« Notre temps est arrivé les femmes »

Ensemble nous arracherons ce milliard pour des politiques publiques sérieuses qui nous permettrons d’en finir avec les violences faites aux femmes, aux enfants, aux personnes LGBTQI … à toutes celles et ceux qui souffrent du système patriarcal. Le temps de la colère, les femmes

            « Notre temps est arrivé »

Samedi 23 novembre, ce fut une mobilisation historique en France pour le mouvement féministe. Cent cinquante mille personnes ont dit « stop » aux violences faites aux femmes. Force et courage, c’est ce qui manque cruellement au gouvernement. Il fallait avoir la volonté de faire un vrai « Grenelle », démocratique, délibératif, et incluant tous les acteurs, dont les collectivités locales et toutes les associations et syndicats. Il fallait avoir le courage de faire une exception à l’austérité budgétaire. C'est le principal obstacle à la lutte contre les violences faites aux femmes en France. Elle conduit en outre à casser les outils existants comme en témoigne la suppression l’ONDRP ou la réforme de la tarification de l’hébergement d’urgence qui met en danger des établissements protégés et dédiés aux femmes victimes de violences et leurs enfants. Il fallait avoir le courage d’aller chercher ce milliard dans les cercles où l’argent coule à flots plutôt que bricoler des fake news budgétaires, annoncer des budgets supplémentaires quand il s’agit de reliquats.

À toutes les femmes qui ont révélé leurs souffrances, toutes celles qui se battent pour obtenir justice et soutien, pour se protéger et protéger leurs enfants, pour se reconstruire, retrouver la sérénité et le goût d’aimer à nouveau. A ces femmes qui aiment les femmes et qui subissent la double discrimination en tant que femme et lesbienne. A ces femmes de toutes origines et de tous milieux sociaux. Nous savons et nous réaffirmons qu’une alternative féministe ne peut être dissociée du combat contre les réactionnaires et l’extrême droite, contre le racisme tout comme contre les LGBT-phobies. A toutes celles qui n’ont pas encore parlé. À toutes celles et ceux qui veulent construire une société solidaire et sororale, tou.te.s les bénévoles, les militant.es politiques et associatifs, ces agent.es du service public, ces professionnel.les de santé, ces voisin.es, ces élu.es locales, qui savent que : « le privé est politique » et accompagnent les femmes vers la sortie des violences, tous ces gens qui pallient l’indifférence de l’État et sauvent des vies avec des bouts de ficelle. Aux hommes alliés des femmes, qui se questionnent sur leurs idées et leurs pratiques, et qui écoutent et soutiennent les femmes, par humanité, par solidarité.

Nous voulons dire qu’il est possible d’en finir avec les violences faites aux femmes et aux enfants.

Il n’y a pas de fatalité ! Cela commence par des politiques publiques, sérieuses et financées, de prévention, d’accompagnement et de répression qui nécessitent un nombre suffisant d’agent.es formé.esdans les services publics de police, de justice, les services sociaux, les hôpitaux, et un soutien aux associations dans leur diversité, avec leurs spécialisations.

Toutes celles et ceux qui sont investi.es sur la question des violences familiales et conjugales savent ce dont nous avons besoin :

·         Un lieu unique départemental d’accueil des femmes et enfants victimes de violences.

·         Un centre de psycho-trauma par département avec un accueil médico-judiciaire, des CHRS dédiés aux femmes victimes de violences.

·         1 milliard de budget dont des moyens supplémentaires pour la formation mais aussi de recrutement de la police et de la justice.

·         Un grand plan de prévention sur le consentement et contre le sexisme dès le plus jeune âge

·         La refonte de l’Aide Sociale à l’Enfance.

·         L’application des lois déjà existantes contre les violences dont celle sur l’abolition de la prostitution.

Dans les pas de Françoise Héritier, Édouard Durand explique qu’ il faut « arriver à penser l’altérité sexuelle autrement que par la hiérarchisation », c’est pourquoi nous voulons que soit généralisé un brevet des collèges contre le sexisme, comme proposé par Ernestine Ronai de l’observatoire contre les violences faites aux femmes de Seine-Saint-Denis.

La présomption de crédibilité des victimes ainsi que le principe de précaution doivent maintenant dominer dans le service public, et plus largement, dans tous les lieux où l’on repère des violences. Nous ne pouvons plus accepter qu’une femme sur 4 qui a porté plainte soit ensuite victime de féminicide. Nous ne pouvons plus accepter que des femmes se retrouvent 3 ou 4 fois aux urgences avec la mâchoire cassée et qu’aucun signalement ne soit fait faute de questionnement systématique des professionnels de santé ; qu’un enfant parle et ne soit pas entendu, que les femmes étrangères dont le parcours est marqué de terribles violences soit déboutées du droit d’asile ou privées d’accès à la santé.

Depuis deux ans, avec le début de #Metoo en septembre 2017, la prise de parole publique est là. La réponse politique à la hauteur, elle, ne l’est toujours pas ! 

Militons, revendiquons le pouvoir, relevons-nous. Notre sexe, notre genre nous conduit à devoir être dès la naissance des infatigables militantes pour l’égalité. Nous avons le cœur lourd mais la tête haute. Ensemble, nous serons plus fortes, car nous avons la réalité du vécu, les propositions politiques déjà expérimenté dans plusieurs départements, les innovations, l’ambition des politiques publiques. Ensemble nous arracherons ce milliard pour des politiques publiques sérieuses qui nous permettrons d’en finir avec les violences faites aux femmes, aux enfants, aux personnes LGBTQI … à toutes celles et ceux qui souffrent du système patriarcal.Le temps de la colère, les femmes

Notre temps, est arrivé
Connaissons notre force, les femmes
Découvrons-nous des milliers !

 

Hélène Bidard, maire-adjointe à Paris, responsable nationale de la commission féminisme du PCF

Shirley Wirden, présidente du Conseil départemental du PCF Paris

 

publié dans le journal l Humanite du 2 décembre 2019

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