Le 8 mars 2021, #Parlonségalité

Dans le cadre du 8 mars 2021, j'ai organisé, avec la Ville de Paris, une journée de formation interprofessionnelle sur le thème de '« L'éducation égalitaire à la vie affective' ». Ce temps permet de former, d'outiller prêt de 200 acteurs et actrices de terrain, afin d’améliorer leur pratique. Vous trouverez ci-après mon introduction à cette journée, qui en détaille les objectifs.

 

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Madame, Monsieur,

Bienvenue à cette journée interprofessionnelle autour de l’éducation à l’égalité dans la vie affective, à l’occasion du 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes.

Je vous remercie pour votre présence malgré les circonstances exceptionnelles de cette crise sanitaire, qui d’un côté nous obligent à nous réinventer chaque jour, à trouver des moyens différents de réfléchir et travailler ensemble ; et de l’autre côté, provoquent, et c’est bien compréhensible, une certaine lassitude vis-à-vis des évènements en visioconférence.

Aussi, je vois dans votre présence un signe fort de votre engagement, en tant que professionnel.le ou bénévole pour l’égalité femmes hommes, pour la jeunesse parisienne, et le signe que la thématique choisie cette année correspond à un réel besoin.

Merci donc à toutes et tous pour votre présence.

Merci à toutes les intervenantes et tous les intervenants qui ont volontiers accepté de partager leurs savoirs et leur expérience avec nous.

Merci à toutes les associations féministes, aux associations et structures jeunesse et étudiantes qui réaliseront, pendant tout le mois de mars, avec les ados et jeunes adultes parisiens, plus d’une centaine d’activités – en petit comité ou à distance – pour la promotion de l’égalité femmes hommes dans notre ville.

Merci au Service égalité, intégration, inclusion, à la direction de la jeunesse et des sports, ainsi qu’à mon cabinet pour l’organisation de cet évènement et la coordination de cette campagne du 8 mars 2021.

Merci aux adjoints et adjointes – Marie-Christine Lemardeley, Nicolas Nordman, Léa Filoche - et les directions partenaires, comme la DPSP et la DASES, qui ont soutenu le projet et partagé l’information avec les agentes et agents.

Merci aux membres du Conseil parisien de la jeunesse présentes et présents aujourd’hui.

Pourquoi avoir choisi ce thème de l’éducation à l’égalité dans la vie affective ?

Aborder cette question avec les jeunes est fondamental pour la construction d’une société plus égalitaire et pour la prévention dès le plus jeune âge des inégalités entre les femmes et les hommes.

C’est très tôt que les stéréotypes de genre, les rôles sociaux et les mécanismes d’exclusion des femmes de certaines sphères – autrement dit, les « mauvais plis patriarcaux » - sont inculqués aux jeunes filles comme aux jeunes garçons.

Depuis la règle du masculin qui l’emporte sur le féminin en grammaire, jusqu’aux choix d’orientation scolaire et professionnel, en passant par un partage inégal de l’espace public (de la cours de récréation par exemple) ou encore l’attribution de qualités ou de défauts considérés comme typiquement féminins ou masculins, ou bien de comportement que les filles doivent ou ne doivent pas avoir, les représentations « de sens commun » doivent être questionnées.

En effet, tout cet « univers culturel » dans lequel évoluent les jeunes, mérite d’être passé au peigne fin pour débusquer le sexisme et les représentations qui viennent légitimer idéologiquement des inégalités entre les filles et les garçons, et plus tard entre les femmes et les hommes.

D’ailleurs, vous le verrez, lorsque l’on chausse les lunettes du genre, on commence à voir le monde différemment, on réalise que ce sont des milliers de micro-injustices, micro-injonctions sexistes qui sont véhiculées dans la société, tous les jours, parfois même dans nos propres pratiques, car personne n’est éduqué totalement en dehors des représentations dominantes.

Aussi, notre objectif pour ce 8 mars est de faire réfléchir, développer le sens critique des jeunes Parisiennes et Parisiens sur ces questions, et de nous aider, nous-mêmes, professionnel.les, à agir sans véhiculer ces clichés.

La deuxième raison pour laquelle il est important d’aborder la vie affective, les relations entre jeunes et les interactions dans l’espace public et numérique, c’est pour prévenir les violences sexistes et sexuelles, à l’adolescence, dans la vie de jeune adulte, et dans la vie adulte plus tard.

En effet, ce que je vous décrivais à l’instant, ce système de représentations, cette culture, en légitimant les inégalités, légitime également leur forme la plus extrême, c’est-à-dire les violences faites aux femmes.

On parle d’un « continuum des violences » qui commence par exemple avec des blagues sexistes qui rabaissent les femmes à des « sous-hommes », ou des associations de comportement à des choix vestimentaires : par exemple , la mini-jupe est associée au fait d’être une « fille facile », facilitant ainsi le passage à l’acte et l’impunité des agresseurs. Quelle que soit la violence – psychologique, physique, verbale, sexuelles – il y a toujours un système de justification qui produit ce que l’on appelle une « inversion de culpabilité ». Autrement dit, c’est parce qu’une jeune fille ne se comporte pas comme elle le devrait qu’elle est victime de violences.

D’ailleurs, ces mécanismes sont largement repérables dans les témoignages qui déferlent depuis #Metoo dans tous les secteurs de la société, et mettent également en évidence combien nos institutions sont elles-mêmes imprégnées de culture machiste, et dans le cas de la justice par exemple, combien cela entrave les parcours des victimes.

Parler d’égalité, questionner les normes et représentations, ce n’est donc pas un supplément d’âme, mais bien une clé de voûte dans la lutte contre les inégalités et les violences.

Je pense sincèrement que ce travail devrait se faire à travers un plan ambitieux au niveau de l’éducation nationale, mais force est de constater que ce n’est pas le cas aujourd’hui. En effet, il y a une réelle carence dans éducation à la vie affective et à la vie sexuelle au cours de la scolarité. Cela, malgré la loi qui impose depuis 2001 à l’éducation nationale de dispenser trois séances annuelles d’information et d’éducation à la sexualité, particulièrement au moment charnière de l’adolescence. Toutes ces séances, également censées présenter une vision égalitaire des relations entre les femmes et les hommes, ne sont pas tenues.

Heureusement, il existe d’autres lieux, notamment les structures jeunesse de la Ville de Paris, où nous pouvons intervenir.

Je sais que c’est une demande de beaucoup d’agentes et d’agents, ainsi que de partenaires associatifs, d’être mieux outillé.es pour évoquer ces questions si sensibles avec les jeunes, autrement que par la seule prévention des MST/IST ou des grossesses non désirées, qui est très importante mais ne recouvre pas l’ensemble des questions posées.

Il convient en effet d’aborder la question des relations affectives au sens large, c’est-à-dire à tout rapport qui implique un lien d’affect, un attachement intime qu’une personne éprouve pour une autre personne, et à tous les types d’interactions (publique, privée, sur les réseaux sociaux…). Cela est particulièrement important en ce moment où les jeunes sont fortement impacté.e.s par les mesures de confinement, ce qui complique la construction,le maintien des relations amicales ou amoureuses, dans une époque marquée par le développement de nouvelles formes de sociabilité, révolutionnées par le digital.

 Aussi, durant cette journée interprofessionnelle, nous aborderons les stéréotypes de genre qui touchent les filles, la nécessaire déconstruction de la virilité, le consentement, la sexualité des jeunes et la connaissance du corps, notamment féminin, le partage égalitaire de la contraception, les réseaux sociaux, que ce soit leurs dérives ou leur utilité… Bref, nous avons vu grand angle pour la construction de relations égalitaires entre les filles et les garçons !

En tant qu’adjointe à l’égalité femmes hommes, à la jeunesse et à l’éducation populaire, j’ai décidé d’en faire un fil rouge de ce mandat en me fixant pour objectif, à travers diverses actions, de sensibiliser une génération de Parisiennes et Parisiens d’une part, et de proposer des formation aux agent.es de la Ville en contact avec des jeunes.

Cela commence donc avec un 8 mars 2021 où les jeunes Parisien.nes et Parisiens, mais aussi parfois leurs parents, qui peuvent se sentir démunis sur ces questions, trouveront à leur attention :

  • une centaine d’évènements dans les Centres Paris anim, les Espaces Paris jeunes, les foyers de jeunes travailleurs et travailleuses, les centres socio-culturels, les mairies d’arrondissement, et dans l’espace public, autour du thème de l’égalité dans les relations affectives, etplus largement sur les droits des femmes. Tous ces évènements seront consultables sur « Que faire à Paris ».

  • La semaine du 8 mars, chaque jour sera publiée une question d’un quizz « vrai-faux » sur Instagram, comme par exemple « je suis obligée d’avoir des relations sexuelles avec mon copain / ma copine », renvoyant vers des petites vidéos d’expertes et experts publiées sur Paris.fr. Cette campagne sera intitulée #ParlonsEgalité.

  • Enfin, nous avons travaillé – et je remercie très chaleureusement En avant toutes et les membres du Conseil Parisien de la jeunesse – un nouvel outil de débat et de prévention: le respectomètre. (Il va être projeté sur les écrans). Il y a 3 ans maintenant, nous avions créé le Violentomètre, outil avec lequel les jeunes filles pouvaient situer leurs relations amoureuses sur une règle, afin de les sensibiliser aux violences dans le couple. Cet outil a fait le tour du monde, a été édité par de nombreuses collectivités locales ; sous l’impulsion du collectif Nous Toutes, il sera imprimé sur des sachets de baguettes de pain pour le 8 mars. Aujourd’hui nous présentons son pendant positif, avec une sorte de liste d’exigences des jeunes pour l’égalité dans l’espace public et numérique. Des exemplaires seront livrés cette semaine dans les structures jeunesse.

Ce 8 mars sera donc un point de départ, pour une campagne de longue haleine, venant renforcer les dispositifs existants d’éducation à l’égalité de la Ville de Paris, comme l’appel à projet Collèges pour l’égalité, qui chaque année dédie plus de 100 000 euros à des interventions d’associations sur le thème de l’égalité filles garçons dans les collèges parisiens ; ou encore la mise en place de ce que l’on appelle la règle de l’égaconditionnalité dans les attributions de subventions aux associations. Pour résumer, il y aura un ensemble de conditions – comme par exemple que ses actions bénéficient autant aux femmes qu’aux hommes ou que ses membres soient formé.es à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles – pour qu’une association reçoive un soutien financier de la Ville. Nous avons d’ailleurs commencé avec les associations de la vie étudiante, et j’imagine que Marie-Christine Lemardeley en dira un mot dans un instant.

Dès vendredi, pour sa première séance plénière, le Conseil parisien de la jeunesse sera saisi de la question et chargé d’élaborer, avec les services, une campagne grand public sur l’égalité dans la vie affective et la lutte contre le sexisme, ainsi qu’une sorte de kit – incluant le violentomètre et le respectomètre, mais également de nouveaux outils qu’ils et elles élaboreront de manière participative - pour parler égalité et aborder les conditions de développement des relations humaines égalitaires, respectueuses, et consenties.

Tous les débats et actions de ce 8 mars seront de précieux matériaux sur lesquels s’appuyer pour la construction de cette campagne de grande ampleur qui s’inscrit dans la démarche plus globale de prise en compte du genre dans tous les domaines d’action de la Ville, que j’appelle transition fémininste.

Je vous remercie pour votre attention et votre engagement pour une ville plus inclusive, plus égalitaire, et donc où il fera bon vivre pour toutes et tous !

Je cède maintenant la parole à ma collègue Marie-Christine Lemardeley, adjointe chargée de l’enseignement supérieur et de la vie étudiante.

Merci.

 

 

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