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Billet de blog 25 nov. 2020

La guerre des sables aura-t-elle lieu ?

La ronde des diplomates masqués qui font la tournée des capitales est révélatrice des tensions qui agitent l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient dans cette problématique période de transition entre Trump et Biden.

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À Tunis, Alger et Rabat, deux ministres français, Intérieur et Affaires étrangères, se sont déplacés à une semaines d’intervalle, puis, le Président tunisien s’est précipité au Qatar pendant que le secrétaire d’État américain s’invitait à l’Élysée avant d’aller faire sa tournée d’adieux chez ses amis du Golfe. 

Les amis arabes de Trump et les autres     Jusqu’à la fin de l’année, Trump est encore le patron. Et il y a fort à parier qu’il s’emploiera à allumer des feux que son successeur aurait peine à éteindre.

Son grand dessein est de contraindre tous les pays arabes à pactiser avec Israël. Il y a partiellement réussi mais a minima: les Émirats Arabes Unis 600 mille ressortissants, Bahrein 500 000 nationaux ont signé le 15 septembre dernier à la Maison Blanche « l’accord Abraham ». Un mois plus tard, Trump claironnait que le Soudan affamé avait rejoint l’accord et que d’autres pays arabes suivraient. Las, l’Égypte la Jordanie, Oman… sont en apparence bien intentionnés, mais ils traînent des pieds. De son côté, le Prince saoudien MBS  tétanisé par la victoire de Biden tente de négocier son impunité pour le meurtre de Khashoggi. Il redoute la vengeance de ses quelque 380 compatriotes milliardaires séquestrés en novembre 2017 au Ritz Carlon de Jeddah et qu’il a rançonnés. Tous étaient des associés ou des amis des démocrates américains de Biden ! En Arabie, la vengeance est un plat qui se mange froid sur le corps de son ennemi. Alors pour tenter de sauver sa dynastie, MBS osera toutes les manoeuvres désespérées, y compris celle d’un bombardement saoudo-israélien de l'Iran.

En Afrique du Nord, les plus farouches opposants de « l’accord Abraham » sont la Tunisie et l’Algérie. Ils sont pourtant les plus éloignés du conflit, mais leur mémoire est longue. La Tunisie a été par deux fois agressée par Israel (bombardement de Hammam Chott en 1985 et commando sur Sidi Bou Saïd en 1988); quand à l’Algérie, elle identifie le souvenir de son épopée anti coloniale avec celle des Palestiniens.

À l’inverse, le roi du Maroc entretien des relations informelles sans complexe avec l’État hébreu notamment par le biais de ses sujets juifs. Mais de là à officialiser une relation qui pourrait heurter la population et ébranler la couronne, le roi ne franchira le pas que le couteau sous la gorge.

Dans la course à l’échalote israélienne que Trump impose aux arabes en leur brandissant carottes et bâtons, le Maghreb est vulnérable.

Les maillons faibles: Libye, Tunisie, Algérie     La Libye est le théâtre d’une guerre mondiale à l’échelle miniature. Les grands s’y affrontent par milices privées interposées et forces spéciales déguisées. L’enjeu du pétrole se dissimule derrière l’idéologie salafiste belliciste étrangère qui tente de convertir une population pratiquant le dogme soufi pacifiste. 

En Tunisie, contre vents et marées, le Président Saïed tente d’imposer à ses voisins son plan de paix avec le consensus des tribus libyennes qu’il a plusieurs fois rassemblées. Son rival Ghannouchi, leader du parti Islamiste tunisien, appuyé par ses  « frères » de Turquie et du Qatar lui met des bâtons dans les roues

En diplomate tenace, le Président tunisien a récemment atterri à Doha pour une visite officielle de trois jours. Il était accompagné du ministre de la Culture. L’émir qui est un familier du gendre de l’ex-dictateur Ben Ali, ne s’est pas déplacé pour l’accueillir à l’aéroport; il a dépêché son ministre de la Défense. Ambiance. Mais compte tenu de la situation économique désespérée de la Tunisie, comment repousser la main de l’émir du Qatar, second investisseur étranger derrière la France ?

Alger n’est pas en meilleure santé. Comme à Tunis, la Covid, la corruption, l’injustice, la récession et les chikayas politiques font des ravages. Symbole de la décadence de ce grand pays « riche », le Président de la République, testé positif, a été transféré en soins intensifs dans un hôpital … en Allemagne. 

Qui gouverne ? Qui commande ? Sempiternelles questions qui animent depuis des décennies les débats des « spécialistes » de la destination. C’est le « système » disent-ils sans être capable de nommer les éléments de la petite communauté de connivence censée diriger le pays. Les généraux, tout puissants mènent entre eux à huis clos une « guerre des képis » qui conduit les perdants à la prison. Les gagnants ont-il le temps de s’occuper de l’avenir de la nation ? 

L’armée algérienne est forte d’un demi million de soldats. Elle est quasi exclusivement équipée de matériel russe, elle vient d’acquérir pour 2 milliards de dollars 14 d’avions chasseurs furtif Sukhoï SU-57.  La plupart de ses officiers supérieurs ont été formés à Moscou. Sa mission est de défendre l’intégrité de 6 500 km de frontières terrestres avec le Maroc, la Mauritanie, la Libye, la Tunisie, le Mali, le Niger et des frontières maritimes avec le Maroc, la Tunisie, l’Espagne et l’Italie.

Le risque d’une guerre fratricide     Le 1er novembre dernier, à l’issue d’un scrutin boudé par les trois quarts des inscrits, la constitution algérienne a été amendée. Elle autorise notamment désormais l’armée nationale populaire à sortir de ses frontières « dans le cadre du respect des principes et objectifs des Nations Unies, de l’Union Africaine et de la Ligue des États Arabes…  (car)  L'Algérie est solidaire de tous les peuples qui luttent pour la libération politique et économique, pour le droit à l’autodétermination… » 

Ce texte sera promulgué dès que le Président sortira de son coma. Il est lourd de sens dans le contexte de regain de tension au Sahara occidental. 

Cette ancienne colonie espagnole a été proclamée République Arabe Démocratique Sahraouie par le Front Polisario en 1976. Son territoire est disputé par le Royaume du Maroc qui revendique la souveraineté de la totalité du pays dont il occupe les trois quarts. Au nom du principe d’autodétermination des peuples, l'Algérie soutien inconditionnellement les sahraouis. 

La communauté internationale divisée, n’a jamais été capable de se prononcer sur l’identité de cette étendue saharienne qui borde l’Atlantique. Il y a trente ans, sous l’égide de l’ONU les parties ont convenues d’en appeler à la population par voix de référendum. En attendant ce scrutin qui tarde indéfiniment à s’organiser, une force multinationale civilo-militaire d’interposition la Minurso, « forte » de 700 hommes patrouillent le long d’un no man’s land de 2 700km de dunes qui séparent les belligérants.

Il y a quelques jours, le cessez-le feu qui perdurait depuis 1991 a été rompu.  Nul ne connait la nature ni l’intensité des combats car aucun journaliste indépendant n’a pu approcher le théâtre d’opération. Les diplomates s’activent. Rabat et Alger recensent leurs soutiens. Les monarchies arabes et la ligue islamique sont solidaires du Maroc, les Africains penchent vers l’Algérie. L’ONU regarde ses chaussures. Paris ne sait pas sur quel pied danser.

Si la situation dégénère en guerre conventionnelle, la France sera dans une posture d’arbitrage intenable par la probable propagation sur son sol de violences incontrôlables entre les populations d’origines algériennes et marocaines.

Décidément, de Dubaï à Tanger en passant par Tripoli et Alger, Trump pour quelques jours encore, peut em.. le monde !

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