La brèche de Porta Pia, 20 septembre 1870 : une amnésie délibérée en Italie

En Italie, dans les bourgs et les villes, au nord comme au sud, de nombreuses places et boulevards portent le nom du 20 septembre. Alors que cette date ne donne plus lieu depuis longtemps à la moindre commémoration, elle a été maintenue dans la toponymie urbaine, sans doute par oubli et par ignorance de sa véritable signification.

Le 20 septembre 1870, le général Raffaele Cadorna et ses troupes ouvrent une brèche à Porta Pia et pénètrent dans la ville de Rome. C’est la dernière étape de la réalisation de l’unité italienne, la ville aux sept collines étant enfin libérée du pouvoir temporel du pape et de l’Église catholique.

Cette date incarne donc le principe de laïcité et la possibilité de construire une démocratie libérée de toute influence cléricale. À partir de 1895, ce 20-Septembre est devenu un jour de fête. Mais à la fin des années 1920, le fascisme l’a supprimée après la signature des Accords de Latran qui portent reconnaissance de l’État du Vatican.

La mémoire collective et les pratiques commémoratives résultent toujours de constructions politiques et sociales. Présentes ou absentes, elles relèvent de choix, délibérés ou parfois implicites, qui trouvent leur sens dans le présent. Aujourd’hui, malgré une séparation officielle de l’Église et de l’État dans la Constitution italienne de l’après Seconde Guerre mondiale, l’influence du catholicisme sur la société transalpine demeure très importante. Elle est même aussi impressionnante qu’inquiétante s’agissant des questions d’éthique qui sont débattues dans l’espace public.

En Italie, des crucifix continuent par exemple d’orner les salles de classe des écoles publiques. Et pendant ce temps, des places, des villes, des hôtels continuent de porter ce nom du 20-Septembre, comme si de rien n’était…

Charles Heimberg (Genève)

Source : « Quando il 20 settembre in Italia era un giorno di festa », Il Manifesto, 20 septembre 2009, p. 4.

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