Il n'y a pas de "livre définitif" en histoire (à propos d'une formule illusoire)

C'est avec le titre tapageur de "livre définitif sur le refuge juif en Suisse" que "La Tribune de Genève" recense un ouvrage récent de Ruth Fivaz-Silbermann. Cette formule illusoire est sans doute un choix de la rédaction, mais l'historienne l'a peut-être suggéré par ses propos.

Cela fait une drôle d'impression de lire dans la presse qu'un "livre définitif" ait pu être écrit sur une question d'histoire complexe, en l'occurrence ici une question d'histoire qui a fait couler tellement d'encre en Suisse depuis la Seconde Guerre mondiale.

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Issu d'une thèse de doctorat à l'Université de Genève, l'ouvrage de Ruth Fivaz-Silbermann, La fuite en Suisse. Les juifs à la frontière franco-suisse durant les années de la «Solution finale», publié en 2020 par les Éditions Calmann-Lévy, est une étude fouillée qui contribue assurément à notre connaissance des manières dont des juifs en danger de mort sont parvenus à la frontière suisse dans l'espoir de se sauver et dont les autorités suisses les ont traités, soit en les accueillant, soit en les refoulant. Une grande partie de ses nombreuses pages est consacrée aux filières et aux itinéraires de ces réfugié-es de la Belgique et des Pays-Bas jusqu'à la région frontalière avec la Suisse. Et il est dommage que l'historienne n'en parle pas dans l'entretien reproduit ci-dessous. Elle reconnaît par ailleurs qu'aucun des refoulements par les autorités suisses de ces réfugié-es n'était en réalité justifiable.

Cependant, Ruth Fivaz-Silbermann, dans la foulée de Serge Klarsfeld qu'elle cite comme l'un de ses principaux soutiens, intervient régulièrement dans les médias, comme dans ce nouvel exemple, en prétendant savoir mieux que quiconque le nombre exact de ces refoulements de réfugié-es en accusant tous ses prédécesseurs d'avoir raconté grosso modo n'importe quoi. Ce qui pose plusieurs problèmes.

Tout d'abord, qui sont ces prédécesseurs? Les seuls qui sont nommés, y compris dans ce nouvel interview, sont les historien-nes de la Commission Bergier, c'est-à-dire la Commission indépendante d'expert-es Suisse-Seconde Guerre mondiale dirigée par l'historien Jean-François Bergier entre 1996 et 2001, à qui Ruth Fivaz-Silbermann attribue des propos qu'ils et elles n'ont pas forcément tenus. Il faut en effet spécifier de cas en cas de quoi on parle et pour quelle période. Un refoulement enregistré ne correspond pas forcément à une personne en ce sens qu'une même personne peut avoir été refoulée plusieurs fois. Un refoulement n'est pas non plus forcément un refoulement de réfugié juif. En outre, des statistiques d'admissions et de refoulements peuvent concerner soit toute la période du régime nazi (ce qui comprendrait le sinistre épisode de 1938 du tampon "J" apposé sur les passeports des ressortissants juifs du Troisième Reich), soit toute la période de la guerre, soit la période dite de la "Solution finale", à partir de 1942, comme dans le livre de Ruth Fivaz-Silbermann.

Par ailleurs, d'autres questions se posent encore. Par exemple, peut-on vraiment extrapoler à toute la frontière suisse les données de sa partie franco-suisse comme si des cas emblématiques comme celui de la sénatrice italienne Liliana Segre, refoulée du Tessin avec son père juste avant d'être déportée à Auschwitz d'où elle reviendra seule, pouvaient être négligés? Comment prendre en compte, par ailleurs, le fait que beaucoup de documents d'archive relatifs à ces pratiques d'admissions ou de refoulements ont été détruits par des administrations cantonales?

Rien ne justifie évidemment d'exagérer les chiffres de ces refoulements, ce d'autant plus que même s'il n'y en avait eu qu'un seul, ce serait toujours un cas de trop. Mais qu'est-ce qui justifie pour autant cette prétention à une telle précision alors que l'établissement des chiffres a dû être augmenté de 20% par Ruth Fivaz-Silbermann elle-même (et pourquoi pas de 15, 25 ou 30%?) pour tenir compte de la grande incertitude des situations? Quel sens cela a-t-il, dans ces conditions, d'affirmer comme elle le fait qu'il y aurait eu 2'850 juifs refoulés à la frontière (pas un-e de plus, pas un-e de moins, serait-on tenté d'ajouter)?

Les données de la Commision Bergier, dans la conclusion du volume 17 de ses études qui est consacré à la question des réfugié-es, rendent pourtant compte de la complexité du problème et expliquent bien la vanité de ces chiffrages trop précis:

"En été 1942, des raisons à la fois militaires, politiques et économiques ont amené les autorités suisses à la décision de ne plus accueillir de nouveaux réfugiés, à l’exception de quelques rares cas. Les responsables de l’Armée préconisent le refoulement à titre de mesure préventive, afin de dissuader les autres fugitifs de venir en Suisse. Le nombre des refoulements augmente massivement à partir d’août 1942 et demeure très élevé jusqu’en automne 1943. On compte en effet 5'000 refoulements pour cette seule période, alors que 24'000 cas ont été enregistrés pour l’ensemble de la période de guerre. Des expulsions et des refoulements ont aussi été pratiqués avant et après la guerre, qui n’ont pas été enregistrés ou dont on n’a pas gardé de traces. On ignore d’autre part le nombre des personnes qui, après s’être vu refuser un visa par un consulat suisse, ou informées de la politique restrictive de la Suisse, n’ont même pas tenté d’y fuir. Il est donc impossible de chiffrer avec précision le nombre de personnes que la Suisse aurait pu sauver de la déportation et de la mort."

D'une manière plus générale, cette propension de l'historienne à s'attaquer systématiquement à la Commission Bergier finit par être dérangeante, non seulement parce qu'elle ne repose pas sur des arguments solides, mais aussi parce qu'elle s'inscrit dans un contexte très préoccupant de remise en question de tout ce que cette Commission a apporté à notre connaissance du passé et de son importance pour le temps présent.

Il faut se rappeler, en effet, comment, en 2002, la classe politique suisse n'avait même pas voulu débattre des résultats des travaux de la Commission présidée par Jean-François Bergier. Comment elle l'avait forcée à rendre les documents, tous les documents, et même les photocopies, tout ce qui avait été mis exceptionnellement à sa disposition pour répondre à son mandat de recherche. Ce qui ne permet plus aujourd'hui ni à de jeunes historien-nes de les réexaminer, ni aux auteurs et autrices de ces travaux de les défendre face à d'incessantes attaques, malgré tous ce qui a pu être conservé en étant publié dans les rapports annexés. Il faut se rappeler aussi la vigueur des dénégations et des accusations fallacieuses qui ont été exprimées à son égard, et encore aujourd'hui.

Depuis lors, le travail d'histoire et de mémoire relatif à la Suisse et à la Seconde Guerre mondiale n'est plus très vivace, le risque de la régression mémorielle est bien là et les autorités suisses s'en tiennent à une commémoration de la criminalité nazie et de la destruction des juifs d'Europe qui exprime toute la compassion attendue à l'égard des victimes, mais en prenant bien soin de ne rien rappeler des responsabilités des autorités et des élites économiques suisses de l'époque en la matière.

Depuis lors, nous vivons dans ce que l'historien italien Adriano Prosperi appelle Un temps sans histoire, en s'inquiétant à juste titre d'une tendance à l'oubli qui est nourrie par le brouillage des espérances, mais qui nous protège bien mal contre les mythologies renaissantes de l'extrême droite fondées sur la haine de l'autre. Autant dire, alors, que le moment n'est pas venu de négliger la responsabilité sociale de l'histoire en favorisant les oublis, les relativismes et les euphémisations du passé.

Il est dès lors d'autant plus problématique de vouloir minimiser aujourd'hui l'ampleur des responsabilités des autorités et des élites économiques suisses à l'égard du national-socialisme et de ses crimes en mobilisant tous les arguments possibles. Ainsi, dans l'introduction à son ouvrage (p. 14 de la version électronique), Ruth Fivaz-Silbermann évoque un prétendu "manque de réalisme historique" de la Commission Bergier (encore elle!) en soulignant l'extrême difficulté rencontrée par ces réfugié-es pour arriver jusqu'à la frontière suisse. L'argument est bien sûr plausible, mais il est utilisé ici d'une manière spécieuse en déplorant une trop grande centration de la Commission Bergier sur la responsabilité helvétique en relation avec le nombre restreint de celles et ceux qui auraient pu être sauvé-es. C'est là une manière discutable de l'historienne de retourner un autre argument qui lui est opposé, celui qui fait valoir la difficulté d'évaluer l'exacte quantité de sauvetages que la politique des autorités suisses, et de ses consulats, a pu éviter en les dissuadant.

Rappelons ici quelles étaient les conclusions de la Commission Bergier dans son rapport dédié à la question des réfugiés:

"Que se serait-il passé si, en 1938, la Suisse n’avait pas insisté pour que les passeports des Juifs allemands soient marqués d’un «J»? Comment les choses auraient-elles évolué si, en août 1942, la Suisse n’avait pas fermé ses frontières aux réfugiés poursuivis «en raison de leur race»?

L’introduction du «J» en 1938 a entravé l’émigration des Juifs vivant dans le Reich. Sans l’insistance des autorités suisses, les passeports auraient été marqués plus tard ou peut-être jamais. Cela aurait facilité la recherche d’un pays d’accueil. La plupart des réfugiés n’avaient d’ailleurs pas l’intention de s’établir en Suisse. Sans le «J», il aurait été possible à un grand nombre de victimes du national-socialisme d’échapper à leur persécution en transitant par la Suisse, ou par d’autres pays.

En 1942, la situation est tout à fait différente. Il était interdit aux Juifs depuis l’année précédente de quitter les territoires soumis aux nazis. Chaque jour, des milliers de Juifs ont été systématiquement assassinés. Pour les persécutés, la fuite vers la frontière suisse était semée d’énormes dangers. La Suisse était leur dernier espoir. En créant des obstacles supplémentaires à la frontière, les autorités suisses ont contribué – intentionnellement ou non – à ce que le régime national-socialiste atteigne ses objectifs. L’ouverture de la frontière n’aurait pas entraîné une offensive des puissances de l’Axe, ni engendré d’insurmontables difficultés économiques. La Suisse a pourtant refusé d’aider des personnes en danger de mort. Une politique plus sensible aux exigences humanitaires aurait sauvé des milliers de gens du génocide perpétré par les nationaux-socialistes et leurs complices."

Dans une réfutation magistrale des allégations de Ruth Fivaz-Silbermann, Marc Perrenoud, l'ancien conseiller scientifique de la Commission Bergier, montre pourquoi il est vain de prétendre avancer des statistiques trop précises de ces refoulements:

"La Suisse n’est pas la France de Vichy, où les nazis et leurs complices ont dressé des listes pour déporter les victimes juives. Les autorités suisses expulsent pour limiter le nombre de personnes étrangères en Suisse. Le sort ultérieur des personnes refoulées ou expulsées n’est pas une préoccupation constante des autorités suisses qui n’estiment pas nécessaire de dresser des listes nominatives. Il en résulte l’impossibilité effective de distinguer les Juifs et les non-juifs parmi les personnes refoulées. On sait qu’à l’heure actuelle, malgré les moyens techniques modernes, les statistiques sur les personnes qui meurent en Méditerranée lors de tentatives de venir en Europe restent lacunaires. Il serait encore plus problématique de vouloir calculer le nombre de Kurdes parmi les personnes qui se noient en Méditerranée en tentant de fuir vers l’Europe. Il est d’autant plus impossible de calculer le nombre de personnes juives refoulées sur l’ensemble de la frontière suisse de 1939 à 1945."

Il ajoute encore que "d’autres prétendent pouvoir être plus précis que la CIE [la Commission Bergier] accusée d’avoir exagéré. À supposer que le nombre des Juifs refoulés n’atteint que quelques milliers de personnes, ce serait une confirmation de l’analyse de la CIE qui a affirmé que ces victimes auraient pu être acceptées sans risque alimentaire, politique ou militaire pour la Suisse."

Bien sûr, les travaux de la Commission Bergier, comme tous les travaux d'histoire, doivent pouvoir être discutés, réévalués, confrontés à une nouvelle documentation. Ils étaient par ailleurs centrés en premier lieu sur des questions économiques qui étaient au cœur de la crise des fonds en déshérence et du mandat qui lui avait été attribué. Mais la posture consistant aujourd'hui à attaquer sans cesse ces travaux pour prétendre leur opposer une vérité alternative nécessite des arguments imparables Or, nous en sommes loin. Alors que ces attaques sont tout sauf anodines en faisant le jeu de la régression mémorielle et de la dénégation que le conservatisme helvétique appelle de ses vœux.

De ce point de vue, la thèse de Ruth Fivaz-Silbermann consistant à faire passer Heinrich Rothmund pour un humaniste qui n'aurait pas été antisémite est elle aussi consternante. Certes, le responsable de la Division de police de la Confédération n'était pas seul, et ses décisions ont été approuvées par son ministre de tutelle, Eduard von Steiger. Certes, en certaines circonstances, il a peut-être pu faire preuve de compréhension, comme dans le cas du fameux tampon "J" dont il n'avait pas approuvé le principe. Mais il n'en a pas moins été, dans la durée, la cheville ouvrière de la politique fédérale de l'époque en matière de politique d'asile. Et son profond antisémitisme, ciblé en particulier contre les juifs arrivant de l'étranger, s'est exprimé notamment avec verve lors d'une Conférence des chefs de police cantonale de septembre 1942 dont le procès-verbal est disponible ici.

Autre propos problématique, quand Ruth Fivaz-Silbermann évoque Rosette Wolczak, toujours dans l'interview ci-dessous, elle parle sans autre précision des "écarts de conduite" de cette jeune fille juive renvoyée de Suisse, et ainsi envoyée vers la mort à Auschwitz, pour des raisons prétendument morales. En réalité, ce cas dramatique est emblématique des abus de la politique suisse en matière d'asile à cette époque, ce d'autant plus que la "conduite indécente" qui lui a été reprochée avec des soldats qui gardaient le camp où elle se trouvait, et qui n'ont pas été sanctionnés, la désigne d'abord comme une victime de ces soldats, mais aussi d'un État qui n'a pas su la protéger.

"Livre définitif sur le refuge en Suisse": cette formule en titre de cet article de La Tribune de Genève n'est sans doute pas une expression de Ruth Fivaz-Silbermann. Mais ses propos très sûrs d'eux, avec cette posture consistant à se démarquer systématiquement des travaux antérieurs les plus solides, l'ont peut-être suggérée. En histoire, toutefois, si les chemins sont longs et sinueux, il n'y a de définitif que des impasses.

Charles Heimberg (Genève)

Verbatim

Nous reproduisons ci-dessous les propos de l'historienne Ruth Fivaz-Silbermann tels qu'ils ont été retranscrits sur le site de La Tribune de Genève le 27 mars 2021, recueillis par Benjamin Chaix:

"Comment, en tant qu’historienne, vous êtes-vous retrouvée plongée dans ce sujet?

Le début de mes recherches remonte à 1998. Les dossiers des réfugiés juifs en territoire genevois venaient d’être retrouvés et j’ai offert mes services au Fonds national suisse de la recherche scientifique pour les étudier. Ensuite, Serge Klarsfeld, l’auteur du «Mémorial de la déportation des juifs de France», m’a encouragée à étendre mes recherches à la frontière franco-suisse entière. J’en ai fait ma thèse de doctorat, défendue en 2017.

Par quel miracle les dossiers des réfugiés juifs ont-ils refait surface?

C’est Yad Vashem, le mémorial des victimes juives de la Shoah à Jérusalem, suite à l’affaire des fonds en déshérence en 1995, qui a demandé à la Suisse de faire la lumière sur les refoulements des juifs à ses frontières. À Genève, ces archives n’avaient pas rejoint celles des autres cantons concernés et étaient tombées dans l’oubli. Heureusement, car elles sont restées beaucoup plus complètes. À Berne, les dossiers des refoulements n’ont pas tous été conservés. Pour la frontière genevoise, il n’en manque quasi aucun.

Des chiffres définitifs ressortent-ils?

Non, car les chiffres exacts, on ne les connaîtra jamais. Mais mon travail a permis de corriger ceux, trop inexacts, qui étaient cités généralement, comme celui de 30’000 juifs refoulés. Il provient de la mauvaise interprétation d’un nombre de refoulés qui n’étaient de loin pas tous des réfugiés juifs. Le chiffre de 2850 juifs refoulés à la frontière française est plus proche de la vérité. Au-delà des chiffres, j’ai fait des découvertes intéressantes, comme ces convois d’enfants de 2 à 16 ans qui se présentaient sans adulte aux frontières, en fait pilotés par la résistance juive. Environ 1500 enfants, ce n’est pas rien. Grâce aux «conditions de tolérance» mises en place par la Suisse, ils ont tous été accueillis.

Dans un cas précis, une réfugiée mineure a été renvoyée en France. Parlez-nous de Rosette Wolczak.

C’est un cas très particulier, survenu en octobre 1943 à Genève, alors qu’une nouvelle vague de réfugiés mettait les autorités militaires en fureur. Cette jeune fille, hébergée avec d’autres jeunes dans l’école des Cropettes, est victime de la morale de l’époque. Des écarts de conduite la signalent comme indésirable. Elle est chassée de Suisse pour des raisons disciplinaires. Cela revient à l’envoyer à la mort.

Votre travail fait ressortir le double discours de Berne sur la politique d’asile avec la célèbre phrase «la barque est pleine». Pouvez-vous résumer votre conviction à ce sujet?

Il y a le discours politique d’un côté et la réalité des faits de l’autre. Je reproche au rapport de la Commission Bergier sur la politique d’asile en Suisse d’avoir pris en compte le seul discours officiel. Certes, il y a eu trop de refoulements et mon livre montre qu’aucun n’était justifiable. Il faut comprendre que le souci du Conseil fédéral était aussi de ne pas déplaire à une partie de l’opinion publique favorable à l’asile. L’un des artisans d’une ouverture en sous-main est Heinrich Rothmund, le chef de la police fédérale, que le rapport Bergier présente comme un méchant. Mes recherches m’autorisent à affirmer qu’il était plus intelligent que ses collègues et doté d’une conscience qui l’a incité à laisser la porte légèrement entrouverte. Il n’a jamais fait refouler quelqu’un dont le dossier aboutissait sur son bureau. Le pouvoir civil était beaucoup plus favorable aux réfugiés que les gardes-frontière et les militaires. Le commandant du 5e arrondissement des douanes Frédéric Rapp, dont le pouvoir s’étendait sur les cantons de Vaud, Neuchâtel et même du Valais, était antisémite, comme l’officier de police Daniel Odier, auquel les cas genevois étaient soumis. Rothmund, à Berne, ne l’était pas.

Le discours officiel était-il inspiré par la peur du Reich voisin?

La peur des représailles et d’un envahissement de la Suisse était impérieuse. On n’a pas assez dit après la guerre que les Suisses avaient une trouille folle. Cependant, on aurait pu laisser passer bien plus de gens sans que cela ne mette le pays en danger, car les Allemands n’étaient pas informés de chaque entrée de réfugié."

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