James Guillaume, la « plume cachée de l’école républicaine »

Dans son "Voyage en terres d’espoir", une pérégrination au cœur du Maitron, le dictionnaire biographique du mouvement ouvrier initié par Jean Maitron, Edwy Plenel a eu la bonne idée d’associer les notices de James Guillaume et de Ferdinand Buisson. Un siècle tout juste après la mort de James Guillaume, ses relations avec Buisson méritent en effet d’être mieux connues.

Dans son livre Voyage en terres d’espoir, une pérégrination au cœur du Maitron, le dictionnaire biographique du mouvement ouvrier initié par Jean Maitron, Edwy Plenel a eu la bonne idée d’associer les notices de James Guillaume et de Ferdinand Buisson. Un siècle tout juste après la mort de James Guillaume, ses relations avec Buisson méritent en effet d’être mieux connues. C'est lui aussi qui a utilisé cette formule de « plume cachée de l’école républicaine » à propos de James Guillaume

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« Il n’est pas inutile, écrit justement Edwy Plenel, de faire sortir de l’ombre celui qui, derrière Ferdinand Buisson, fut l’artisan du fameux Dictionnaire pédagogique des débuts de l’école publique, gratuite et obligatoire. Un anarchiste qui, plus tard, sera le premier historien de la Première Internationale… » (p. 275).

La notice biographique de Ferdinand Buisson dans le même Maitron (rédigée par Martine Brunet) évoque explicitement cette collaboration avec James Guillaume :

« En 1876, commença la parution du Dictionnaire de pédagogie dont la cheville ouvrière fut James Guillaume à qui il avait demandé de venir à Paris pour le diriger et dans lequel plusieurs socialistes libertaires participèrent comme les frères Reclus et Paul Robin. En 1911, Ferdinand Buisson fit encore appel à James Guillaume pour diriger une deuxième édition plus courte du Dictionnaire de pédagogie. » (cité p. 279 dans le livre d’Edwy Plenel)

Cette porosité, qui n’était pas forcément attendue, des mouvances républicaines et libertaires est intéressante à plusieurs titres. Elle montre par exemple dans quelle mesure l’idée républicaine de cette époque pouvait se distinguer des usages réifiés et conservateurs dont elle peut être l’objet aujourd’hui. Elle donne aussi à voir, particulièrement en manière de pédagogie, la fécondité des idées libertaires pour le développement des idées en ce tournant des XIXe et XXe siècles. Et là encore, c’est un potentiel qui peut aussi avoir du sens pour aujourd’hui.

La figure de James Guillaume qui émerge à ce moment de sa vie, qui n’est pas en rupture, mais en continuité avec son engagement antérieur dans la Première Internationale et la Fédération jurassienne, évoque l’idée d'une émancipation par les savoirs, une idée constamment présente dans son oeuvre comme dans son engagement.

Après le décès de James Guillaume, l'historien de la Révolution française Alphonse Aulard lui a rendu un vibrant hommage dont la conclusion met bien en évidence cette étroite association des savoirs avec l'émancipation sociale:

« Les ouvriers ont eu, en ce savant homme, un véritable ami. Je crois bien que, même quand il se plongeait dans les archives du Comité d’instruction publique, il croyait servir leur cause. Car il avait la conviction que le peuple ne peut s’émanciper que par l’instruction.

L’esprit de la Révolution française était en James Guillaume. » (La Révolution française, janvier-février 1917)

Un siècle après la disparition de James Guillaume, un colloque James Guillaume. L'émancipation par les savoirs est organisé à l'Université de Genève les 24 et 25 novembre 2016.

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D'autres informations et documents sont disponibles ici et ici.

Charles Heimberg (Genève)

[En collaboration avec Jean-Charles Buttier & Nora Köhler]

 

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