La maladie du pouvoir et le pouvoir de la maladie


C'est un grand homme de théâtre qui se meurt. Malheureusement.
Alors un docteur lui a dépêché en hâte une ambulance pour le conduire dans le meilleur hôpital. Entre deux hoquets de douleur, l'agonisant a réclamé ses cigares et un flacon de Whisky. Les médecins ont ri de la plaisanterie. Pourtant cette fois-ci, l'artiste était sérieux. Il a demandé la faveur d'être reconduit chez lui pour y jouer son dernier rôle devant un parterre d'amis accourus des quatre coins du Monde. Ils s'en retournent le cœur lourd, chargés de colporter les ultimes bons mots du maître.
Sidi Tayeb, patiente un peu, laisse ton public sortir en premier.

Dans le pays voisin, le Président fait un malaise. Un tout petit arrêt cardiaque de rien du tout. Immédiatement, son médecin  personnel qui ne lui lâche jamais le pouls décroche le téléphone rouge. Hélicoptère, jet, armée, diplomatie, tous sont réquisitionnés. Le déjeuner de l'ambassadeur de France est troublé par un urgent texto. Bonne fille, l'armée française aussitôt  ouvre son hôpital Parisien.
Au terme de cinquante ans de fierté décimée, de milliards de milliards gaspillés, la France conserve son monopole du cœur ! Les algériens sont consternés.

La médecine française est renommée pour être charitable avant d'être comptable. Ses hôpitaux publics accueillent avec un égal dévouement l'humble et le puissant. Pourtant en France, les docteurs ne sont pas meilleurs qu'ailleurs. Depuis Avicenne Ibn Sina et Averroès Ibn Rouchd, les arabes ne sont pas en reste. Il est à Alger, Beyrouth, Damas, Fez et Abu Dhabi, bien des savants que l'Occident nous envie. Peu savent que le plus grand chirurgien pédiatre du moment est saoudien. Las. Par jalousie sans doute, le roi l'a fait ministre.

Reste que la notoriété des Hôpitaux de Paris sans être usurpée est exagérée.

La coqueluche des arabes puissants est désormais l'hôpital d'instruction des Armées, Boulevard du Palais Royal à Paris. Pour un soupir de travers, ils s'y transportent sous bonne escorte. L'établissement y jouit d'une réputation épatante depuis la résurrection d'un ancien ministre de la défense et la qualité des soins prodigués au regretté Arafat qui n'est plus là pour en témoigner.
Le Général de Gaulle, bon connaisseur de la chose militaire, préférait se soigner à Cochin, chez les civils. Pompidou aussi. Mitterrand adorateur de mystères trouva chez les médecins galonnés du Val-de-Grâce tout près de l’Observatoire, les secrets d'une prostate bien gardés.  Chirac et Sarkozy lui emboitèrent le pas. Depuis, les Chefs d'Etats Arabes et Africains ont compris que la médecine militaire française faisait des miracles, le cancer devenant une "indisposition passagère" et l'arrêt cardiaque un "léger refroidissement" toujours transitoire, toujours sans gravité.


La communication de l'hospice des armées est une complaisante propagande qui ne trompe ni ne rassure personne. Le secret défense complète le secret médical. Rien ne filtre de cette double couverture.

Admis bien portant pour subir des examens rassurants le patient, dont seul le peuple est malade, en ressort rassuré de lui même. In fine, au Val-de-Grâce, on guérit tout !

Sauf le mensonge car le pouvoir de la maladie est plus fort que la maladie du pouvoir.

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