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Le Club de Mediapart mar. 30 août 2016 30/8/2016 Dernière édition

La mort condamnable de Jenny Jones

Une grande amie américaine, Jenny Jones est décédée. Jenny ne serait pas morte si elle avait une assurance-maladie.

Jenny Jones (1960-2012) Jenny Jones (1960-2012)

 

 

 

 

 

 

 

 

Une grande amie américaine, Jenny Jones est décédée. Jenny ne serait pas morte si elle avait une assurance-maladie.

Je suis bouleversée par cette perte inattendue, injuste, inhumaine, condamnable, criminelle et sans nom. Je pleure sans savoir m'arrêter. Je pleure un pays cruel qui a érigé la mort du pauvre, l'écrasement du plus démuni en un haut modèle ultra-libéral, en une première puissance du monde. L'Amérique, un pays devenu encore plus cruel ces dernières années, parce qu'il a bercé de rêves les citoyens de gauche. Et il les a fracassés aussitôt.

Jenny était cadre à l'aéroport de Los Angeles et menait une vie confortable jusqu'à ce qu'elle perde son travail en 2009. A commencé alors une course effrénée et vaine, pour trouver un emploi.

Il y a quelques mois, elle m'a parlé d'une douleur dans les poumons qu'elle soignait avec des herbes chinoises et des remèdes homéopathiques parce qu'elle n'avait pas les moyens d'aller chez le médecin.

" (...) well I waited, I believe too long.The fatigue can be overwhelming and I don't sleep well soooo...I have been taking Chinese herbs and Homeopathic Medicine to keep myself going until I can get our wonderful health system to diagnose and treat my problem."

Au fur et à mesure que la douleur augmentait et pensant que c'était une grave pneumonie, elle multipliait les démarches pour avoir accès à une assurance-maladie auprès du Los Angeles County. Elle m' a écrit le 15 octobre:

" I have applied for medical insurance through Los Angeles County...which is a joke. I have been waiting for a diagnosis since the beginning of Aug. actually mid July, but I had to have extra lung x-ray from them...before they would consider letting me become part of the county program. The original diagnosis was "Pneumonia but since it didn't clear up.... So now after 3 lung x-rays and a CT scan they are sending me to have a consultation (Oct. 25th the scan was mid Sept.) to talk to someone about the Lung Biopsy they plan to do...I asked to be put on the list so if anyone cancels early, I can see someone sooner; I was told..."This is county, people don't call in to cancel they just don't show up," so I will wait until the 25th. Yesterday I received a paper from the county telling me to come to the Long Beach Health Facility to discuss the referral for the 25th....They say to show up early to register for the day (early means to be in line at 4 a.m. to be first in line when they open at 8 a.m.)"

Optimiste et ne sachant toujours pas qu'elle avait un cancer, elle m'a écrit une lettre enthousiaste le 26 octobre: " Had my consultation today, will have a lung biopsy next friday....Making progress!"

Deux jours après, le dimanche 28 octobre, Jenny a été hospitalisée d'urgence pour insuffisance respiratoire et est entrée dans un semi-coma. Le 1er novembre, ses amis ont lancé une collecte de fonds, Help Support Jenny Jones, pour l'aider à payer ses factures médicales et autres. Jusqu'au dernier jour, nous ne savions rien de la nature de sa maladie.

Jenny est décédée le 10 novembre 2012, elle ignorait qu'elle avait un cancer des poumons qui s'est propagé dans tout son corps.

Militante et fervente partisane du Parti Démocrate, en 2008, le jour de l'élection d'Obama, elle m'a chanté au téléphone, Strange Fruit de Billie Holiday. Née d'un père noir et d'une mère blanche, elle pleurait: " A black president! I never thought this day would come!"

Jenny était portée par tous les espoirs pour son pays: l'égalité des chances, la réforme du système de protection sociale et de santé, la paix au Moyen-Orient, la situation des immigrants illégaux, la justice sociale.

Le 6 novembre 2012, le jour de la réélection d'Obama, Jenny agonisait à l'hôpital, sans assurance-maladie.

Quelques jours avant, déchantée, elle m'écrivait: " It is tragic to know that millions of Americans are going without health insurance and the insurance that is available is hardly worth having....the stress of getting it and maintaining it is overwhelming; the staff overworked, underpaid and fed up. It's a 50/50 chance that you may have someone who will treat you as if you matter at all. I mean they have to deal with people who piss on themselves and are totally out of control....to a person like me, so they just become numb to dealing with sick people."

Jenny aimait Rilke, Camus, Gibran, Rachelle Ferrell, sa Californie natale, Bergman, Godard, la pluie, l'Italie, les "croissants made in Europe". Elle avait un talent fou; elle composait, écrivait, jouait de la guitare, imitait tous les accents, peignait, sculptait... Elle n'était pas prête à mourir.

Elle était née le 2 février 1960. JENNY JONES N'AURAIT PAS DÛ MOURIR.

 

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Merci pour ce beau témoignage. Jusqu'à quand devrons-nous être écoeurés par des histoires comme celle-ci?

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