heimbergch
Charles Heimberg. Historien et didacticien de l'histoire
Abonné·e de Mediapart

149 Billets

1 Éditions

Billet de blog 24 janv. 2016

À Genève, retour sur sept jours de grève et des temporalités troublées

Les mois de novembre et décembre 2015 ont été le théâtre d’un mouvement social sans précédent dans le canton de Genève. Il est actuellement suspendu. Mais quoi qu’il en soit, il a clairement révélé l’ampleur du mécontentement parmi celles et ceux qui assurent les prestations de la fonction publique. Et il ne manquera pas de laisser des traces.

heimbergch
Charles Heimberg. Historien et didacticien de l'histoire
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Sept jours de grève de la fonction publique répartis en trois phases, entre novembre et décembre 2015. C’est apparemment du jamais vu à Genève. C’est en tout cas de l’inédit au XXIe siècle. Ce mouvement a tout d’abord émergé fortement dans le monde enseignant, puis il s’est affirmé davantage dans le secteur du travail social, non sans associer ultérieurement les milieux de la culture frappés à leur tour par des coupes arbitraires (qui, dans ce cas, relèvent principalement du budget municipal de la Ville de Genève, lequel était pourtant déjà équilibré, et qui s’appliquent effectivement en 2016). Plutôt bien suivie, cette mobilisation sociale a rassemblé à plusieurs reprises des milliers de protestataires dans les rues genevoises, de 4'000 à 11'000 selon les cas.

Quelles sont les causes, quels sont les objectifs de ce mouvement social (qu’il convient d’évoquer au présent dans l’attente de la suite des événements) ? Le gouvernement cantonal genevois entend réduire son budget de fonctionnement de 5% en 3 ans et doit forcément s’en prendre pour cela à la masse salariale du secteur public et aux frais de personnel. Il a par conséquent annoncé dans cette perspective son intention d’augmenter le temps de travail des employés de la fonction publique de 40 à 42 heures. Pour justifier cette régression sociale, il met en avant un déficit budgétaire cantonal qui n’est pas négligeable (13 milliards de francs suisses), mais qui n’a rien de dramatique comparé à celui qui prévaut ailleurs en Europe. Il se garde toutefois de reconnaître qu’il s’agit là d’un déficit budgétaire qui ne résulte pas d’une explosion incontrôlée des dépenses, mais plutôt d’une crise manifeste des recettes. Elles ont en effet été délibérément réduites depuis une quinzaine d’années par des baisses successives de la fiscalité et des mécanismes de contrainte budgétaire votés par la majorité de droite et d’extrême-droite du parlement genevois, avec dans certains cas l’appui de consultations du corps électoral, en particulier en 1999 avec une réduction de l’impôt sur les revenus de 12% qui a largement profité aux plus élevés d’entre eux.

Genève, Place-de-Neuve. 1er décembre 2015

Une situation complexe

En principe, un mouvement social sous la forme d’une grève oppose une direction d’entreprise à ses salariés. Mais dans le cadre d’une grève de la fonction publique, l’employeur en question dépend d’un parlement, le pouvoir législatif, qui définit le cadre budgétaire annuel de l’État. Cette particularité peut entraîner une forme de triangulation, l’interlocuteur patronal direct pouvant être désavoué par le parlement, ou faire en sorte de l’être. C’est effectivement le cas dans cette grève genevoise, où l’interlocuteur en question est bien difficile à identifier, avec un parlement sans majorité claire, caractérisé par trois pôles à peu près équivalents, de centre-gauche, de droite et d’extrême-droite; avec aussi une partie de l’extrême-droite qui défend parfois non pas les prestations à la population, mais les fonctionnaires qui sont déjà en place ; et avec le recours toujours possible à des consultations du corps électoral dans le contexte de la démocratie semi-directe suisse, de ses initiatives et de ses référendums. Ainsi, l'interlocuteur patronal direct, c’est-à-dire le gouvernement genevois (le Conseil d’État), se trouve dans une situation particulière, qui peut le gêner ou lui être utile, puisqu’il n’est pas du tout assuré d’être soutenu le cas échéant par son parlement, voire par un scrutin électoral. Il l’est d’autant moins dans cette affaire que, fin 2015, il n’a trouvé qu’une députée sur 100 (sic) pour approuver le budget qu’il proposait au parlement genevois (le Grand Conseil) pour l’exercice 2016. Cette situation quelque peu surréaliste est rendue possible par le fait que, dans ce cas, la législation locale prévoit de faire fonctionner l’administration sur la base de douzièmes provisionnels basés en principe sur l’exercice précédent. Ce qui explique que certains appellent d’ores et déjà à s’occuper directement du budget cantonal pour 2017 (sic). Cette attitude ne manque toutefois pas d’interroger dans un canton qui doit faire face à des urgences, comme celle qui concerne ces requérants d’asile qui sont logés dans des bunkers (des abris souterrains de la protection civile) et qui devraient pour le moins avoir droit à un accueil plus décent, et plus humain, compte tenu de la durée de leurs séjours et de l'attente concernant leur demande d’asile. Ainsi, il y a des nécessités auxquelles le canton de Genève devrait faire face. Sans compter que, dans bien d’autres contextes institutionnels, un exécutif qui serait recalé à ce point sur son budget par son législatif ne serait plus guère en situation de continuer à gouverner.

Une analyse historienne

Dans un remarquable article (publié en 2002 et repris en 2006 dans son ouvrage Autour du Front populaire), l’historien Antoine Prost analyse les grèves du Front populaire en les inscrivant simultanément dans trois temporalités complémentaires. Trop rapidement dit, les jours mêmes de la grève marquent l’affirmation de la dignité ouvrière, celle de ces « salopards en casquette » qui allaient avoir droit à des congés payés. Reliée à la décennie de la crise des années trente, cette grève est le reflet d’un combat contre la souffrance sociale de ses victimes et contre la précarisation du travail qu’elle induit. Remontant un peu plus en amont dans le temps, la même grève exprime une autre révolte encore, celle contre les effets sociaux délétères de l’évolution des conditions de production au cours du premier quart du XXe siècle : rationalisation à outrance, intensification des cadences, fordisme. Mais ce qui importe, pour redonner toutes ses significations à ce mouvement social, c’est bien de considérer en même temps, dans leur dimension complémentaire, toutes ces différentes significations de la grève de 1936.

Ce type de raisonnement peut-il s’appliquer de la même manière à l’immédiatement contemporain ? Rien n’est moins sûr. Notamment parce que tout ne peut pas être perçu sur le moment. Par exemple, pour cette grève de 1936, la barrière chronologique de 1940 pour une périodisation élargie en aval se comprend tout à fait aujourd’hui, de manière rétrospective ; mais elle n’aurait bien sûr pas pu émerger en plein Front populaire, sans connaître encore ce qui allait se passer par la suite. Toutefois, prendre en considération des significations multiples tirées d’une pluralité de temporalités est utile pour appréhender la complexité d’une situation. Y compris pour des faits contemporains en sachant que les hypothèses formulées demeurent susceptibles de se modifier ultérieurement.

Une confusion de temporalités

Ce mouvement social genevois de fin 2015 est marqué par une grande confusion des temporalités, les rapports de force qui s’y expriment relevant largement de la maîtrise de ces temporalités. Dès le début, en effet, son déclenchement a été caractérisé par une confusion temporelle puisque deux mesures ont été annoncées en même temps par le gouvernement, aussi bien l’intention de réduire le budget de 5% en trois ans par une augmentation du temps de travail qu’une baisse de 1% pour le budget 2016 alors en cours de discussion. Ainsi, la droite parlementaire et le gouvernement ont eu beau jeu de souligner d’emblée auprès des grévistes que la baisse de 1% était modérée alors que la perspective des 42 heures et des 5% de réduction de la masse salariale était dans tous les esprits. Pire encore, une réforme de la fiscalité des entreprises est annoncée pour ces prochaines années, qui va assurément faire perdre des sommes considérables à l’État (350 à 550 millions de francs par année selon le Conseil d’État, doc. septembre 2015), puisqu’il s’agit de mettre toutes les entreprises sur un même barème fiscal, à un taux d’environ 13%, conformément à des impératifs internationaux présentés comme indiscutables, et sans trop réduire les privilèges accordés aux entreprises étrangères pour les attirer. Enfin, cerise sur le gâteau, la droite et l’extrême-droite du parlement ont adopté dans le même temps, contre l’avis du Conseil d’État, et en plein mouvement de la fonction publique, une loi budgétaire contraignante qui bloque toute nouvelle dépense publique, de fonctionnement comme d’investissement, avec une marge de manœuvre minimale, tant que la dette est supérieure à un budget annuel de fonctionnement, un objectif de réduction de quelque 5 milliards de francs qu’il faudrait le cas échéant de très nombreuses années pour atteindre. Cette loi est aujourd’hui contestée par référendum et son sort dépend désormais d’une prochaine consultation du corps électoral.

Et en attendant, comme nous l’avons vu, le canton de Genève se retrouve sans budget pour 2016.

Mais qu’en est-il en amont ? Quelle est l’origine du problème budgétaire qui se pose aujourd’hui dans l’espace public genevois ? Il y a là encore un palimpseste de temporalités. Dans le plus court terme, une baisse des recettes fiscales est invoquée, liée en particulier au ralentissement conjoncturel consécutif à la hausse de la valeur relative du franc depuis que la Banque nationale suisse a décidé en janvier 2015 de cesser de la faire baisser à grands frais. Toutefois, si l’on parle non pas de l’équilibre budgétaire, mais du poids de la dette, alors les effets délétères de la crise de 2008, et toutes les dépenses jamais remboursées des années 2000 (2,3 milliards de francs selon le site swissinfo) pour sauver la Banque Cantonale de Genève, se rappellent à notre mémoire. En outre, cette évolution vers davantage de dettes s’inscrit aussi dans un contexte de réduction délibérée de la voilure de l’État au fil d’une succession de réductions fiscales initiée en 1999 avec la baisse de 12% de l’impôt sur le revenu suite à une initiative libérale approuvée par le corps électoral contre l’avis des autorités d’alors. Par ailleurs, la décennie précédente avait déjà été marquée par une crise budgétaire de grande ampleur dont le personnel de la fonction publique genevoise avait fait les frais, la dégradation de ses conditions salariales et de travail, mais aussi des prestations à la population, remontant ainsi au début des années 1990. Marquée par le succès d’un populisme antifiscal, cette époque avait aussi vu le Département de l’instruction publique genevois affirmer vertement, en 1992, la nécessité de réduire son budget de 10 à 12% en 5 ans en « préservant l’essentiel » (sic) selon un scénario qui prévoyait notamment d’« alléger l’horaire de l’élève » et d’« accroître le nombre moyen d’élèves par poste d’enseignants » (la première de ces mesures s’est révélée particulièrement inopportune face aux résultats genevois des tests PISA et n’a pas été appliquée ; le seconde, en revanche, l’a déjà été assez largement).

Banderole unitaire... qui parle d'une réforme à venir plus tard. 1er décembre 2015

Assurément, ce mouvement social est enchevêtré dans une belle complexité de temporalités que ses acteurs feraient bien de maîtriser. Cette nécessité, inscrite au cœur de ce qui relie passé (champ d’expérience), présent (marge de manœuvre) et futur (horizon d’attente, pour reprendre des concepts empruntés notamment à l’historien Reinhart Koselleck), concerne d’ailleurs tout autant les processus argumentaires qui sont mobilisés pour justifier les politiques contestées par les protagonistes du mouvement, des processus qui sont eux aussi inscrits dans un jeu de temporalités.

Storytelling et arguments discutables faute d’être discutés

« L’initiative est également un instrument d’élargissement de l’assise fiscale, en retenant des « gros » contribuables et en invitant de nouveaux à s’installer dans le canton. Il ne s’agit donc pas de faire baisser durablement les recettes fiscales, mais bien plutôt, à travers la relance, de les augmenter. »

Cet extrait des arguments des promoteurs de l’initiative libérale susmentionnée qui visait en 1999 à réduire l’impôt sur le revenu de 12% en trois ans, et qui a été mise en application, est particulièrement significatif. Il annonce tout simplement que baisser les impôts, ce serait augmenter les recettes fiscales (sic).

« Abaissement des taux cantonaux de l’impôt sur le bénéfice :

Nous y sommes favorables.

Il s’agit de la mesure phare de cette réforme, la seule qui permette véritablement de répondre à la problématique posée dans les cantons fortement exposés à l’abolition de ces statuts fiscaux.

Pour Genève, l’avantage de cette mesure est de permettre, en abaissant le taux d’imposition global aux environs de 13%, le maintien sur le territoire d’un maximum d’entreprises bénéficiant à l’heure actuelle d’un statut fiscal cantonal et de préserver, de ce fait, l’emploi dans le canton. Pour mémoire, près de 60'000 postes de travail sont liés à la présence de ces entreprises à Genève. »

Dans ce document, c’est cette fois la Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève qui répond, le 30 janvier 2015, à une consultation sur la future réforme de la fiscalité des entreprises. Là encore, une annonce heureuse est associée à la perspective de cette baisse d’impôt (légère hausse pour les entreprises étrangères, baisse substantielle pour les entreprises locales) : la baisse des recettes fiscales va permettre de préserver quelque 60'000 emplois à Genève (sic).

Baisser les impôts pour les particuliers, ce serait plus de recettes fiscales. Baisser les impôts pour les entreprises, ce serait plus d’emploi. On pourrait se croire ici en plein cauchemar orwellien (comme dans les oxymores du roman 1984 de George Orwell : « La guerre, c'est la paix. » ; « La liberté, c'est l’esclavage. » ; « L'ignorance, c'est la force. »).

En réalité, tous ces slogans, qui sont aussi des promesses pour l’avenir, relèvent de narrations plus élaborées, une forme de storytelling qui permet de justifier des décisions du présent en les inscrivant dans une longue durée où la fiction l’emporte sur les données scientifiques.

Il en va de même pour les augures négatifs qui sont étroitement associés à l’idée de dette dans les discours dominants. Comme dans cette déclaration de Serge Dal Busco, conseiller d’État responsable des finances :

« Dans ce contexte, on me demande régulièrement comment il va être possible de stabiliser, puis de réduire enfin notre dette. Dans certains milieux, on ose même suggérer de « laisser filer » cette dette, en prétendant que celle-ci constitue un risque théorique et que nous sommes encore bien loin des critères de Maastricht. Je réponds que la dette est bel et bien une épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête de nos enfants ! » (L'Agefi, 10 avril 2015)

Cette image de la dette menaçant l’avenir des générations futures est elle aussi une construction rhétorique qui prétend relever du bons sens, mais qui n’a pas non plus de fondement scientifique. Elle est dond parfaitement discutable. Elle néglige pour le moins le rôle historique de l’emprunt dans le développement économique de toute société. Elle est en fin de compte une expression de l’idéologie néo-libérale qui entend réduire par principe le rôle de l’État dans la vie publique sous couvert d’un engagement prétendument responsable vis-à-vis de l’avenir. Les narrations qui la justifient n’ont dès lors rien de neutre.

Ainsi :

« La propagande ne doit plus seulement modifier ou influencer l’opinion d’un individu, mais l’ensemble de ses croyances et de ses habitus : sa culture, son idéologie, sa religion. L’action sur les consciences individuelles cède la place à une opération interactive et sociale de propagation d’une forme de croyance. » (Christian Salmon, Storytelling, 2007, p. 195)

Sans compter que :

« L’économie a beau utiliser des formules mathématiques et des formules statistiques, elle tient plus de l’astrologie que de l’astronomie. En physique, la nature est le juge impartial des hypothèses formulées, mais en économie, on ne peut pas créer un laboratoire pour vérifier nos hypothèses[…].

Malheureusement, l’écrasante majorité de mes confrères choisissent de se considérer comme des hommes de science et finissent ainsi par faire davantage penser à des astrologues, ou plutôt à des théologiens, qui font appel à des démonstrations mathématiques pour prouver l’existence de Dieu, fondant leur sacerdoce sur l’ignorance et les préjugés des populations qui vivent dans l’angoisse de la survie et la peur du lendemain. » (Yanis Varoufakis, Un autre monde est possible, 2015, pp. 208-209)

Dans ces conditions, il vaudrait mieux que les acteurs du mouvement social interrogent les évidences qui leur sont imposées comme telles. Ce dispositif narratif consistant à projeter les enjeux du présent dans l’annonce d’un avenir dévasté avait déjà été utilisé à Genève pour réformer la caisse de retraite du personnel de la fonction publique en la soumettant à des critères de capitalisation présentés encore une fois comme indiscutables, au prix de grosses dépenses pour l’État et d’une nette dégradation des droits des assurés.

Dès lors, on le voit, s’ils veulent reprendre la main et se donner les meilleures chances de défendre leurs droits et les prestations des services publics à la population, les acteurs de ce mouvement social ont tout intérêt à se réapproprier les processus narratifs qui qualifient les enjeux de leur lutte. Car c’est bien le présent et l’avenir proche qu’il s’agit d’abord de ne pas laisser dévaster.

En attendant…

En attendant, la fonction publique genevoise paraît épuisée et déprimée. L’horizon d’attente de celles et ceux qui la font vivre est obscurci par le processus de réduction qui est en cours depuis de nombreuses années.

En attendant, les Hôpitaux universitaires genevois ne parviennent toujours pas à respecter les horaires de leurs médecins et réclament un assouplissement des dispositions légales à cet égard (ici).

En attendant, les instituteurs de l’enseignement primaire ne s’estiment pas en mesure d’assumer une réforme pour une école inclusive introduite sans qu’on leur en octroie les moyens nécessaires (ici).

En attendant, beaucoup de celles et ceux parmi les jeunes qui cherchent à entrer dans l’enseignement ou ailleurs se trouvent confrontés à des années de précarité.

En attendant, l’université forme des chercheurs qui ont toutes les peines du monde à trouver des débouchés et à poursuivre un parcours de recherche et d’enseignement.

Comme si la région genevoise n’avait pas besoin d’un système de santé de qualité, d’une institution scolaire de qualité, d’un développement de ses structures de recherche et d’innovation…

Comme si elle n’avait pas à assurer un avenir à sa jeunesse en ne la confinant pas dans une condition de précarité.

Ce ne sont là, bien sûr, que quelques exemples. Il y en aurait beaucoup d’autres. Dont tout ce qui concerne la politique culturelle.

Réduire et encore réduire. Réduire le budget de 5%. Le réduire encore de 500 millions de francs offerts aux entreprises. Réduire la dette de 5 milliards. Réduire pour ne rien toucher aux privilèges des plus fortunés. Rien de tout cela n'est inéluctable. C'est juste un choix de société...

Toutes proportions gardées, l’Europe d’aujourd’hui telle qu’elle est nous montre à quoi mènent les politiques de fermeture et d’austérité qui prévalent d'une manière générale. Et cela ne saurait faire figure de modèle.

Un problème de débouché

Le mouvement social genevois a en fait toutes les peines du monde à trouver un débouché, non seulement parce qu’il lui est bien difficile de trouver un rapport de force favorable dans un contexte politique et social particulièrement sombre, mais aussi parce qu’il lui faut trouver le moyen de maîtriser ses temporalités et son ampleur en évitant de se faire diviser et parcelliser. Comme d’habitude, il est accusé par ses adversaires, et par les médias dominants, de défendre des privilèges particuliers dans la mesure où le statut et les rémunérations de la fonction publique genevoise, même s’ils ont tendanciellement régressé depuis 25 ans, demeurent plus avantageux que dans le secteur privé pour le monde salarié. Cependant, les travailleurs du secteur privé ont les mêmes intérêts en termes de prestations à la population. Et une dégradation des conditions d’emploi dans le secteur public les fragiliserait encore bien davantage. Cela explique que les syndicats genevois aient tenu à provoquer une convergence symbolique, le 11 novembre 2015, en faisant manifester côte à côte des maçons en grève pour défendre leurs salaires et la fonction publique.

Maçons et fonction publique. Pont du Mont-Blanc. 11 novembre 2015

Une autre difficulté concerne la parcellisation des enjeux budgétaires. L’administration cantonale, les administrations municipales ainsi que les transports publics sont gérés séparément alors qu’ils dépendent d’une même politique à l’échelle régionale. Dès lors, pour le mouvement social, la question se pose d’une convergence nécessaire des salariés et des usagers de toutes ces structures. Et dans un premier temps, le vote autour du référendum contre la loi de contrainte budgétaire adoptée par le Grand Conseil s’annonce comme particulièrement important, un succès du référendum ne pouvant symboliquement résulter que d’une telle convergence.

Certes, une telle perspective ne va pas de soi compte tenu des rapports de force politiques actuels. Il s’agit toutefois de faire valoir qu’une addition de ressentiments, contre les étrangers, les migrants, les réfugiés, contre les frontaliers, contre les fonctionnaires, contre les jeunes qui veulent avoir un avenir, etc., tout cela ne saurait constituer un projet de société. Et qu’il n’y a ainsi aucune raison de désespérer le présent et l’avenir en imposant l’austérité comme seul horizon.

Charles Heimberg (Genève)

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
A Hong Kong, Pékin met les médias au pas
En moins de vingt ans, l’ancienne colonie britannique est passée de la 18e à la 80e place dans le classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF). De nombreux journalistes partent ou s’apprêtent à le faire, tandis que d’autres ont décidé de résister.
par Alice Herait
Journal — Asie
« Une grande purge est en cours »
Le militant hongkongais Au Loong-Yu réside temporairement à Londres, alors que sa ville, région semi-autonome de la Chine, subit une vaste répression. Auteur de « Hong Kong en révolte », un ouvrage sur les mobilisations démocratiques de 2019, cet auteur marxiste est sévère avec ceux qui célèbrent le régime totalitaire de Pékin. 
par François Bougon
Journal — France
Covid long : ces patientes en quête de solutions extrêmes à l’étranger
Le désespoir des oubliées du Covid-19, ces Françaises souffrant de symptômes prolongés, les pousse à franchir la frontière pour tester des thérapies très coûteuses et hasardeuses. Dans l’impasse, Frédérique, 46 ans, a même opté pour le suicide assisté en Suisse, selon les informations de Mediapart.
par Rozenn Le Saint
Journal
Face à Mediapart : Fabien Roussel, candidat du PCF à la présidentielle
Ce soir, un invité face à la rédaction de Mediapart : Fabien Roussel, candidat du Parti communiste français à la présidentielle. Et le reportage de Sarah Brethes et Nassim Gomri auprès de proches des personnes disparues lors du naufrage au large de Calais.
par à l’air libre

La sélection du Club

Billet de blog
Ne nous trompons pas de combat
À quelques jours du scrutin du 12 décembre, il importe de rappeler quel est le véritable objet du combat indépendantiste dans notre Pays. Ce n’est pas le combat du FLNKS et des autres partis indépendantistes contre les partis loyalistes. Ce n’est même pas un combat contre la France. Non, c’est le combat d’un peuple colonisé, le peuple kanak, contre la domination coloniale de la République française qui dure depuis plus d’un siècle et demi.
par John Passa
Billet de blog
Lettre ouverte à Sébastien Lecornu, Ministre des Outre mer
La Nouvelle-Calédonie connaît depuis le 6 septembre une dissémination très rapide du virus qui a provoqué, à ce jour, plus de 270 décès dont une majorité océanienne et en particulier kanak. Dans ce contexte le FLNKS demande le report de la consultation référendaire sur l'accession à la pleine souveraineté, fixée par le gouvernement au 12 décembre 2021.
par ISABELLE MERLE
Billet de blog
Pourquoi ne veulent-ils pas lâcher la Kanaky - Nouvelle Calédonie ?
Dans quelques jours aura lieu, malgré la non-participation du peuple kanak, de la plupart des membres des autres communautés océaniennes et même d'une partie des caldoches. le référendum de sortie des accords de Nouméa. Autant dire que ce référendum n'a aucun sens et qu'il sera nul et non avenu.
par alaincastan
Billet de blog
Lettre ouverte du peuple kanak au peuple de France
Signé par tous les partis indépendantistes, le comité stratégique indépendantiste de non-participation, l’USTKE et le sénat coutumier, le document publié hier soir fustige le gouvernement français pour son choix de maintenir la troisième consultation au 12 décembre.
par Jean-Marc B