célébration du premier anniversaire de la fête du travail. À Fourmies petite cité de 15 mille habitants du département du Nord, les ouvriers du textile boudent le travail et défilent dans les rues en chantant. Les soldats instrumentalisée par le patronat local tirent dans le tas  : 9 morts, des gosses de 11, 14, 16, 18 ans. La foule éplorée entonne la Marseillaise. Dans la France bouleversée naît le socialisme. Qui aujourd'hui s'en souvient  ?

Le 8 mai 1945 les nazis mettent genoux à terre après avoir fait 50 millions de victimes à travers le monde. La guerre est finie sur le sol français, mais elle va sans intermède se délocaliser en Algérie. 

En ce matin du même 8 mai 1945 à Sétif  la population arabe célèbre la victoire de l'Union des hommes libres. Ils brandissent les drapeaux de France et des alliés mais aussi celui vert et blanc de l'Algérie. Le sous préfet perd son sang froid et tire en l'air, un policier abat le jeune scout gonfalonier. Plusieurs dizaines de manifestants tombent à sa suite. Pour étouffer la révolte qui se répand immédiatement à travers le pays,  45 000 autres nationalistes sont massacrés. Les miliciens, les fonctionnaires planqués et les militaires pétainistes trouvent sans doute dans ce génocide l'occasion de se consoler de leur défaite. Et puis, en désignant un nouvel «  ennemi  »  la France libérée se dispense à bon compte de juger ses collabos en les envoyant maintenir l'ordre aux colonies. En ce 8 mai 2021, après Hubert Colin de Verdière en 2005, François Gouyette ambassadeur de France en Algérie est allé à Sétif fleurir le monument aux morts

Mai 1968, étrange révolution sans sang, sans combat, ni victoire. Les enfants font la teuf «  il est interdit d'interdire  » ils rêvent d'un monde peace and love. Des copains lâchent l'université pour l'usine, d'autres partent élever des chèvres sur le causse du Larzac. Une poignée de militants renoncent à l'ENA. La belle affaire  ! Succédant à de Gaulle dépassé, Giscard  libère la femme et indemnise généreusement le chômage avant d'être injustement dénigré.

Mai 1981 un homme une rose à la main s'en va déposer dans une cachette du Panthéon toutes les illusions de la gauche unie. Les nigauds croient le grand soir arrivé. Pendant que dans les bistros parisiens quelques avinés entonnent l'international et le chant de la jeune garde, le pharmacien très à droite d'une petite ville du Perche se suicide. La Mitterrandie n'a pas toujours été rose. 

Las, le souvenir du mois de mai  qui passionne le plus l'opinion est celui de la mémoire courte.

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