En Suisse, un ancien président de la Confédération s’en prend à Stéphane Hessel !

« L’indignation comme telle, moi, je trouve cela un peu pathétique de la part de ce vieux monsieur ». Ces propos ont été prononcés sur la Radio suisse-romande par l’ancien conseiller fédéral Pascal Couchepin à l’encontre de Stéphane Hessel et de son petit livre Indignez-vous !

« L’indignation comme telle, moi, je trouve cela un peu pathétique de la part de ce vieux monsieur ». Ces propos ont été prononcés sur la Radio suisse-romande par l’ancien conseiller fédéral Pascal Couchepin à l’encontre de Stéphane Hessel et de son petit livre Indignez-vous !

« Avec le succès public arrive la polémique. Dans sa chronique bimensuelle, Pascal Couchepin s'oppose aux positions défendues par Stéphane Hessel. » annonçait le site de l’émission Forum. Le 4 janvier 2011, les auditeurs de cette chaîne de service public ont ainsi eu à entendre une charge très vive contre Indignez-vous !, mais surtout contre l’idée même d’indignation.

« Je conteste que cela soit éthique ou moral, s’est ainsi exclamé M. Pascal Couchepin. L’indignation, c’est simplement une émotion, c’est un mouvement d’humeur, c’est un cri improductif. La réponse éthique, c’est de chercher des solutions concrètes, ici et maintenant, pour essayer de résoudre ces problèmes. »

L’ancien responsable des politiques sociales de la Confédération helvétique s’était distingué en son temps par des propositions de hausse de l’âge de la retraite. Que n’avait-il argumenté à l’époque sur l’état de santé amélioré et la sagesse prolongée des anciens ! Mais cela ne l’a pas rendu pour autant très sensible au regard critique et lucide d’un plus ancien et d’un plus sage que lui sur la société d’aujourd’hui.

« L’indignation n’est pas une réponse morale, a prétendu M. Pascal Couchepin, c’est un immense aveu d’impuissance qu’on peut comprendre de la part d’un vieillard, extraordinaire, pour lequel j’ai un immense respect, mais à 93 ans, on n’a plus la force de résoudre les problèmes, on a plutôt tendance à s’indigner et à croire qu’en s’indignant, on a apporté une solution décisive à des problèmes qui dureront au-delà de notre vie. »

« Par exemple, a-t-il notamment mentionné, s’indigner qu’il y ait des sans-papiers, mon Dieu, oui, pourquoi pas, mais l’alternative, c’est quoi ? C’est que tout le monde peut circuler d’un bout à l’autre du globe, sans contrôle, et risquer de provoquer le racisme. Alors l’indignation à l’égard des sans-papiers a quelque chose de sain, mais ça ne mène à nulle part [sic] parce qu’il faut chercher des solutions concrètes. »

Les leçons de M. Pascal Couchepin se veulent anticonformistes. Aussi s’est-il référé, pour s’en démarquer, aux personnages moutonniers du film de Jacques Tati Les vacances de M. Hulot. Mais cette prétendue liberté de pensée le mène à de drôles de raccourcis. Comment, et sur la base de quelles données scientifiques, peut-il par exemple affirmer que l’expulsion des sans-papiers serait une manière de lutter contre le racisme ?

Celles et ceux qui, après M. Pascal Couchepin, siègent au Conseil fédéral, le gouvernement helvétique, cherchent apparemment, comme il le suggère, des « solutions concrètes » aux problèmes du temps. C’est ainsi qu’on a appris dans la presse (voir Le Temps du 4 janvier et, pour la citation ci-après, Le Matin du 5 janvier 2010) que « les autorités fédérales veulent serrer la vis aux étrangers qui séjournent illégalement en Suisse. Parmi les pistes explorées figure l’obligation pour les écoles de signaler la présence d’élèves sans papiers aux autorités compétentes en matière d’asile ». Pour ce faire, précise le même article, « le Département fédéral de justice et police a jusqu’à fin 2011 pour ficeler un rapport sur le sujet. «Il s’agit de faciliter l’application des lois sur l’asile et les étrangers grâce à une meilleure circulation de l’information», explique Dieter Biedermann, de l’Office fédéral de la justice (OFJ) ».

Puisqu’il ne s’agit pour l’instant que d’une piste en cours d’exploration, il est permis d’espérer que des manifestations d’indignation de la société civile empêcheront la mise en application d’un telle « solution concrète » qui prendrait des enfants en otage et aurait des effets pervers inacceptables en les privant du droit à la scolarité. Quelques-unes s’expriment déjà, fort heureusement, dans la presse.

La Suisse et ses autorités, qui sont trop souvent en panne de mémoire, avaient déjà commis la faute de provoquer des drames familiaux, avec leurs enfants cachés et parfois dénoncés, expulsés, lorsqu’elles ont nié absolument, pendant trop longtemps, et pour de nombreuses saisons, le droit des travailleurs saisonniers à tout regroupement familial. Une mobilisation démocratique a ensuite permis de faire valoir le droit d’aller à l’école de tous les enfants, quelle que soit la situation de leurs parents. Faut-il revenir aujourd’hui sur ces acquis et laisser s’installer à nouveau de telles réalités si sombres et si contraires aux droits fondamentaux de l’enfance ?

Merci à Stéphane Hessel de nous avoir rappelé l’importance de l’indignation face aux négations des droits de tous et de chacun !

Charles Heimberg, Genève

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.