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Billet de blog 3 mai 2017

Le Pen et Macron : entre le meurtre et l'esclavage

Je voterai Macron, évidemment. Certes, Macron fait partie de la bande néolibérale qui a réduit la Grèce à la misère, l’Espagne et le Portugal à la pauvreté. Alors, on dit : entre Le Pen et Macron, il n'y a pas à choisir, "le vrai combat est ailleurs ». Vraiment ? Il y a-t-il d’autres priorités que de dire non au fascisme ? Mais, en fait, c'est quoi le fascisme ?

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Je voterai Macron, évidemment. Or, cette évidence n’est plus partagée. Et c’est cela qui est effroyable. On dit que "le vrai combat est ailleurs ». Vraiment ? Il y a-t-il d’autres priorités que de dire non au fascisme ?

Certes, Macron fait partie de la bande néolibérale qui a réduit la Grèce à la misère, l’Espagne et le Portugal à la pauvreté. Il veut mon esclavage consentant. Et, si je lui dis non, il utilisera la même violence policière que Valls-Hollande.  Mais, malgré lui et avec lui, il restera encore une marge, aussi petite soit-elle, pour la révolte, pour l’invention, pour la transformation d’une démocratie molle en autre chose ; encore un répit, peut-être un temps pour la chance d’un réveil citoyen.

Je pense que, en France, ceux de ma génération qui ne voient pas de différence entre Le Pen et Macron, ont certainement une connaissance par les livres, ou par les effets sur leurs parents, du fascisme italien, de l’occupation allemande, du nazisme. Mais combien, parmi eux, ont traversé une expérience concrète du totalitarisme ?

Voici ce que nous avons connu en Amérique Latine dans les années 60-70, à partir du jour même où les fascistes ont pris le pouvoir :

On a peur tout le temps. Les amis, les artistes, les journalistes, ceux qui aiment les mots, ceux qui aiment la vie, sont tabassés, torturés, assassinés. Ceux qui ne sont pas arrêtés par la police politique se sentent coupables, ont honte de vivre. Il n’y a pas de place pour l’angoisse ; si elle pointe, « on a terreur ». Toute opposition est réprimée, toute résistance étouffée, le meurtre devient la méthode de gouvernement. Les étrangers arabes noirs juifs, humiliés, battus, liquidés, disparus, expulsés. L’insouciance de la jeunesse est un danger pour les brutes en place, et donc il est interdit d’être jeune. Les postes de commandement du pouvoir, et les instances intermédiaires, sont occupés par des gangsters. Toute initiative contraire à l’idéologie dominante est noyée par la corruption, la menace, l’anéantissement. La cruauté nous est promise, et nous sommes tous candidats, puisque nous sommes tous suspects de désir. On fait de nous des héros et des lâches, ces deux faces du désespoir et de la tristesse. Le fascisme a une odeur précise : ça sent la sueur, le sang, la pisse, la merde, le sperme, le cadavre. Le fascisme a un son : on entend des cris, des sanglots, des gémissements, le bruit de portes défoncées, de meubles renversés, de vitres cassées, de tirs de révolver et de mitraillettes, le son de ma respiration, le terrible son du silence. On craindra pour nos enfants et nos amours, et on choisira le cauchemar de l’exil, et on se sentira des traîtres. On a peur tout le temps.

Mais où l’exil dans un monde sur lequel s’étendent presque partout les gros nuages de la haine ?

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