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Billet de blog 25 févr. 2018

Phantom thread: vive la médiocrité, vive la bêtise, vive la haine

C’est l’histoire d’un Super Créateur. Le spectateur, c’est-à-dire vous et moi, nous sommes censés ne pas savoir ce qu’est la création, idiots que nous devons être. Mais on nous promet notre revanche.

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Un jour le Super Créateur, qui part à la campagne se reposer, tombe sur serveuse qui a une Super Mémoire. Alors, il l’emmène à dîner et elle lui dit comme ça, du tac au tac, qu’il se croit fort mais qu’au fond il ne l’est pas. Cette affirmation ne fait ni chaud ni froid au Super Créateur. Mais nous, les spectateurs, nous sommes supposés être ébahis par la sagesse de la serveuse, super connaisseuse de l’âme humaine, la preuve elle s’appelle Alma, qui sait qu’il faut casser des œufs pour faire une omelette, que plus haut on monte plus bas on tombe, qu’il n’y a rien de tel qu’un jour après l’autre, etc.

Le Super Créateur est plus intéressé au corps de la jeune femme, qui a les dimensions idéales, qu’à sa sagesse ancestrale. Il lui promet même de lui donner des seins – entendons de lui faire une robe qui fasse croire qu’elle les a.

La jeune femme à la Super Mémoire va vivre avec lui et on va voir passer des robes de représentation, mais tout le monde dit qu’elles sont top, et nous les spectateurs, nos critères de jugement sont de toute évidence inadéquats. Et on va voir défiler madame l’Altesse, on est en Angleterre, ou la baronnesse monstrueuse qui s’est fait un peu d’argent en régularisant les papiers des juifs pendant la deuxième guerre mondiale. Du beau monde, quoi.

Puis on apprend qu’un Super Créateur est quelqu’un qui au moment de son petit déjeuner ne supporte pas d’entendre le couteau sur le toast, ou le bruit du thé versé dans la tasse. Très sensibles, les Créateurs.

La jeune femme Super Mémoire, ne se laisse pas impressionner par ces sautes d’humeur parano, et lui redit ses quatre vérité qui, en fait, sont toujours le mêmes, qu’il se croit fort mais etc. Comme vous remarquez, elle a de suite dans ses idées, la jeune femme. Et pour le prouver, elle lui prépare une sauce de champignons vénéneux, qui lui fait vomir tripes et boyaux – et tac pour le Super Créateur qui, nanani nananère, est par terre. Comme elle connaissait l’antidote, c’est elle qui le soigne – donc en plus de sa Super Mémoire, elle est un peu une mini sorcière – et lui, au fond un grand sentimental, ému part tant de sollicitude, la demande en mariage.

On apprendra entre temps, le grand secret du Super Créateur. Il adore sa maman morte, il porte d’ailleurs sa photo dans la doublure de sa veste, et de temps en temps, question de s’en souvenir, il l’hallucine habillée dans la robe de marié qu’il a cousue lui même pendant son adolescence.

Le mariage ne se passe pas comme le souhaite la maintenant Madame Super Créateur. Ni une ni deux, elle retourne à ses fourneaux. (Je fais vite pour ne pas vous ennuyer comme moi je l’étais). Cette fois, elle lui prépare carrément une omelette de poison, qu’il mange de façon gloutonne, en sachant ce qu’il fait. La scène d’après, ils sont dans la salle de bains, lui avec une bassine sur les genoux, heureusement que le cinéma ne donne pas les odeurs. Aucun doute, l’amour empoisonne la vie.

Après ils font un enfant qui, conçu dans la haine, aura certainement un super avenir horrible. Bref, tout rentre dans l’ordre. Les valeurs petites-bourgeoises sont, heureusement, toujours les plus fortes et la pensée (celle des spectateurs) et la sensibilités (des mêmes) peuvent allègrement aller se faire foutre.

Reste à comprendre comment une telle collection de stupidité, de haine, de médiocrité et d'impensé, est célébré comme le nec plus ultra que peut être produit par un cinéaste de nos jours. Comprendre pourquoi tous les agents culturels exaltent un film qui ne porte aucune métaphore, qui n’ouvre aucun horizon, complètement enfermé dans un monde poussiéreux hors temps, qui insulte la mémoire de toute une série de grands couturiers qui ont changé leur temps, qui ont accouché d’une époque.

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