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Billet de blog 9 août 2021

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La troisième dose de vaccin anti-Covid-19 est une affaire de morale

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) demande aux pays riches de suspendre jusqu’à fin septembre, l'injection d'une troisième dose de vaccin anti-Covid-19 afin de permettre aux pays pauvres d’accéder à leurs premiers vaccins.

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« Nous ne pouvons pas – et nous ne devrions pas – accepter que les pays qui ont déjà utilisé la plus grande partie des stocks de vaccins puisent encore dans les réserves, alors que les populations les plus vulnérables ne sont toujours pas protégées dans le reste du monde. Si la solidarité ne fonctionne pas, il y a un mot pour expliquer la prolongation de l’agonie de ce monde, cette prise d’otage par le virus, c’est la cupidité. », a dit le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Un poème qui contient seulement 2 mots, par Mohamed Ali, le boxeur poète : ME. WE. (1975)

« On ne peut mener une vie bonne dans une vie mauvaise. » : Judith Butler a cité cette phrase d’Adorno lors de la réception du prix Adorno: « La question qui nous est posée reste entière : comment peut-on mener une vie bonne dans une vie mauvaise? Adorno a souligné la difficulté qu’il y a à trouver une voie pour suivre une vie bonne pour soi et en tant que soi, dans le contexte d’un monde plus vaste et structuré tout entier par l'inégalité, l'exploitation et les diverses formes d'effacement. »
Les pays riches et développés qui représentent moins de la moitié de la population mondiale, ont reçu 80 % des vaccins. Dans les pays à haut revenu : 86 doses pour 100 habitants. Dans les 29 pays les plus pauvres : une (1) dose pour 100 habitants. 75% des vaccins ont été administrés dans uniquement 10 pays. 
« Toutes les régions sont à risque, mais aucune plus que l'Afrique », a dit le patron de l’OMS. Seulement 1,7 % de la population africaine, soit 24 millions sont entièrement vacciné.es. Pour vacciner 30% de la population adulte d’ici la fin de 2021, le continent a besoin de 820 millions de doses de vaccin. Selon le bilan hebdomadaire de l’OMS, entre le 26 juillet et le 1er août 2021, en Afrique, le nombre de décès a augmenté de plus de 43% : plus de 6400 personnes sont mortes; la plupart habitaient en Tunisie et en Afrique du Sud : les deux pays ont enregistré 55% des décès dus au coronavirus. Depuis le début de la pandémie (actuellement en plein rebond), plus de 172 000 personnes sont mortes et plus de six millions de cas de Covid-19 ont été officiellement recensés en Afrique. Ces statistiques sont sous-estimées à cause de l’insuffisance des dépistages. L’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), estime qu’il y a entre 720 millions et 811 millions de personnes sous-alimentées dans le monde en 2020. 282 millions vivent en Afrique qui a connu la plus forte hausse de la faim pendant la pandémie.
« Il n'est pas exagéré de dire que le cours de la pandémie dépend du leadership des pays du G20. Le nationalisme vaccinal, où une poignée de nations se sont taillé la part du lion, est moralement indéfendable », a dit Tedros Adhanom Ghebreyesus qui espère pouvoir vacciner 10 % de la population dans tous les pays du monde d’ici septembre 2021.
Les États-Unis ont rejeté l’appel de l’OMS, estimant qu’ils n’ont pas à choisir entre l’administration d’une troisième dose et l’aide aux pays pauvres. Des pays riches dont la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni ont annoncé qu’ils allaient proposer une troisième dose à l’automne. D’autres pays au taux de vaccination très élevé, comme Israël, ont déjà commencé à injecter des doses de rappel (booster dose).
La cheffe scientifique de l’OMS, Soumya Swaminathan affirme « qu’il n’y a pas de preuve scientifique qui suggère qu’on a besoin d’injection de rappel au-delà des doses initiales préconisées. (…) Il faut se baser sur la science et les données, et non sur des entreprises déclarant que leurs vaccins doivent être administrés en dose de rappel. » L’alliance Pfizer-BioNTech a déclaré qu’une troisième dose renforcerait fortement l’immunité des personnes déjà vaccinées. Plusieurs experts confirment toutefois qu’il n’existe aucune preuve qui nécessiterait une troisième dose de vaccin anti-Covid-19. Caroline Quach, infectiologue canadienne et consultante auprès du gouvernement fédéral, avertit : « Si on donne des troisièmes doses dans les pays riches, c’est clair qu’on ne sera pas capables d’immuniser la planète, et que le seul moyen de venir à bout des variants préoccupants, c’est d’être capables de mettre cette immunité-là au niveau planétaire. Pour qu’il n’y ait pas de sous-groupes où il y a de la transmission soutenue et qui pourrait ensuite nous arriver avec un variant encore plus difficile à gérer. »
Pandémie : pandemos veut dire tout le peuple, tout le monde. La crise sanitaire a montré que nous sommes interconnecté.es, que nous nous contaminons les un.es les autres, que nous ne sommes pas égaux.ales mais si nous ne guérissons pas ensemble, le virus ne s’arrêtera pas, nulle part. Les pays privilégiés qui construisent un rempart pour se sauver sans les autres, savent que leur forteresse est barbare parce qu’elle est soutenue par une pesante et tragique pierre. Les situations de pouvoir produisent sans cesse des problèmes éthiques; la politique doit être toujours accompagnée d’une réflexion morale.  
« La plus individuelle des questions morales– comment est-ce que je mène cette vie qui est mienne ? – a partie liée avec des enjeux biopolitiques distribués à travers des questions telles que : quelles sont les vies qui comptent ? Quelles sont celles qui ne comptent pas comme vies, qu’on ne peut pas reconnaître comme des vies vivables ou qui ne comptent que de manière ambiguë comme des vies ? De telles questions supposent qu’on ne peut pas prendre pour acquis que tous les êtres humains vivants puissent être décrits comme méritant le statut de sujets dignes de droits, de protection, de liberté et jouissant des possibilités d’une appartenance politique; au contraire, un tel statut doit être assuré par des moyens politiques- et quand il se voit nié, une telle privation devient manifeste. (…), il faut nous demander : quelles sont les vies qui méritent qu’on en porte le deuil et celles qui ne le méritent pas ?  La gestion biopolitique des vies qui ne sont pas dignes de deuil me semble cruciale pour affronter des questions telles que : comment est-ce que je mène ma vie ? Et comment est-ce que je vis cette vie à l’intérieur de la vie, c’est-à-dire, dans les conditions qui structurent désormais nos vie ? », se demande Judith Butler dans Can One Lead a Good Life in a Bad Life ?

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 Judith Butler, Qu’est-ce qu’une vie bonne ?, traduit par Martin Rueff, Manuels Payot, 2014.
 
 

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