Confédération Helvétique : la digue des droits humains n’a pas cédé, pour cette fois

C’est avec un immense soulagement que toutes les personnes sensibles à la défense des droits humains fondamentaux ont accueilli le refus d’une initiative de l’extrême-droite helvétique qui visait à faire prévaloir le droit suisse sur le droit international, remettant en cause les engagements de la Suisse en matière de droits humains.

L’acceptation d’une telle initiative n’était pas inenvisageable après les récentes et terribles déconvenues de l’interdiction constitutionnelle des minarets et de l’adoption d’un principe xénophobe de protection contre une prétendue immigration de masse en réalité inexistante. Le parti d’extrême-droite gouvernemental improprement intitulé en français comme démocratique et du centre (UDC), est depuis plusieurs législatures le premier parti du pays en tournant autour de 30% des votant·es. Il ne cesse par ailleurs de dicter l’agenda politique du pays par des campagnes et des initiatives tapageuses qui propagent le racisme, la xénophobie, la stigmatisation des minorités, tout en prônant sans cesse un isolationnisme délétère. Par une propagande particulièrement dépensière, il assène constamment des contre-vérités et mobilise une intense démagogie.

L’heureux rejet de cette initiative d’extrême-droite est le fruit d’une vaste campagne de la société civile, mais aussi des milieux économiques suisses dont le rôle est malheureusement souvent décisif. En effet, il faut souligner et rappeler qu’ils ne s’étaient guère mobilisés lors des tristes précédents des initiatives sur les minarets et sur l’immigration.

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Ce résultat montre donc que l’UDC peut être stoppée. Cependant, et malheureusement, cette victoire d’étape, bien que très importante, ne garantit rien pour l’avenir. D’autres projets inquiétants sont annoncés. Et il serait profondément dommageable pour la société civile helvétique qu’elle doive sans cesse continuer à se défendre contre de tels projets d’extrême-droite, au risque de s’épuiser et de se laisser entraîner dans une dérive antidémocratique.

Pour en sortir, il importe d’abord de désigner l’UDC pour ce qu’elle est, c’est-à-dire un parti d’extrême-droite qui joue un double jeu de par son statut de parti gouvernemental qui devrait être respectueux des droits humains fondamentaux alors qu’il cherche en même temps à en saper les fondements à travers ses campagnes politiques. Après une telle initiative dont le succès aurait potentiellement remis en cause l’engagement de la Suisse dans la Convention européenne des droits de l’homme, il n’est plus possible de nier cette réalité et de banaliser la violence symbolique du projet de société porté par ce parti, projet qui ne peut que déboucher sur une impasse collective.

La Convention européenne des droits de l’homme est un engagement collectif qui a été construit sur les ruines d’une Europe dévastée par les fascismes. Elle a correspondu à une prolongation, à une concrétisation à l’échelle européenne, de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Il est dès lors difficilement compréhensible qu’un parti dont les campagnes et les desseins visent à se détacher de ces principes fondamentaux demeure un parti représenté au sein d’un gouvernement dit de concordance.

Charles Heimberg (Genève)

 

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