Rapport Stora. N'en parlons plus !

Le rapport Stora est un pavé dans la mare des relations complexes et tumultueuses entre Paris et Alger.

Depuis que les politologues échographient le vote des  musulmans de France, l’islam est devenu le thème majeur qui précède toute élection présidentielle. La communauté la plus nombreuse est celle d’origine algérienne dont l’estimation est de 4 à 7 millions d’adultes et d’enfants. Elle fait l’objet de sondages fréquents qui indiquent sa désaffection pour le mouvement d’Emmanuel Macron et sa sympathie montante pour le parti de la France Insoumise « des islamo-gauchistes ».

La campagne de communication censée renverser la tendance devait démarrer par une opération de réconciliations des mémoires de la guerre d’Algérie. L’exercice de calinothérapie était délicat car il ne fallait pas heurter les très susceptibles autorités d’Alger, ni les harkis, ni les familles de rapatriés, ni les anciens combattants…sans compter leurs descendants. 

En raison de la pandémie, le débat sur ce thème était d’une actualité secondaire. Pourtant, alors que nul ne réclamait quoi que ce soit hormis des vaccins, le Président Macron a maintenu son agenda pour présenter le 20 janvier à l’opinion qui regardait ailleurs, un rapport commandé à Benjamin Stora, savant de l’histoire de la guerre d’Algérie ayant publié une cinquantaine d’ouvrages qui n’ont reçu que des éloges sauf le dernier….édité par l’Élysée. 

À Alger mais aussi à Paris, les journalistes se sont  tout d’abord trouvé en mal d’avis. Fallait-il louanger ou démolir ce travail très habilement rédigé dans lequel chacun pouvait y trouver à boire et à manger ? Comme l’intérêt des foules n’était pas au rendez-vous, les journaux ont assuré le service minimum en relayant les papiers de l’Agence France Presse. Tardivement, la réaction officielle des autorités algériennes s’est habilement habillée de deux articles publiés à la rubrique Histoire de la revue mensuelle de l’Armée populaire algérienne El Djeiche. 

Sous le titre « Explosions nucléaires et chimiques françaises en Algérie: des crimes à ne pas oublier »  un mémorialiste énumére les horreurs de l’époque. Quelques pages plus loin, l’interview d’un général de division évoque les 17 essais nucléaires dans le Sahara il y a soixante ans et rappel que « La France coloniale en laissant derrière elle ses déchets …doit assumer ses responsabilités historiques …. sur le principe pollueur-payeur introduit et reconnu par l’ONU »

Cette réponse du berger algérien à la bergère française est une manière de fixer les priorités d’un hypothétique rabibochage des mémoires qui est bien éloigné des propositions symboliques de Stora de restituer l’épée de l’Émir Abdelkader ou de panthéoniser Gisèle Halimi. 

Alors, l’ambassadeur de France à Alger, diplomate chevronné, bon arabisant, ayant été précédemment en poste à Tripoli, Tunis et Riyad est monté au créneau pour défendre les idées de son Président. « Depuis son élection, le président Macron a engagé une démarche de reconnaissance lucide des crimes commis durant la période coloniale dans une volonté sincère d’apaisement des mémoires » Il a souligné que le Président de la République n’avait aucun a priori car il « n’a été ni acteur, ni témoin engagé de cette période ». Ceci est d’autant plus vrai qu’au sortir de la guerre d’Algérie, le papa de Macron n’avait que douze ans !

Cette plaidoirie n’aurait soulevé aucune interrogation dans les chancelleries si celle-ci était parue dans un journal français ou algérien. Mais à contre courant des usages, l’interview de l’ambassadeur a été publié par Arab News un quotidien saoudien détenu par la famille royale qui tente de ravauder l’image « islamo-fasciste » du prince Ben Salmane en Occident. Il est vrai que dans sa précédente accréditation en Arabie, l’ambassadeur français avait contribué à la création de l’édition française de cet organe. Ce n’est pas une bonne raison. Que viennent faire les obscurantistes saoudiens dans nos affaires de famille, ont bougonné les grincheux.

On s’attendait à ce que le débat sur la mémoire de la guerre de libération de l’Algérie soit bientôt nourri par les déclarations de diplomates algériens à des journaux d’Ankara ou de Moscou… Mais au dernières nouvelles, le Président Macron a appelé le Président Tebboune samedi dernier: « Ils ont, en outre, échangé sur les suites à donner au rapport sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie.. » rapporte un communiqué de l'Élysée.

Traduction: n’en parlons plus !

https://www.mdn.dz/site_principal/sommaire/revues/images/eldjeich_fr.pdf

https://www.arabnews.fr/node/60826/france

https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2021/02/21/entretien-telephonique-avec-m-abdelmadjid-tebboune-president-de-la-republique-algerienne-democratique-et-populaire

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