Idée claire et distincte en sortant d'un rêve : Christiane Taubira, Présidente !

Je me suis réveillé un jour avec cette évidence. Analyse.

L’aube apportait en forme de conviction une ferme promesse venant des songes : Christiane Taubira, que je ne connais pas personnellement, pourrait fédérer autour d’elle tous les courants de gauche. Que dans le paysage follement droitier d’aujourd’hui, sa candidature, celle d’un être d’envergure d’un personnage d’état, sans peur et sans reproche, poète, passionnée et réaliste, serait celle de l’espoir. En plus, femme et noire - ce qui recoupe deux enjeux politiques actuellement fondamentaux : l’importance du féminisme et l’antiracisme.

Concernant les courants de gauche : Christiane Taubira n’appartient à aucun parti, donc nul ne pourra craindre de voir ses priorités reléguées pour des raisons de politique politicarde. Les questions sanitaires et les migrants, la catastrophe sociale et les violences policières, l’urgence de l’enjeu climatique et les exigences de l’écosystème pour un changement des paradigmes économiques capables d’interpréter et d’organiser autrement la société, capables de penser autrement le monde. J’imagine qu’afin de répondre à tous ces défis, elle saura reconnaître les signaux puissants des dernières élections municipales et s’appuiera sur le talent des nouveaux acteurs venus, avec qui elle partagera la responsabilité de l’exécution du travail à accomplir. J’imagine qu’elle saura aussi trouver moyen d’honorer l’intelligence et le courage politique de quelqu’un dont le sentiment d’injustice et l’impatience ont temporairement compromis l’accueil et l’écoute des différences. Oui, pour reconstruire une démocratie française en lambeaux on aura besoin d’intelligences portées par des tempéraments, par la passion de ses convictions.

En ce qui concerne la droite : Macron est persuadé que personne ne peut le doubler par la gauche ; il craint un outsider venant de la droite et c’est pourquoi il passe des coups de fils aux ordures qui font de l’audimat autour des questions identitaires. Alors, imaginez l’effet de l’arrivée sur scène de cette femme politique, femme puissante et belle et vigoureuse.

Imaginez, svp, un débat avant le deuxième tour entre Emanuel Macron et Christiane Taubira. Après le cynisme de Sarkozy, la trahison de Hollande, voici cet amateur narcissique et menteur qui croit que penser c’est savoir, qui est persuadé avoir baisé tout le monde et le peuple français en particulier - l’exercice politique conçu comme une gigantesque partouze -, voilà donc cette imposture confrontée à une femme dont la vie s’est organisée autour du rapport à la vérité, où la recherche du mot juste doit allier la clarté de l’expression avec la sensibilité, manière de transmettre à l’autre, aux autres, un échantillon du sentiment du monde. Une revanche, notre revanche ? Certainement, mais pas n’importe laquelle, pas n’importe comment. Du genre de celle qu’imagine Robert Antelme dans l’Espèce humaine à l’égard de ses geôliers du camp de concentration :

On croit que ce que l’on voudrait c’est de pouvoir tuer le SS. Mais si l’on y pense un peu, on voit qu’on se trompe. Ce n’est pas si simple. Ce qu’on voudrait, c’est commencer par lui mettre la tête en bas et les pieds en l’air. Et se marrer, se marrer. Ceux qui sont des hommes, nous qui sommes des êtres humains, nous voudrions aussi jouer un peu. On se lasserait vite, mais ce qu’on voudrait, c’est cela, la tête en bas et les pieds en l’air. Ce que l’on a envie de faire aux dieux.

Pour conclure, permettez-moi de partager avec vous mes raisons les plus intimes pour considérer la candidature et la victoire de Christiane Taubira comme une nécessité évidente – même si, je sais, ça exige une énergie herculéenne pour faire admettre l’évidence la plus simple : c’est que Taubira n’a pas peur de la tristesse. Elle a l’expérience de la tristesse de la perte, et l’expérience de la tristesse après la douleur, et la connaissance de l’expérience d’un peuple traversé (aussi) par la tristesse.

Le courage de ne pas dénier l’expérience de la tristesse dans sa présence au réel, à l’ouvert du réel, me semble une qualité exigée pour penser un monde où la haine, cousine de la lâcheté, essaye d’occuper toutes les places ; ce courage, où s’enracine la possibilité de la colère, est aussi la condition minimale pour ne pas céder sur la poursuite de la joie qui recèlent toutes les rencontres, toutes les solidarités, tous les enthousiasmes – métonymies de l’amour d’une vie vivante.

Au travail !

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