"Le ministère de la Justice a mis en oeuvre la peine de mort prononcée contre le criminel Abed Hmoud (...) pour génocide" , a annoncé le porte-parole du ministère de la Justice irakien. Abed Hmoud, ex- secrétaire particulier de Saddam Hussein, Tarek Aziz, ex-ministre des Affaires étrangères et Saadoun Shaker, ex-ministre de l'Intérieur - tous les deux actuellement en prison- ont été condamnés à mort, le 26 octobre 2010, pour leurs implications dans les massacres des kurdes (1987-1988) et des chiites (1991). Peine de mort, vengeance, haine de l'autre: l'Irak continue de baigner dans le sang. " La pendaison chiite de Tarek Aziz", un article que j'ai écrit en octobre 2010.
La pendaison chiite de Tarek Aziz
Tarek Aziz est devenu une petite nouvelle presque anodine. L’ex- ministre des affaires étrangères et ex-vice-Premier ministre de Saddam Hussein était, en 2003, une actualité planétaire redondante ad nauseam.
L’espérance de vie de notre mémoire est dangereusement courte.
La Haute Cour pénale irakienne a condamné le 26 octobre, Tarek Aziz à la mort par pendaison. Il a été reconnu coupable de crimes contre l’humanité et de répression des partis religieux chiites dont celui de l'actuel Premier ministre.
Tarek Aziz a trente jours pour faire appel de la sentence.
Les criminels tuent mais un État démocratique ne tue pas. Il rend justice et sanctionne. L’œil pour œil est la loi des terroristes, la pratique des barbares.
Le Vatican demande que Tarek Aziz, un chrétien, soit gracié. Peu importe que cet homme appartienne à la lignée du Saint Siège ou de Zoroastre. Tuer un être humain: c’est tuer l’humanité toute entière, selon toutes les religions.
Tarek Aziz représentait un régime monstrueusement sanguinaire. Une dictature qui a gouverné par l’épée et la terreur. Elle a enraciné la loi du Talion, de la vendetta.
L’héritage de Saddam Hussein est encore vibrant vivant. Le nouveau gouvernement irakien le perpétue, l’applique sang pour sang.
La roue de la violence entre chiites et sunnites , continue de tourner. Infaillible et intacte.
L’Irak demeure un enfer autorisé, légitimé par la plus grande démocratie du monde. Les Irakiens étaient envahis, bombardés, humiliés, colonisés pour voir naître encore une justice tribale assassine et un gouvernement fantoche, partisan et bourreau. Mettre la corde au coup de Tarek Aziz, 74 ans, et voir sa tête tomber, réveiller l’appel du sang chez un peuple assoiffé d’égalité et de pain, est un triste, horrible spectacle pour un État qui se prétend de droit, une démocratie qui se croit en devenir. Tarek Aziz rejoindra Saddam Hussein et le peloton des héros tant convoités par les fanatiques.
Dès son arrivée au pouvoir, Nelson Mandela a œuvré pour la paix nationale entre blancs et noirs. Il a crée la Commission de la vérité et de la réconciliation où les assassins ont confronté des milliers de leurs victimes et confessé publiquement leurs crimes sordides. Une amnistie a été accordée à ceux qui ont tout avoué et commis des exactions pour des raisons politiques. Une catharsis pour les agressés. Un bain de sang épargné à l’Afrique du Sud après l’apartheid.
Le grand poète arabe Abou Ala Al-Maari (973-1057), éternel sceptique et fervent critique de toutes les théocraties , s’est isolé des hommes jusqu’à sa mort.
« La religion-commerce des morts.
Pour cette raison, c'est un objet invendable
Parmi les vivants.
L' égaré appelle impie celui qui ne partage pas sa foi.
Malheur à lui ! Quel homme n'a pas connu l'impiété ?
Le livre est devenu trompettes des égarés,
Et les versets, mélodies.
Ils en ont joué, puis, dans leurs infamie,
Les ont agitées comme des épées
Sur l'homme paisible qui veille
Au clair de lune. » Abou Ala Al-Maari
Publié dans Tolérance, le 27 octobre 2010