Une Ville-État pour les Afghanes et Afghans

Les Afghanes et les Afghans qui pendant vingt ans ont vécu et parfois grandi avec la promesse de ne plus connaître la terreur sont en droit d’avoir aujourd’hui une Ville-État où ils pourraient vivre. Ceci est le devoir des USA et ses alliés. Une Ville-État patrimoine de l’Humanité.

Dans sa déclaration après la chute de Kaboul aux mains des talibans, Joe Biden a révélé ce qu’il est profondément : un homme sans envergure, un petit apparatchik du parti démocrate, un bureaucrate menteur.

C’est un mensonge de soutenir que les USA n’ont jamais promis au peuple afghan une société plus juste et égalitaire.

C’est un mensonge d’affirmer que l’armée afghane en était une. Les services d’intelligence américains et occidentaux n’ont pu ignorer la corruption absolue du gouvernement transitoire et des dirigeants de l’armée afghane dans la gestion des milliards de dollars transférés par l’administration américaine. La soi-disant construction d’une armée a été la vitrine d’une opération qui permettait de cacher et maintenir l’ignorance, reconnue par certains hauts responsables américains honnêtes, de leur profonde méconnaissance des coutumes et de la culture du pays. De cacher et maintenir l’absence d’une stratégie digne de ce nom et conséquente avec le projet de société annoncé. Ce qui aurait impliqué une analyse approfondie sur des modalités d’actions capables d’engendrer un véritable ancrage des transformations institutionnelles envisagées, par exemple dans le milieu rural. Et, surtout, d’avoir une idée claire et responsable de quoi faire, en cas d’échec, de tous les espoirs mobilisés, de toutes les initiatives prises et développées par des agentes et agents culturels afghans, de tous les changements engagés, de tous les mouvements sociaux et politiques générés, établis et garantis par la présence de l’administration américaine.

L’irresponsabilité, le cynisme et le déni actuels sont la conséquence de tous ses mensonges, toutes ces incompétences, ignorances et paresses – antinomiques avec la promesse proclamée.

L’abandon d’une jeunesse afghane et du peuple afghan aux mains des talibans aura comme conséquence, les preuves par les faits sont déjà là, un meurtre de masse qui transformera l’Afghanistan dans un grand charnier. Comment le droit international nomme cela ? Un crime de guerre ? Un génocide ?

Les USA ont le devoir d’éviter cette horreur. Les USA doivent choisir un territoire où ils bâtiront une Ville-État capable d’accueillir toutes les Afghanes et tous les Afghans qui le désirent. Cette Ville-État aura le statut de patrimoine de l’Humanité et sa construction et conception sera l’affaire des afghanes et des afghans, soutenus économiquement et techniquement par la communauté internationale et l’appui des femmes et des hommes progressistes de la société américaine, secondés par des grandes organisations humanitaires qui ont l’expérience du traitement du déplacement des populations.

Les USA et ses alliés exigeront des talibans que toutes les afghanes et afghans qui se sont associés, d’une quelconque manière, aux promesses de l’administration américaine pendant son séjour en Afghanistan, désireuses et désireux de partir pourront le faire. Il y aura à estimer le temps nécessaire pour une telle exfiltration. Exfiltration qui sera garantie par des contraintes financières et militaires.

Le prix de la fondation de cette Ville-État patrimoine de l’Humanité ne sera pas plus important que celui du maintien d’une armée fantôme, auquel il faut ajouter le prix de l’expatriation d’une armée et d’une administration américaines.

Du point de vue juridique le statut de cette Ville-État patrimoine de l’Humanité ne doit pas poser un problème majeur. Si Washington a pu trouver les arguties juridiques pour justifier un lieu comme Guantanamo où l’on tuait et torturait « légalement », formuler juridiquement l’autonomie d’un lieu de vie et de paix ne doit pas être une tâche insurmontable.

On aura compris que je n’ai aucune compétence ou autorité pour penser la construction des institutions de cette Ville-État patrimoine de l’Humanité. Ce qui m’anime ce n’est pas un corps de savoirs sur sa réalisation. Ce qui m’anime est mon indignation, ma colère, l’urgence d’une nécessité. Et la conviction que c’est une proposition qui dépend seulement d’une volonté politique. C’est donc une proposition réaliste. 

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