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Billet de blog 2 oct. 2011

Yeshayahou Leibowitz, le grand indigné israélien

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« On ne possède éternellement que ce qu’on a perdu.», Ibsen

Dans cette destinée douloureuse et tragique, il demeure encore une chance pour un Etat palestinien. Un espoir pour mettre un terme à l’aliénation d’un peuple. Une perspective de partage et de paix. Vingt ans de négociations inutiles rendent légitime la demande d’adhésion de la Palestine aux Nations unies, et aux grandes instances du droit international. L’initiative de Mahmoud Abbas rencontre l’opposition acharnée d’Israël et des Etats-Unis.

Grand philosophe du judaïsme, scientifique, érudit et croyant juif à la foi ardente, Yeshayahou Leibowitz (1903- 1994) a plaidé, haut et fort, en faveur d’un Etat palestinien. Surnommé « le prophète de la colère », il possédait une foi rigoureuse, éclairée, qui l’arma contre l’arbitraire et le munit d’une pensée éthique. Leibowitz avait la parole radicale, véhémente jusqu’à la provocation, la violence. Mais toujours au plus près de la justice, de la liberté humaine. Adepte de Maïmonide et défenseur de la séparation de la religion et de l'Etat, ce penseur protéiforme savait secouer les consciences passives et initier les contestations politiques. Il était la voix impartiale et virulente, fustigeant tout nationalisme exacerbé. Aujourd’hui, il est bon de lire et de relire Yeshayahou Leibowitz.

« Nous ne naissons ni dans le judaïsme ni dans le christianisme, ni dans l’islam, nous naissons dans l’humanité ! » « (…) On peut discuter de tout, sauf du principe que nous reconnaissons au peuple palestinien le droit de son indépendance politique. Ce qui implique, évidemment, que lui aussi nous reconnaisse. Telle est la signification de la proposition de partage de cette terre entre les deux peuples : L’Etat d’Israël aux côtés de l’Etat de la Palestine. (…) Proposer, comme pour le Sinaï, une négociation dont l’objet serait : Israël veut la paix sur la base d’un partage entre les deux peuples. Mais l’Etat d’Israël, aujourd’hui, est par essence l’appareil oppressif du pouvoir juif sur un autre peuple. On ne mobilise pas un jeune de dix-huit ans dans l’armée israélienne pour défendre le pays, mais pour imposer la terreur aux populations des villes et villages arabes. Les meilleurs d’entre eux le ressentent d’ailleurs ainsi. Je suis submergé de visites de soldats et de jeunes officiers qui me disent ne plus pouvoir supporter cette situation. » « Shoah (film de Claude Lanzmann) est un document extraordinaire d’un point de vue humain, mais à nous, en tant que juifs, il ne nous dit rien. Le film rapporte ce qu’on nous a fait. Nous, nous n’avons rien fait. La grande erreur d’aujourd’hui consiste à faire de la Shoah la question centrale à propos de tout ce qui concerne le peuple juif. (…) Pour ces juifs, la Shoah est devenue le substitut du judaïsme. (…) Pour moi, le moment le plus important du film est celui où ce professeur polonais raconte comment il ne parvint à susciter aucune réaction dans le monde occidental après lui avoir fourni une information complète, en tant que témoin oculaire, sur ce qui se passait dans les ghettos de l’Europe de l’Est. » « On ne peut pas faire de procès à l’humanité entière, ni même à un peuple. C’est à de telles affaires que s’applique le principe « acquitté par la loi humaine, et coupable devant la loi céleste ». La loi céleste ne connaît pas de limites pour une telle culpabilité, mais la loi humaine ne peut pas s’appliquer. » « Voyez les gens assis dans les cafés, comme ils sont heureux. Mais que se passera-t-il le jour où le ministre du Trésor américain retardera les subventions à Israël ? »: Extraits de Yeshayahou Leibowitz, entretiens avec Michaël Shashar, Israël et judaïsme, Ma part de vérité, Desclée de Brouwer, 1993. Traduction de l’hébreu et préface de Gérard Haddad.

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